Pourquoi les obsèques ne sont pas gratuites ?

5
782

La Toussaint est pour la presse ce qu’on appelle un « marronnier » : un sujet dont on est sûr qu’il fait vendre du papier et qui revient tous les ans. Avec son cortège, pour certains journalistes sans imagination, d’attaques et d’accusations en tout genre contres les pompes funèbres. Comment y répondre ? Pourquoi les obsèques ne sont pas gratuites ? Éléments de langage.

Trop cher

1631013-e1351519143790 Pourquoi les obsèques ne sont pas gratuites ?Il y a quelques années, une publicité pour une voiture montrait un jeune émir du pétrole se voir reprocher par son père sa voiture, parce que « pas assez chère, mon fils ». Le pauvre devrait passer sa vie à rouler en Aston Martin, Ferrari ou Rolls Royce. Dans le funéraire, c’est exactement l’inverse : un hommage à un disparu, une personne précieuse, qui a façonné la vie de ceux qui en portent le deuil, est toujours qualifié de « trop cher ». Il faudrait avoir une Rolls, mais gratuitement. Soit.

Mais, pardon pour cette question, « trop cher » par rapport à quoi ?

Un défunt est précieux. Ce n’est pas juste une coquille vide, un cadavre à jeter au rebut. C’est le réceptacle de ce qui fut une personne, avec son savoir, son caractère, ses qualités, ses défauts aussi. Passons sur ceux qui considèrent que le corps est juste un déchet encombrant dont il faut se débarrasser : ces gens existent, ils ont manifestement des problèmes familiaux à régler qui dépassent le cadre de la profession. Pour les autres, immense majorité, est-ce que l’argent déboursé pour les obsèques est un vol ou la rétribution d’un service ?

Une facture des pompes funèbres est obligatoirement précédée d’un devis détaillé, puis d’un bon de commande. Sur chacun d’entre eux, les prestations doivent être détaillées, et le travail du professionnel est de les expliquer. La seule prestation obligatoire, on ne le sait que peu, est le cercueil. Le cercueil a un coût de fabrication. Celui-ci inclut bien entendu le travail du bois, la salaire du professionnel qui le confectionne, mais aussi un différent nombre d’éléments légaux : une certaine épaisseur, des poignées, un bac étanche biodégradable au fond, une plaque d’identification du défunt gravée, l’huisserie… L’ensemble devant satisfaire à un ensemble de normes pour être mis sur le marché.

Chaque professionnel du funéraire doit avoir, non pas un cercueil, mais une gamme, avec un produit prix d’appel dont la qualité, au vu de ces normes, n’est pas au rabais, jusqu’au très haut de gamme, proposé mais jamais imposé. Tordons au passage le cou à une légende tenace, celui de l’entrepreneur funéraire qui vendrait des cercueils à six poignées pour justifier la présence de six porteurs au convoi. Le nombre de poignées est la plupart du temps à titre esthétique, sauf dans le cas des « hors gabarit » pour des défunts exceptionnellement lourds.

Mais et le reste ? Les soins de conservation ? Optionnels, d’abord, coûteux ensuite : le formol n’est pas gratuit, le recyclage des déchets non plus, et allez expliquer au Thanatopracteur, qui est un artisan qui a subi une solide et contraignant formation, et doit souvent avoir une autre activité à côté pour nourrir sa famille qu’il « gagne trop », bon courage.

Le corbillard ? Un véhicule équipé d’un caisson spécifique, disposant d’équipements précis, l’ensemble fabriqué en toute petite série avec des normes draconiennes, fait grimper son coût d’achat et d’entretien. La maison funéraire ? Bâtiment complexe, spécifique, extrêmement normé, lui aussi, situé généralement dans un lieu ou le foncier est élevé, devant disposer d’un parking, c’est un investissement de plusieurs centaines de milliers d’euros à amortir.

Tous ces équipements dont les familles comprendraient mal que l’entreprise n’en dispose pas, représentent une charge lourde pour l’entreprise.

