Pompes funèbres sous la neige

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Les joies du convoi par intempéries : qui n’a jamais connu l’inhumation à la lumière des phares du corbillard, ou le convoi sous pluie battante ? Mais il y a pire : neige et verglas.

Géographie et climatologie

snowman-300x187 Pompes funèbres sous la neigeBien entendu, les avanies climatiques sont à certains endroit désastreuses, tandis qu’à d’autre, elles sont routinières. Franc-Comtois se gaussera de la neige autant que le Breton remarquera à peine le pluie qui lui fouette le visage, portée par un vent de 110 kilomètres-heures. Le Franc-comtois appellera, lui, la petite brise bretonne « tempête », tandis que le Breton s’interrogera devant son jardin couvert deux centimètres de neige sur le délai que mettra le préfet avant de déclencher l’état de catastrophe naturelle et pour envoyer les secours.

Bien entendu, la neige est sans doute l’élément déstabilisant pour les habitants, du moins ceux qui n’y sont pas habitués, et qui ne disposent ni des techniques ni des équipements adéquats. « Il ne faut pas freiner brusquement sur la neige », c’est beau à savoir, mais la tentation est forte, tout de même, lorsque le mur du voisin grossis dangereusement à travers votre pare-brise.

Et, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, la Mort poursuit son œuvre. Elle est bien équipée, elle. Qui dit décès dit convoi, qui dit convoi dit « il va bien falloir réussir à se débrouiller, les gars ».

Les pièges de la neige

La neige, et son corollaire le verglas, tendent des pièges à peu près partout, pas seulement sur la route. Ainsi, le corbillard conduit avec prudence et arrivé à bon port ne sera pas pas signe de réussite. Méfiez-vous, vous laisser aller au soulagement pourrait bien causer in fine votre perte.

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Ainsi, le premier piège dont il faudra se méfier, ce sont les entrées et sorties de bâtiments. Notez tout de même qu’il vaut mieux se vautrer sur le parvis de l’église avec une fleur à la main qu’avec le cercueil. Là ou, dans le premier cas, la famille pourra se montrer compréhensive et compatissante, elle aura un peu de mal à admettre que, par votre faute, feu son cher proche aille faire de la luge macabre dans la rue principale à l’heure de pointe.

Il vous faudra, pareillement, faire particulièrement attention lors de l’inhumation, lorsque, descendant le cercueil au bout de votre corde, ou sangle, vous chercherez appui sur la semelle du monument, derrière vous. Granit poli et glace ? Même l’équipe de France de patinage olympique ne s’en sortirait pas. Bien entendu, ce n’est pas au dessus de la fosse, lorsque vos doigts bleuis et sensibilisés par le froid se trouverons soumis à la torture de la corde qui glisse en brûlant, qu’il faut penser à mettre des gants. C’est trop tard.

Pensez, en partant, à prévenir la famille que les compositions florales, posées sur la tombe, dépériront à grande vitesse, et que cela ne veut pas dire que le fleuriste est un escroc. Ça veut juste dire que, paradoxalement, le froid brûle.

Annulé pour cause d’intempéries ?

Wallpaper_HD_neige_winter_2012031318_66-300x168 Pompes funèbres sous la neigeAlors, faut il annuler, du moins reporter, le convoi pour cause d’intempéries ? Tout dépend de l’intensité des intempéries. Si vous êtes parisien et que vous voyez des ours blancs gambader au champ de mars, tandis que des manchots colonisent la Seine, je serais tenté de vous dire « Oui ». Reste à savoir si votre direction en penses autant. Si la météorologie nationale a lancé une alerte rouge sur votre région, pas de problème : vous pouvez toujours faire valoir votre droit de retrait, au titre d’une menace pour votre intégrité physique.

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Reste à savoir comment se comportent les usagers. Si votre corbillard est seul sur la route enneigée, sans que nulle trace ne vienne trahir une quelconque présence humaine, il vaut mieux reporter le convoi. Si les intempéries se résument à une congère de cinq centimètres dans le caniveau, vous pouvez y aller. Les étapes intermédiaires sont laissées à votre jugement.

Il semble néanmoins raisonnable de vérifier tout d’abord si l’officiant, maître de Cérémonies, prêtre… sera lui-même capable de se rendre au lieu d’hommage. Vérifiez aussi auprès de la famille qu’elle ne compte pas rester calfeutrée chez elle. Enfin, interrogez la préfecture : un convoi reporté veut peut être dire que les obsèques auront lieu après le délai légal, il serait dommageable que les services du préfet considèrent qu’il n’y a pas eu assez de nuisances pour justifier une dérogation.

Enfin, rappelez la famille, juste pour être sûr. Il serait vraiment dommage que vous ayez fait tout cela pour trouver porte close et salle déserte…

Dernier conseil : ne soyez pas trop prompts à demander un poste au crématorium. Certes, l’hiver, les conducteurs de four sont sereins, bien au chaud, mais songez qu’après l’hiver rigoureux peut venir la canicule…

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