Pompes funèbres : Les oubliés du discours de F. Hollande à Nice

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Pour/Contre :

Lors de la cérémonie d’hommage aux victimes de l’attentat de Nice, le Président de la République, François Hollande, a fait un discours pour remercier les différents intervenants. Loin de l’esprit de l’instant, il a dédaigné les pompes funèbres, préférant y glisser sournoisement quelques bas éléments politiques. À Funéraire-Info les avis sont partagés. Nous en avons parlé ensemble juste après la cérémonie. Regards croisés de la rédaction.

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Guillaume-Bailly-225x300 Pompes funèbres : Les oubliés du discours de F. Hollande à NiceGuillaume, l’homme de l’Ouest, celui du terrain, de l’expérience

L’oubli du mépris

Héros, secours, policiers, militaires, soignants, psychologues, fonctionnaires, bénévoles, hôteliers, riverains, taxis, Prince Albert de Monaco, magistrats… Tout le monde a été cité, personne n’a été oublié, même parfois les plus improbables, dans le discours de Président de la République, un discours d’unité nationale et d’hommage aux victimes de l’attentat de Nice, le 14 juillet dernier.

Ca, c’est la théorie.

En pratique, c’était le discours incroyablement cynique d’un politique méprisant son peuple en piétinant la mémoire des victimes. Le discours d’un homme qui souhaite se représenter à une fonction qu’il était indigne d’exercer, comme il vient de le prouver.

François Hollande a rendu un long hommage aux magistrats, hommage outrageusement exagérés pour rattraper ses errances, et a oublié de citer les pompes funèbres, autant par mépris que pour masquer son incurie.

Les pompes funèbres oubliées

Arrivés tôt sur place, restés toute la nuit, sans autre ravitaillement que celui offert par les riverains et hôteliers de luxe, debout au milieu du massacre sans rien pour s’occuper l’esprit, voilà la réalité qu’ont vécu les professionnels du funéraire ce soir là. Cela ne valait il pas les remerciements de la République au même titre que tous les autres ?

Venant à l’aide de la police scientifique et technique dépassée, puis transportant les corps à travers les contrôles et les embouteillages puisque personne n’avait songé à leur ouvrir la route, voilà la réalité qu’ont vécu les professionnels du funéraire ce matin là. Cela non plus ne valait il pas les remerciements de la République au même titre que tous les autres ?

Manifestement, non. Parce que, bon, les services funéraires, ce sont juste des larbins, n’est-ce pas ? Des sans-dents. Et parce que leur boulot, finalement, c’est quoi ? Débarrasser le plancher des cadavres, cacher les manquements de l’état, masquer aux yeux des français ce qui pourrait les amener à se poser des questions gênantes.

François Hollande n’a pas parlé des pompes funèbres parce que c’était ramener ce haut discours à la mort réelle, à un constat pragmatique, qui aurait pu susciter des questions terre à terre : « Mais au fait, Monsieur le Président, quelle était votre part de responsabilité ? »

Les juges flattés

Au contraire, les juges ont droit, dans le discours officiel, à un paragraphe entier rien que pour eux. Non pas qu’ils déméritent, ou que leur tâche ne soit pas importante : elle l’est.

Mais le contexte passe mal. Celui de la sortie d’un livre de confidences, un des nombreux livres de confidences, de François Hollande à des journalistes, dans lequel il insulte ces juges.

Et voilà le président, soudain conscient de sa boulette, qui essaie de la rattraper, bien conscient que l’institution judiciaire a une influence électorale. Et qui ramène, par la même occasion, ce discours qui devait enflammer les cœurs et ranimer la confiance en la Nation, au niveau d’une basse manœuvre électoraliste.

Dédaigner les uns parce qu’on les juge sans intérêt et en profiter pour flatter les autres pour sauver sa carrière, au final, c’est plus que les professionnels du funéraire que le Président a , par omission, insultés : c’est la mémoire des victimes, dans leur ensemble, qui ont vu, ce samedi 15 octobre, leur réelle souffrance réduite à une simple opportunité pour un politique au bout du rouleau.

L’Histoire jugera si François Hollande aura été un bon Président. Mais en tant qu’homme, notre opinion est faite.

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Sarah-225x300 Pompes funèbres : Les oubliés du discours de F. Hollande à NiceSarah, femme de l’Est, celle qui espère encore, celle de la théorie

Je suis née sous un gouvernement de gauche, j’ai grandi sous un gouvernement de droite, et j’ai espéré à nouveau dans un gouvernement de gauche. Je suis surtout née dans l’époque où le mot attentat est entré dans le dictionnaire. J’avais huit ans au moment de l’attaque du RER B, et on discute entre amis de qui est mort le jour de nos anniversaires. Pour moi c’est l’attentat commis contre le père Jacques Hamel à l’église Saint-Étienne, et pour un ami, ce sont les attentats de Nice.

Ma génération espère de moins en moins la sécurité, elle sait qu’elle peut mourir à un concert, qu’elle risque la vie de ses enfants à un feu d artifice. Elle profite de la vie, parce qu elle a intégré le mot mort bien avant celui de retraite.

