Recommandations du HCSP, thanatopracteurs, ouvrons le débat

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J’ai sous les yeux l’avis du Haut Conseil de la santé publique concernant les recommandations pour les conditions d’exercice de la Thanatopraxie.

Le Directeur général de la santé et le Directeur général du travail ont saisi le Haut Conseil de la santé publique afin d’analyser les conditions d’exercice ainsi que les risques liés aux pratiques de Thanatopraxie en vue de formuler des recommandations d’encadrement règlementaire de cette profession. Le Haut Conseil de la santé publique a été interrogé sur les risques liés aux pratiques de Thanatopraxie et sur la possibilité de lever l’interdiction des soins de Thanatopraxie pour les personnes décédées d’une des pathologies infectieuses mentionnées dans l’arrêté du 20 juillet 1998 fixant la liste des maladies contagieuses portant interdiction de certaines opérations funéraires, parmi lesquelles figurent le VIH et les hépatites virales.

 

Voici cet arrêté :

Article 1

  • Modifié par Conseil d’Etat 200777 1999-11-29 Rec. Lebon

Les corps des personnes décédées des maladies contagieuses suivantes, limitativement énumérées :

– orthopoxviroses ;

– choléra ;

– peste ;

– charbon ;

– fièvres hémorragiques virales,

doivent être déposés en cercueil hermétique équipé d’un système épurateur de gaz, immédiatement après le décès en cas de décès à domicile et avant la sortie de l’établissement en cas de décès dans un établissement de santé. Il est procédé sans délai à la fermeture définitive du cercueil.

NOTA:

Par décision n° 200777 du 29 novembre 1999, le Conseil d’Etat a annulé l’article 1er de l’arrêté du 20 juillet 1998, en tant qu’il prescrit la fermeture immédiate et définitive du cercueil hermétique dès la mise en bière.

 

Article 2

  • Modifié par Conseil d’Etat 200777 1999-11-29 Rec. Lebon

Il ne peut également être délivré une autorisation de pratiquer des soins de conservation sur les corps des personnes décédées de l’une des maladies énumérées à l’article 1er.

Il ne peut également être délivré une autorisation de pratiquer des soins de conservation sur le corps des personnes décédées :

– d’hépatite virale ;

– de rage ;

– d’infection à VIH ;

– de maladie de Creutzfeldt-Jakob ;

– de tout état septique grave, sur prescription du médecin traitant.

Ces dispositions ne font pas obstacle à la pratique des autopsies à visée scientifique, qui devront respecter les précautions universelles qui s’imposent afin d’éviter toute contamination du personnel ou de l’environnement.

NOTA:

Par décision n° 200777 du 29 novembre 1999, le Conseil d’Etat a annulé l’article 2 de l’arrêté du 20 juillet 1998, en tant qu’il ajoute l’hépatite A, la maladie de Creutzfeld-Jakob et les états septiques graves à la liste des maladies faisant obstacle à la pratique de soins de conservation des corps.

 

Pour information, les maladies contagieuses citées dans l’article 1 et 2 sont à distinguer du VIH et des hépatites virales qui ne sont pas des maladies contagieuses mais des maladies infectieuses transmissibles. Cela signifie que la manipulation de ces corps, tant qu’elle n’est pas invasive, ne présente aucun danger. Il était donc inutile et injuste d’imposer une mise en bière avec fermeture immédiate pour ces défunts. Ils peuvent parfaitement être présentés après une toilette  où l’on omettrait simplement de ligaturer la bouche. Dans ce cas précis, l’utilisation d’une mentonnière peut être une solution acceptable.

 

Le HCSP recommande la levée de l’interdiction de soins de corps pour les personnes décédées des pathologies suivantes :

                        infection par le VIH

                        infection par les virus des hépatites B ou C

 

Sur ce point, je ne peux que regretter que l’ensemble des Thanatopracteurs n’aient pas été consultés. Ils sont certes « représentés » pour un petit nombre d’entre eux par la CPFM et le SPTIS mais la voix du plus grand nombre reste inaudible.

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J’ai pu constater de part les différents débats et sondages qui ont eu lieu sur le forum dont je suis coadministratrice, que le sujet fait débat.

 

Toujours d’après le HCSP, la pratique des soins de conservation représente

 

200000 actes environ par an en France. Ils sont réalisés par environ 1000 Thanatopracteurs en exercice

J’ignore d’où viennent ces chiffres. Nous tentons régulièrement de nous recenser et en 2011 nous ne trouvions qu’environ 700 Thanatopracteurs en activité. Il ne serait pas trop compliqué de nous consulter. Nous sommes tout de même les principaux concernés.

