Poni Hoax, d’état de guerre en état de grâce

0
487

On se demande comment Laurent Bardainne trouve le temps de souffler. Le musicien mène en effet de front deux projets, Poni Hoax et Limousine, qui drainent chacun une cohorte de fans, parmi lesquels la rédaction de Funéraire Info. Interview.

Poni Hoax en Limousine, ça roule

Poni-Hoax-A-State-Of-War-300x300 Poni Hoax, d'état de guerre en état de grâce
La pochette de l'album de Poni Hoax "A state of war"

Nous vous avions dit tout le bien que nous pensions de l’album sobrement intitulé « II » de Limousine, le projet parallèle de Laurent Bardainne, membre de Poni Hoax. A moins que ce ne soit l’inverse ? « En fait » explique-t-il, “on ne s’est jamais posé la question en ces termes. Poni Hoax, comme Limousine, c’est des amis qui font de la musique ensemble ». Laurent est le fondateur de Poni Hoax, et l’un des fondateurs de Limousine « On est trois à l’initiative du projet » précise-t-il.

Lorsqu’on lui demande dans quelle catégorie de musique il classifie Poni Hoax, il retourne la question « Et vous, comment vous définiriez Poni ? » puis, en rigolant « oui, c’est vous qui faits l’interview, et c’est moi qui pose les questions ». Et là, on est embêté : les catégories musicales, comme le dirait Nagui, il y en a deux, la bonne et la mauvaise musique. Poni Hoax est définitivement dans la catégorie de la bonne musique, mais de là à dire si c’est du rock, de la pop, du rock progressif… On a inventé le terme d’electro pour ces groupes qui arrivent avec leur style, comme Air, dont Poni Hoax serait un cousin franchement plus pêchu « C’est vrai qu’electro, ça veut tout dire et rien dire » regrette Laurent, sans accès de sentimentalisme : le groupe joue la musique qui lui convient, sans chausse-pieds pour la faire entrer dans des cases.

Comme on lui fait remarquer la multiplicité des ambiances, et des atmosphères qui évoquent parfois le Pornography de The Cure, le claviériste saisit la balle au bond « C’est amusant, parce que c’est un des albums culte de notre chanteur »

Marche joyeusement funèbre

FM2.ponihoaxC3-300x250 Poni Hoax, d'état de guerre en état de grâce
Poni Hoax se définit avant tout comme des amis qui font de la musique ensemble.

« Nous venons tous d’univers musicaux différents » explique Laurent Bardainne, « mais tous plus ou moins sombres ». Lui par exemple vient du free jazz, une déclinaison éloignée des big band de la New Orleans, une musique parfois torturée, et assez technique.

Lire aussi :  Leonard Cohen est mort, panégyrique pour un génie

D’ailleurs, à aucun moment l’on ne parlera de technique, même si certains passages de Poni Hoax donneraient envie de se pendre au musicien amateur qui essaierai de les rejouer dans sa chambre. Les musiciens maîtrisent tous à la perfection leurs instruments, mais ne tombent pas dans le travers d’en faire constamment la démonstration. Pour autant, il ne faut pas écouter Laurent, « A state of War » n’est pas un album pour se suicider en musique, mais un album infiniment riche capable d’accompagner tous les moments de la journée.

Ceci dit, nous sommes sur Funéraire Info, et lorsque nous posions à Laurent la question de savoir s’il y avait des morceaux vraiment funèbres, la réponse a fusé, aussi bien pour Poni Hoax que pour Limousine.

« Pour Poni Hoax » explique-t-il, sans aucun doute le dernier morceau de « A state of war », sobrement intitulé « The Word ». « Le chanteur, Nicolas Kerr, a écrit ce texte, qui parle du Cambodge de son enfance, la guerre, les massacres qu’il y a pu y avoir à l’époque » et sur les mots du chanteur se mettent alors à planer l’ombre des Khmers Rouges et de Pol Pot. « Et pour la musique » poursuit Laurent, « je voulais quelque chose comme une marche funèbre, quelque chose qui semble ne jamais devoir s’arrêter » Et l’effet est atteint, même sans savoir ce qu’est ce Word que chante la voix de Ker : le morceau est indéfinissable, une sorte de tristesse infinie sur un rythme dansant, et clôture magnifiquement l’album après que celui-ci vous ait transbahuté d’un état d’esprit à un autre.

Pour Limousine, clairement, le morceau le plus funèbre selon Laurent Bardainne, c’est « Au revoir » : « Je voulais le mettre à l’enterrement de mon grand-père » explique-t-il, « mais finalement, j’ai renoncé, c’était un peu trop pathos… » Mais il est vrai que « Au revoir », qui ne clôture pas l’album de Limousine, laissant ce soin à « Dude » est saisissant d’émotion, jusque dans le travail du son, éthéré, comme les souvenirs d’enfance qui s’en vont. On songerait presque à du Vangélis en état de grâce durant quelques courtes secondes…

Lire aussi :  Metallica : "Hardwired..." programmé pour se faire détruire ?

Et demain ?

PoniHoaxNB2-300x259 Poni Hoax, d'état de guerre en état de grâce
Noir et blanc, nuances de gris, décors post-industriels, Poni Hoax, loin de rejeter ses ancêtres de Joy Division, par exemple, s'inscrit dans leur continuité esthétique

On se sent idiot de poser la question de demain à Laurent Bardainne, tant l’homme est occupé : l’interview a été remise plusieurs fois, parce que l’homme passe une partie de sa vie dans le train, ou qu’il n’est pas facile de répondre lorsqu’on fait les balances. Et notre intervieweur ne peut s’empêcher de remettre sur le tapis Limousine, dont il est fan, et le côté instrumental de la musique « Ce n’est pas qu’on ne voulait pas de chanteur » explique Laurent, « On a essayé, mais ça ne collait pas » sauf une fois « on a fait un concert avec Daniel Darc, en 2009 » un souvenir inoubliable pour Laurent « Déjà, à ce moment, il n’était pas vraiment en bonne santé, mais le concert a été vraiment excellent, un super souvenir ».

Et il y aura une suite au « II » de Limousine ? « En fait, le troisième album a déjà été enregistré, en Asie » explique Laurent, « Et on devrait le sortir bientôt ». Sera-ce une copie conforme du « II » ou quelque chose d’encore différent ? « Ce sera un album très influencé par les musiques que nous avons apprises sur place, tout en restant du Limousine » Un album de Limousine aux parfums d’Asie ? « Voilà, exactement ». On a hâte d’entendre cela, tant la musique du combo s’accordera sans aucun doute à merveille avec la subtilité de ce continent.

En attendant, pas le temps de rester les deux pieds dans le même sabot, si le leader de Poni Hoax s’agite autant, ce n’est pas pour un public de fainéants : des dates de concerts sont dores et déjà fixées, et il y a deux albums à écouter.

Concerts à venir de Poni Hoax :

7 mai

mar.

Poni Hoax

Nantes, France

15 mai

mer.

Poni Hoax

Toulouse

17 mai

ven.

Poni Hoax

Creil

8 juin

sam.

Poni Hoax with Team Ghost

Sannois

La page Facebook de Poni Hoax est ici

La page Facebook de Limousine est ici

Et puisqu’il n’y a pas de mal à se faire du bien, vous pouvez retrouver les deux albums sur Deezer, chez votre disquaire, et pour vous donner envie de les acheter :

 Poni Hoax, “The Word”

Limousine “La Gaviota”

Votes !

LAISSER UNE RÉPONSE