Derrière l’espoir, l’indifférence

On a l’habitude, la jeunesse oubliée, le chômage, les études, les talents qui s’expatrient. Ma jeunesse à moi s’est construite autour du Funéraire, des Hommes et des Femmes de terrain pour qui le mot mort voulait dire vie. Le téléphone qui sonne la nuit, les papiers non signés, les larmes des familles, je connais tout ça. « Le corps est-il présentable ? » C’est à cette question que répondent les Pompes Funèbres. Lorsque « attentat » résonne, le milieu du funéraire s’organise, il est là tout de suite, c’est lui qui porte à bout de bras, les corps, c’est lui qui reçoit les familles, bien avant François Hollande, c’est lui qui va sécher les larmes, qui va réparer la douleur indicible de l’injustice en organisant des obsèques dignes. C’est lui va rester debout lorsque tout le monde s’effondre.

L’argent, les élections, et finalement tout disparaît. Les hommes de la mort œuvrent en faveur du service public. Et le président de la République n’aurait certainement pas pu faire son discours si les pompes funèbres n’avaient pas fait correctement leur travail. Il n’aurait pas pu accueillir les familles en leur serrant la main si avant lui, les pompes funèbres n’avaient pas eux mêmes absorber les larmes.

La commission européenne pour l’efficacité de la justice compte en 2010, 8355 magistrats, soit 9,1 juges pour 100 000 habitants. En revanche en 2013, il y avait d’après l’Insee 3 457 entreprises de services funéraires en France et pas moins de 25 000 personnes qui travaillent dans le secteur funéraire. S’il s’agissait d’un calcul électoral, l’équation est erronée, le résultat peu escompté.

Nous n’oublions pas les attentats, nous n’oublions pas les hommes de terrain alors n’oublions pas non plus les pompes funèbres, qui eux, n’oublieront jamais les attentats, de Nice, de Paris, et de bien avant cela.

Ni juge ni bourreau

Le 13 Novembre cela fera un an depuis les attentats de Paris. De gauche à droite personne n’a jamais remercié les pompes funèbres. De droite à gauche, les présidents se sont mis les juges à dos. Et entre les deux, les valeurs sont oubliées. Fin novembre les primaires de droite seront passées, et on peut se demander, qui sera remercié d’ici là.

Je ne suis pas François Hollande, mais de vous à moi, c’est plus qu’un merci que l’on vous doit.

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Pour aller plus loin : Attentats de Nice, le retour d’expérience des pompes funèbres

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Le discours présidentiel (extrait)

« Et c’est pourquoi nous sommes rassemblés ici aujourd’hui, comme toute la nation française, à l’image de la fraternité niçoise dans les instants qui ont suivi le drame. Je pense aux héros qui ont tout tenté pour arrêter la course meurtrière du camion. Je pense aux policiers nationaux, municipaux, gendarmes, militaires qui ont assuré avec sang-froid la protection de la population. Je pense aux sapeurs-pompiers qui sont intervenus pour porter secours aux victimes, au personnel aussi du SAMU, du CHU de Nice, de l’hôpital pour enfants Lenval, mais également des établissements publics, privés y compris de la Principauté de Monaco, et je remercie ici pour sa présence le Prince Albert.

Tous ont participé avec dévouement, efficacité à l’accueil des blessés et ont pu sauver des vies. Je pense aussi aux magistrats qui, ce soir-là, se sont rendus immédiatement sur les scènes de crime pour l’identification des corps et pour commencer le travail d’enquête. Il leur revient aujourd’hui en toute indépendance d’établir la vérité, ce qui s’est produit à Nice le 14 juillet. Nous devons la connaître, toute cette vérité.

Je pense aussi à tous les fonctionnaires des services de l’Etat, à la cellule de crise du Quai d’Orsay, à la ville de Nice, à la métropole, au département ; et puis à tous ces bénévoles, toutes ces associations et tous les agents des cellules d’urgence médico-psychologique, tous ont fait un travail magnifique, tous ont été à la hauteur de ce qu’est être un citoyen pour les autres.

Je pense aussi au civisme, à la générosité des Niçois dans ces heures dramatiques, aux riverains qui ont ouvert leur porte, aux restaurateurs, aux hôteliers de la Promenade qui ont également prodigué leur aide ; et puis aussi aux taxis qui ont transporté les personnes autant qu’il était possible durant cette nuit funeste. Tous ont bien mérité de la patrie. »

Discours officiel de François Hollande (source : site de l’Elysée, le surlignage est de la rédaction de Funéraire Info)

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1 commentaire

  1. […] Ah vous nous avez disputé, mais vous avez raison, on écoute et on lit chacun de vos avis. La semaine passée avait lieu la cérémonie d’hommage de François Hollande aux victimes des attentats de Nice…sur fond de discours politique politisé. Si dans le fond à la rédaction du Funéraire-Info nous étions d’accord, dans la forme pas tout à fait. Guillaume et moi avons donné chacun notre humble point de vue sur ce discours. […]

     

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