Soins de conservation

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Les soins de conservation : adulés par certains, rejetés par d’autres, pour des raisons d’ordre philosophique ou économique, sont tout de même majoritairement considérés par les assistants funéraires comme un net atout, tout le monde pouvant y trouver son compte. Les familles pourront se recueillir auprès d’un défunt à l’air moins morbide que s’il était simplement réfrigéré, et la sérénité qu’ils y trouveront sera directement imputable à l’entreprise de pompes funèbres, et elle générera de la satisfaction client.

formol-225x300 Soins de conservationLors de l’entretien avec la famille, toutefois, un équilibre fragile devra se trouver : s’il faut expliquer le soin pour bien le ”vendre”, trop en dire sera dans la majorité des cas improductif.

Identifier son interlocuteur

La première étape consistera à identifier précisément son interlocuteur. Cela évite, déjà, de commettre des impairs. Proposer des soins de conservation à un juif ou un musulman serait maladroit : sans être offensant, le client à qui on propose une prestation taboue pourra penser que l’assistant funéraire maîtrise mal les rituels funéraires propres à sa religion, et hésitera à confier son défunt, ce qui est une réaction tout à fait légitime. A contrario, certains peuvent souhaiter ce qu’il y a de mieux pour leur proche, et accepter tout sans poser de questions.

Imaginons le cas d’une famille de musulmans qui aurait entendu dire que les soins de conservation, c’est très bien, sans connaître les spécificités du soin. Le rôle de l’assistant n’est pas de se substituer à l’autorité religieuse, en refusant le soin, pas plus qu’il n’est de vendre en risquant d’engager la crédibilité de son entreprise auprès de toute une communauté.

La meilleure attitude à tenir, dans cet exemple, sera sans doute de répondre que les soins sont généralement interdits en Islam, et de conseiller à la famille de demander conseil auprès d’un guide spirituel. Et, s’ils insistent, procéder aux soins : si le choix est fait en toute connaissance de cause, il n’y a plus de problème. Généralement, toutefois, les pratiquants de religions ou les soins sont tabous en sont bien informés.

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Dans le cas d’un interlocuteur qui accepte les soins, il sera important de connaître sa profession et plus généralement sa catégorie socioprofessionnelle. Tous cela pour éviter l’impair que de nombreux assistants ont commis, expliquer un soin de conservation sur le ton et avec les termes qu’on choisirait pour un enfant à un chirurgien chef de service d’un hôpital.

Tout ce travail doit impérativement se faire en amont.

Transparence et tact

Une fois certain que le soin de conservation n’est pas frappé par un interdit religieux, et que la personne qui pose la question n’est pas un personnel soignant qui teste simplement la réponse qu’on va lui faire, il va falloir réussir deux doubles missions : la première, expliquer le soin de conservation pour justifier l’intervention d’un thanatopracteur et son coût, sans choquer la famille en rentrant dans des détails pointus, et la deuxième, expliquer les bénéfices que la famille tirera du soin aux plus réticents sans, une fois encore, tomber dans le cours sordide sur la décomposition humaine.

L’assistant se trouvera des ennemis de poids en la personne de certains médias qui ont donné une image pour le moins erronée de la thanatopraxie. L’on a pu lire, lors de la Toussaint, dans un magazine par ailleurs réputé pour son sérieux, une phrase à faire frémir « 400 euros, ça fait cher la piqûre de formol ». Bon courage aux assistants qui doivent immanquablement, après la Toussaint et son cortège de mauvais reportage, rattraper cette aberration.

Oui, les soins de conservation représentent un coût, non, il ne s’agit pas d’une piqûre de formol, mais d’un processus complexe, précis, effectué par un personnel compétent, et à propos duquel l’assistant doit garder à l’esprit que, vu de l’extérieur, il est impressionnant. Certains détails pourront être omis.

Sémantique du soin de conservation

Reste à trouver les mots. Le vocabulaire du soin devra être soigneusement choisi pour rester aussi évocateur que possible, sans être choquant. Il ne faut jamais perdre de vue que la famille en face de l’assistant vient de perdre un proche : elle est déjà en état de choc.

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D’une manière générale, il est plus profitable de se constituer un lexique de termes adaptés plutôt que de se faire une phrase toute faite : l’explication semblera plus naturelle si l’on construit sa phrase au fur et à mesure, comme dans toute conversation normale, plutôt que s l’on s’adonne aux joies de la récitation. On explique une opération funéraire, on ne récite pas une fable de la Fontaine !

Par exemple, l’on pourra, plutôt que parler de décomposition, évoquer le « processus biologique ». Tout le monde saisira instantanément de quoi il retourne, mais la tournure adoucie aura une force de suggestion moins agressive. De même, inutile de renter dans les détails dans un premier temps. Parfois, derrière une demande explicitation sur les soins de conservation, se cache la question « Par rapport à la toilette funéraire, cela change quoi ? ».

Un exemple : « Les soins de conservation sont une opération grâce à laquelle l’on va stopper le processus biologique ». Et à l’objection : « Oui, mais XXX euros pour une piqûre de formol, c’est cher » la réponse satisfaisante dans la plupart des cas « Ce n’est pas que cela. Le professionnel diplômé, qu’on appelle thanatopracteur, va réaliser un ensemble d’opérations, il y en a pour une heure et demie » heure et demie qui constitue la moyenne de durée des soins. L’âme humaine a ceci de formidable qu’elle veut savoir, mais pas vraiment. Si un professionnel diplômé passe une heure et demi avec leur défunt, cela va très bien, mais vous constaterez que ce qui se passe durant ce laps de temps, ils ne veulent surtout pas le savoir.

Pour les soins de conservation comme pour beaucoup de situations, le plus important, ce sont les mots, et une bonne connaissance de la psychologie du deuil. En dehors de ce qu’on apprend lors de sa formation obligatoire d’assistant funéraire, il y a deux armes à rajouter à sa panoplie : de la sensibilité, et un bon dictionnaire.

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