On passera sur les uniformes de la société, puisqu’on imagine mal une équipe de porteurs débraillés, et les formations du personnel, à la législation, la psychologie…

L’argent du malheur

Il y aussi a un argument simple mais irréfutable : dans notre système actuel, deux étapes sont des passages obligés, naître et mourir. Les deux font appel à des professionnels compétents et formés, ce qui est rassurant, parce que ce sont des moments importants. Mourir coûte en moyenne 3000 euros, d’après une moyenne nationale, et naître 7000 euros. La différence vient du fait que les obsèques, à la différence de la naissance, ne sont pas remboursées par la sécurité sociale.

L’on peut alors poser la question : si les futurs parents devaient payer la note de leur poche, s’exclameraient ils que les naissances sont « trop chères » ? Nul doute que si ils avaient gain de cause, les obstétriciens viendraient rapidement à manquer : faire un métier exigeant, difficile, avec une exigence de résultat qui confine parfois à l’impossible, pour un salaire de misère ? Autant se faire dentiste ou ophtalmologiste.

Même si leurs rémunérations n’atteignent pas celles du corps médical, les croque-morts ont le droit de vivre de leur profession. On arguera que leur travail revient à gagner un salaire sur le dos des endeuillés. Certes, mais posons alors deux questions :

Premièrement, que se passerait il si ils ne le faisaient pas ? Outre la gestion du deuil, les familles devraient s’occuper elle-même de la mise en bière, de la toilette, du creusement de la fosse, de l’inhumation… Utilisant un matériel qu’ils ne maîtrisent pas, des produits souvent toxiques, sans compter, toujours elles, les réglementations qui existent. Impossible à faire si l’on n’est pas un professionnel expérimenté, formé, et équipé de plusieurs dizaines de milliers d’euros de matériels.

Ensuite, à quel titre le professionnel du funéraire doit il gagner un salaire de misère ? Son métier exige qu’il soit au courant de toutes les lois qui existent, il doit constamment s’informer des modifications de la législation, pour les appliquer aussitôt : activité réglementée et particulièrement surveillée, une erreur en la matière peut lui valoir son habilitation préfectorale, c’est à dire son droit de travailler.

Il subit aussi la pression de la réussite : si une cérémonie est loupée, il n’y a pas de seconde chance, on ne peut pas ressortir le cercueil de la fosse et recommencer. Et la réussite d’une cérémonie est un facteur important du deuil d’une famille. Notons à ce propos qu’une cérémonie manquée fera, si la famille contacte les médias, les choux gras du quotidien local, qui ne parlera pas forcément des centaines de convois parfaits que le professionnel a effectué durant sa carrière. Parce qu’en ce domaine, il n’y a pas de demi-mesure. Un convoi « pas trop mal » n’existe pas : c’est parfait ou loupé.

Enfin, le professionnel du funéraire passe sa journée avec des morts ou des proches qui les pleurent. Le mythe du croque-mort sinistre et cynique doit voler en éclat : un croque-morts, c’est un monsieur tout le monde qui a trouvé un emploi là par hasard. Ca pourrait être vous. Imaginez vous cerné de malheur, de deuil, de cadavres, de drames, tous les jours, pendant quarante ans. Imaginez vous vous entendre raconter toute la journée la litanie des histoires sordides, des conflits imbéciles qui déchirent les familles, des drames qui ont poussé au suicide, des vieux morts, des enfants morts, et ceux qui restent. Soyez conscient d’une chose : le petit vieux mort paisiblement entouré de toute sa famille sans avoir souffert, c’est l’exception.

Un professionnel du funéraire doit être disponible ou et quand la mort frappe. C’est à dire sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Le salaire moyen d’un croque-morts est de 1500 euros. Oserez-vous le regarder droit dans les yeux et lui dire qu’il ne les mérite pas ? Ou plutôt, feriez-vous, vous, pour ce prix là, son travail, tous les jours jusqu’à la retraite ?

