Rapport du HCSP sur la thanatopraxie : lecture et analyse

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Le rapport du Haut Conseil de la Santé Publique concernant les soins de thanatopraxie, dont nous avons traité dans nos colonnes, pose, lorsqu’il est lu attentivement, plus de questions qu’il n’apporte de réponses…

Lecture en diagonale

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La salle d'autopsie de la série "Les experts" future norme de la thanatopraxie ?

D’après ce que nous avons constaté sur le Web et dans la presse, le rapport a été perçu comme le feu vert à l’autorisation des soins de thanatopraxie sur les défunts atteints de maladies tels que le HIV, les Hépatites… Et c’est en partie vrai. En partie seulement, parce que ce rapport n’est qu’un avis que le législateur n’est nullement tenu de suivre, ensuite parce que cette partie ne représente que quelques pages sur un total de 53.

Déjà, l’intitulé met la puce à l’oreille : « Recommandations pour les conditions d’exercice de la thanatopraxie ». Il s’agit donc, clairement, d’un panorama global de la profession. Nous avons choisi quelques points particuliers qui ont attiré notre attention, clairement exprimés et motivés, et nous nous sommes interrogés sur leur impact pratique.

Pour cela, nous avons lu le rapport très attentivement, et nous nous sommes focalisés, pour cet article, sur les préconisations, qui auront une influence sur les décisions éventuelles du législateur.

L’information des familles

Le rapport souligne le « manque d’information des familles sur la réalité des soins de thanatopraxie » (page 34). Le rapport rejoint d’ailleurs une préconisation du défenseur des droits sur la « nécessité d’une information éclairée ».

Question : Qu’est-ce que, au juste, une « information éclairée », en d’autres termes, dans quelle mesure l’assistant funéraire va-t-il devoir entrer dans le détail de ce qu’est un soin de conservation ? Nous maîtrisons tous les périphrases qui permettent d’expliquer sereinement, sans choquer, la différence entre un soin de conservation et une toilette. Mais si la loi obligeait à expliquer, avec le pouvoir de suggestion des mots et l’imagination des familles, c’est la fin de la thanatopraxie. Las de voir les familles s’enfuir du bureau, les assistants pourraient être tentés de ne proposer que des lits réfrigérés. Bien entendu, c’est une exagération. N’empêche : mal formulée, une loi pourrait conduire à des excès.

Locaux adaptés

Soulignant la dangerosité des formaldéhydes, le rapport préconise la pratique des soins de conservation dans des « locaux adaptés » avec un certain nombre de contraintes techniques, notamment en matière de ventilation. Le Conseil suggère également d’interdire les soins pratiqués en dehors de ces locaux. (page 35)

Question : Si les préconisations sont suivies, les soins ne pourront plus être pratiqués que dans des locaux répondant à des normes drastiques. Finis, les soins au domicile, dans la plupart des maisons de retraite, et dans beaucoup de petits hôpitaux. Dans l’absolu, seuls les établissements hospitaliers disposant d’une salle répondant aux normes médico-légales pourraient voir des soins pratiqués en leur sein. Combien d’établissements hospitaliers, pour qui souvent la partie funéraire est la cinquième roue du carrosse, accepteront de se lancer dans des investissements dispendieux ?

La préconisation sous-entend également que les soins doivent bénéficier d’une salle dédiée. Dans l’absolu, il pourrait se voir exiger que les cellules réfrigérées où les porteurs manipulent les corps se trouvent dans une pièce séparée de la salle de soins, ce qui n’est généralement le cas que dans les plus grands funérariums.

Reste ensuite le cas du défunt qui souhaite reposer à son domicile, maison, appartement ou maison de retraite. S’il veut un soin, cela se traduira par un transport de corps aller-retour vers une salle de soins adaptés. Qui paiera cette prestation supplémentaire ?

Suivi des professionnels

Après un passage sur le matériel et l’équipement qui augmentera également certainement le coût d’un soin, le Rapport s’intéresse aux thanatopracteurs eux-même, avec deux préconisations de suivi : l’une concernant la santé des thanatopracteurs, l’autre leur formation (page 37). En cause, le manque de suivi médical des praticiens sur la durée de leur carrière, qu’ils soient indépendants ou salariés, et la formation insuffisante à l’hygiène et la sécurité. Le comité préconise un suivi régulier des thanatopracteurs au plan médical, ainsi qu’une obligation de formation continue.