Comme je le disais plus haut, il était totalement inutile et injuste d’imposer une mise en bière avec fermeture immédiate pour ces défunts et je me réjouis que cette mesure soit levée car contrairement à l’avis du HCSP qui pointe du doigt l’insuffisance de la formation des Thanatopracteurs dans le domaine de l’hygiène et de la sécurité puisqu’elle ne comporte que 10 à 20 heure sur le sujet, les Thanatopracteurs ont une formation suffisamment poussée en médecine, environ 90 heures en plus des 70 à 80 heures de théorie des soins de conservation, pour être à même d’appréhender correctement les risques et de prendre les mesures nécessaires pour s’en prémunir.

Pratiquer des toilettes sur ces défunts ne posera donc de problème à aucun Thanatopracteur.

Par contre, la pratique des soins de thanatopraxie peut être potentiellement dangereuse puisqu’il y a un risque d’exposition au sang et aux liquides biologiques. Certes, nous pratiquons déjà des soins sur ces défunts sans le savoir, puisque beaucoup de porteurs de ces virus l’ignorent eux-mêmes en l’absence de bilan sérologique, qui pourrait en revanche être préconisé sur chaque défunt si l’on a réellement le souci de la protection des Thanatopracteurs. Cela fait partie des risques du métier, dont nous sommes conscients, tout comme les risques chimiques. Aucun d’entre nous ne sous estime la dangerosité du formol et ses conséquences sur la santé. Son utilisation devrait d’ailleurs être bientôt abandonnée, des fluides de conservation sans formol existent déjà et nous attendons qu’ils soient autorisés.

Quant à la levée de l’interdiction de pratiquer des soins sur les porteurs du HIV et des hépatites B ou C lorsque cet état est connu, c’est une toute autre question qui est loin de faire l’unanimité chez les Thanatopracteurs, principaux concernés je le rappelle, étant bien entendu que ce sont eux qui vont pratiquer ces soins.

 

Pour ce qui me concerne, j’y suis opposée. Je trouve en effet tout à fait logique qu’un chirurgien ou une infirmière pratique des actes médicaux invasifs sur un patient porteur d’une maladie infectieuse transmissible, puisqu’il s’agit là de soigner une personne vivante. Par contre,

S’agissant d’un défunt, le risque de contamination qu’encourt le Thanatopracteur est disproportionné par rapport au bénéfice que la famille peut en tirer. L’intérêt de la Thanatopraxie réside dans l’aide au travail de deuil pour les proches, il n’est pas là question de vie ou de mort qui justifierait qu’une personne saine se contamine.

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Ceci est mon opinion, je répète qu’il n’y a pas de consensus sur la question.

Si cette interdiction est levée, conserverons-nous notre libre arbitre et aurons-nous la possibilité de décider en toute connaissance de cause de pratiquer ou non ces soins ?

Je ne le crois pas et ceci pour plusieurs raisons. La première est que dans la réalité nous avons assez peu d’information sur les défunts dont nous nous occupons. Si le VIH et les hépatites ne sont plus indiqués sur le certificat de décès, nous n’en aurons plus connaissance. De plus, il est bien de ne pas méconnaître la réalité des risques psychologiques mais il serait bien de prendre également certains autres paramètres en compte.

Un Thanatopracteur peut-il vraiment se permettre de refuser de pratiquer un soin ?  Pour un employé, ça reviendra à un refus de travail qui pourra le conduire au licenciement et un indépendant prendra tout simplement le risque de perdre ses clients au profit d’un Thanatopracteur qui acceptera tous les soins.

 

Le haut conseil de la santé publique recommande que :

les familles soient clairement informées sur les soins proposés ;

Les familles doivent être informées sur l’acte de Thanatopraxie. C’est le travail des assistant(e)s funéraires. Il faut bien réaliser que les familles qui poussent la porte d’une boutique de pompes funèbres sont en état de choc et n’ont pas encore commencé leur travail de deuil. Il est absolument inconscient de penser que l’on peut leur donner des détails techniques sur le soin de Thanatopraxie. Un professionnel qui a reçu une bonne formation, notamment en psychologie du deuil,  est capable de choisir les mots adéquats pour proposer ce service aux familles sans les traumatiser.

 

les actes de Thanatopraxie ne soient réalisés que dans des locaux spécifiquement dédiés, avec une ventilation et une architecture des locaux adaptés à cette activité et une gestion des déchets. Ceci exclut entre autres lieux, le domicile des personnes décédées et certaines maisons de retraite.