A qui profite le crime ?

blog-marronnier-feuille-transparence Pourquoi les obsèques ne sont pas gratuites ?Allez, un petit dernier pour un des principaux bénéficiaires des tarifs des pompes funèbres : l’Etat. 20 % de taxes sur un convoi. Sur des obsèques à 3500 euros, ça en fait 1000 dans sa poche. Plus sur ce qu’il va gagner sur les droits de succession, sur tous les opérateurs funéraires, sociétés privées, donc assujetties à l’impôt, sur les taxes sur des services obligatoires (pose de scellés), partout. Les obsèques moyennes à 3000 euros n’en vaudraient plus que 2400 sans la TVA.

Bien entendu, il est hors de question pour lui de renoncer à la manne, les récents propos d’un ministre, que l’on qualifiera à tout le moins de méprisant en font preuve.

Il y a différents angles pour aborder le funéraire. D’expérience, pour attirer l’attention, d’autres que les scandales marchent. Les innovations, par exemple, parce que le secteur funéraire invente, se renouvelle, s’adapte aux changements de la société. Il y a de quoi stupéfaire le plus blasé des lecteurs. Le funéraire manque de bras : le métier recrute. On ne le sait que trop peu. Certes rebutant vu de l’extérieur, il est suffisamment passionnant pour que la majorité y reste toute sa carrière. Et tant d’autres encore. En plus, les gens y sont sympas : tenez, pour la prochaine Toussaint, si vous voulez, à Funéraire Info, on vous aide à trouver un sujet, et on vous ouvre nos carnets d’adresse pour vous aider à le réaliser. Entre confrères, on peut s’aider. A notre plus grande joie, plusieurs journaux ont choisi de parler du funéraire de manière positive. D’après les retours que nous avons, ils s’en félicitent. 

Votes !
Lire aussi :  Mastaba : l'esprit collaboratif de l'entretien des tombes

5 COMMENTAIRES

  1. Bon, je sais, je viens encore jouer la mouche du coche mais si l’on s’en réfère à l’arrêté du 23 août 2010 portant définiton du modèle de devis applicable aux presations fournies par les opérateurs funéraires, modifié par arrêté du 3 août 2011, la fourniture d’un cercueil (avec une garniture étanche et 4 poignées + une épasseur différente selon qu’il est destiné à l’inhumation ou à la crémation)) n’est pas la seule prestation obligatoire ; s’y ajoutent la fourniture d’un véhicule agréé pour le transport du corps (avant ou après mise en bière) et, selon le cas, les opérations nécessaires à l’inhumation et/ou à la crémation (avec fourniture d’une urne cinéraire permettant de recueillir les cendres issues de la crémation).
    Pour le reste, je suis entièrement d’accord avec ce qui est dit dans l’article. Du reste, côtoyant pas mal de professionnels du funéraire, je rie beaucoup avec certains…

     
    • Dans l’absolu, vous avez raison, mais dans l’absolu seulement.
      Imaginons le cas ou le défunt serait voisin de le maison funéraire située en face du cimetière et qu’il n’y ait pas besoin de véhicule. Dans ce cas, le véhicule ne serait pas fourni. Il n’est pas obligatoire d’en avoir un, mais si un véhicule est nécessaire, alors il doit être homologué. Pareil pour les travaux de cimetière : la famille peut, si elle le souhaite, creuser elle-même une fosse.
      Ergo, seul le cercueil est obligatoire.
      Je vous le concède, tout cela est très théorique. Mais l’esprit de la loi est là.

       
      • Le cas que vous meintionnez est quand même rare, je pense que vous me le concèderez.
        Quant à moi, je ne fais que me référer aux textes existants… en priant pour qu’ils ne changent pas trop souvent mais mine de rien, ça bouge, dans le funéraire. Vous le dites très bien dans l’article, du reste : il faut sans cesse se tenir informé de la législation… qui est parfois difficile à suivre.

         

LAISSER UNE RÉPONSE