Question : Selon quelles modalités et quels coûts ? Le chapitre santé, pour les salariés, ne pose pas de problèmes particuliers : ils sont déjà suivis par la Médecine du Travail, généralement vigilante sur les vaccinations. Mais, pour un employeur, ne serait-il pas rédhibitoire, lors de l’embauche d’un professionnel, de se voir imposer une charge supplémentaire de formation ? Cela ne pèserait-il pas dans la balance au moment de choisir entre faire appel à un indépendant et inclure un thanatopracteur en effectif propre ?

Le suivi de la santé est une chose importante, nous sommes loin d’y disconvenir. Mais l’ajout d’une obligation de formation continue, puisque c’est bien là le sujet, serait au débours d’un indépendant. Or, les charges qui pèsent sur eux sont importants, au vu des revenus tirés de leur activité, de plus en plus faibles au vu de la concurrence active, qui tire les tarifs vers le bas. Sera-ce supportable financièrement ?

Le Formol

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Le comité préconise un suivi régulier des thanatopracteurs au plan médical

Une autre et discrète interrogation subsiste sur ce qu’il va advenir du formol dont le rapport demande à terme la suppression au profit de produits « sains » ne contenant pas de formaldéhydes. Certes, en soi, se débarrasser de cet agent cancérigène serait une bonne chose pour la santé des thanatopracteurs. Mais par quoi le remplacer ? Des produits « bio » existent, mais leur efficacité fait débat. Et quel terme ? Quel temps sera-t-il laissé aux thanatopracteur pour trouver et apprendre à maîtriser un produit différent ?

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Le HIV

La question subsidiaire portera sur le HIV.

Nous nous félicitons de la volonté de permettre aux patients atteints de pathologies telles que le SIDA ou l’hépatite de pouvoir accéder aux soins. Leurs familles ont autant droit que tout un chacun de pouvoir se recueillir auprès de leur proche bien présenté.

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pour un employeur, ne serait-il pas rédhibitoire, lors de l’embauche d’un professionnel, de se voir imposer une charge supplémentaire de formation ?

Quelques thanatopracteurs lecteurs de notre journal ont néanmoins observé qu’ils étaient satisfaits, pour leur propre sécurité, de ne pas pratiquer de soins sur des patients séropositifs ou porteurs d’hépatite. Ils s’inquiètent, s’ils persistent à refuser de pratiquer des soins sur ces patients après une éventuelle loi, de se voir poursuivis pour discrimination. Nous en ignorons les proportions, mais la mesure ne fait pas l’unanimité.

Conclusion

Il ne faut pas perdre de vue un élément important : les soins sur le HIV et les hépatites ne seront possible, selon le rapport, que lorsque toutes les conditions énumérées ci-dessus seront remplies.

Le rapport a été réalisé après l’audition de scientifiques, de responsables associatifs, et de professionnels reconnus du funéraire : des représentants de la CPFM, du SPTIS et du groupe OGF. Nous n’avons nulle vocation remettre en cause les observations, conclusions et avis émis ici. Notre objectif, à travers cet aperçu, est d’interroger sur les modalités pratiques de la transcription du rapport dans une loi et de montrer que certaines parties peuvent s’interpréter.

Nous nous sommes posés en naïfs, parfois en avocats du diable. Ceci, non pas pour créer la polémique, mais le débat. Et vous inciter à lire attentivement et en entier ce rapport.

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Nous sommes désireux d’avoir l’avis des organismes qui ont continué à son élaboration, des thanatopracteurs, bien entendu, ainsi que de l’ensemble des professionnels du funéraire.

Vous pouvez en débattre en commentaires, ou bien nous faire parvenir des messages via le formulaire de contact. Nous ferons, la semaine prochaine, une synthèse de ces avis, sur la compréhension de ce rapport et vos avis sur les mesures qui y sont préconisées.

Le tout dans la courtoisie et le respect : nous ne voulons pas confronter les avis, mais les partager. Et puis, pour ceux qui auront le temps de le faire, relisez le rapport de 2009. Certains passages ont comme une saveur de déjà-lu…

Le rapport intégral peut se trouver ICI (lien)

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