Oui pour l’amélioration des conditions de travail des Thanatopracteurs mais il faut nuancer ceci. Si le défunt est décédé à l’hôpital, il est possible de pratiquer le soin à la morgue avant le départ du corps ou encore au funérarium avant de le ramener au domicile s’il y a un transport. Par contre, je pense qu’il faut aménager une exception si le défunt décède à son domicile. Il arrive que nous soyons obligés d’intervenir en urgence pour diverses raisons, il faut tenir compte de la spécificité de notre travail.

 

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Pratique de la thanatopraxie en 2013?

Concernant la formation continue des Thanatopracteurs à l’hygiène et la sécurité, ce n’est pas de ce type de formation dont nous avons besoin. Nous maîtrisons ces sujets. Il ne serait par contre pas forcément inutile de faire des journées de mise à jour sur la législation.

 

Enfin et pour terminer sur la vaccination des Thanatopracteurs et le contrôle de leur immunité, la loi nous oblige déjà à nous faire vacciner et le problème du suivi de la santé des indépendants est le même que pour toutes les autres professions.

Claire Sarazin

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Pratique de la thanatopraxie par le Dr. Richard Burr en 1861 aux USA
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4 COMMENTAIRES

  1. Je suis tout à fait d’accord avec Claire !!!
    il y a des gens qui jugent à notre place pour savoir ce qui est utile dans notre métier .
    Alors je dis non aux soins de conservation sur les cas de HIV sans pour autant faire discrimination envers les familles qui ont perdu un proche de cette maladie car c’est nous qui prenons des risques maintenant les thanatopracteurs qui souhaitent traiter ces corps là ,ils sont libres de le faire ,de leur plein grès et c’est tout à leur honneur.
    L’administration nous prend en otage sans même nous consulter, c’est illogique.
    Les personnels de santé sont au courant des cas de HIV quand ils les soignent alors pourquoi pas nous .

     
  2. il semble totalement illogique de ne pas prendre en compte les risques qu’encours les thanatopracteurs lors d’actes de soins sur des personnes potentiellement contaminantes ! Je pense pour ma part que toutes maladies infectieuses transmissible tels que le VIH et les hépatites doivent être communiqué au thanatopracteur avant le soins quitte à effectuer un examen sérologique , même si cela retarde le soins pensez vous vraiment que le “patient” va se plaindre ? et je pense également que la famille même attristé de la disparition de leur proche peuvent comprendre cela est toléré cette attente .

     
  3. Merci Claire.
    En effet, il sera toujours difficile pour nous thanatopracteurs d’accepter de se faire diriger par des personnes ne connaissant pas notre métier et nos pratiques, nous jugeant que sur des articles de lois mentionnant un certain nombre d’heures de formations.
    Pour ce qui est des corps reconnus contagieux, le risque est élevé, car en connaissance de cause, nous nous mettons “une pression” inutile qui nous met en danger.
    Par contre, partant du principe que tous corps est potentiellement contagieux, nous faisons encore plus attention à nos gestes et notre sécurité tout au long du soin. Ce qui vient à dire que nous avons forcément déjà effectué des soins sur des VIH et pour ma part dernièrement sur une hépatite C. (la famille n’avait rien dit, le médecin de garde n’était pas le médecin habituel…)

    L’interdiction des soins prévu par la loi est l’engagement de notre sécurité (pas à 100% comme écrit ci-dessus).
    Pour ce qui est des soins à domicile, pour en pratiquer en grand nombre, si le soin peut se faire “via” la chambre funéraire privée ou l’hôpital avant le retour à domicile, c’est très bien. Sinon, beaucoup de cas de figure nous obligent à les faire sur place. Ce n’est pas des plus pratiques sauf en cas de chambre médicalisé.

    Pour ce qui est du “recensement” des thanatopracteurs en France, étant donné que nous sommes OBLIGATOIREMENT tous HABILITES par la Préfecture de notre département, avec énumération du personnel, il ne doit pas être très compliqué de tout faire remonter au ministère et de sortir une liste annualisée. Cette dernière existe déjà, par département, pour tous les pompes funèbres et thanatopracteur existant à ce jour.

     
  4. l’idéal serait avant toute intervention pour les soins d’hygiène et de conservation, que l’on nous fournisse un duplicata du certificat de décès réservé au thanatopracteur….Les pompes funèbres le possèdent bien,pourquoi pas nous,pour notre sécurité

     

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