Tony Scott VS Télérama, l’ultime affrontement (humeur)

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Tony Scott, le réalisateur de films, a prématurément disparu. Au milieu du concert quasi-obligé des louanges, des voix discordantes se font entendre. Mais était-ce le moment ?

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Tony Scott

Dimanche, Tony Scott, frère de Ridley et lui-même réalisateur, a mis fin à ses jours en sautant d’un pont. Si les raisons de son geste sont encore inconnues, quelques explications commencent à s’ébaucher : drogué, dépressif, le cinéaste était également atteint d’une tumeur, selon une rumeur non confirmée.

La presse en général, et cinématographique en particulier, a bien entendu abondamment relayé l’information. C’est que Tony Scott n’était pas le premier venu. Outre le fait qu’il était le frère du réalisateur d’ « Alien » ou de « Blade Runner », il avait à son actif des films comme « Top gun », « True romance » ou « Le flic de Beverly Hills 2 », il avait fait tourner ensemble des stars comme Brad Pitt et Robert Redford, et avait porté aux sommets de la gloire un jeune acteur quasi inconnu, Tom Cruise.

Mais Tony Scott avait aussi ses défauts. Venu de la publicité et cocaïnomane notoire, il avait une prédilection pour les blockbusters, les films d’action à gros budget, dont il dynamitait le montage façon vidéo-clip pour cacher des scénarii parfois un peu… légers, à tout le moins. Peu importait : ses films étaient vendus comme de la détente, et ils atteignaient parfaitement leurs objectifs, en mettre plein les yeux du public et les poches des producteurs.

Sa mort a suscité des hommages appuyés, parfois un peu trop, peut être, mais comment reprocher à des journaux souvent écrits par des fans de pleurer abondamment un réalisateur efficace ? C’est une forme de coutume.

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Nos collègues de Télérama ont souhaité s’en détacher. L’article annonçant le décès du cinéaste est tout, sauf sympathique ou compatissant. Ce ne sont pas les seuls, mais les meilleurs exemples.

Le point de vue de Télérama est connu, et tout à fait défendable : magazine culturel, la ligne éditoriale défend principalement un cinéma d’auteur, profond et exigeant, et éreinte les blockbusters ou les « films de genre ». C’est de bonne guerre : les magazines spécialisés dans lesdits films de genre ne se gênent pas pour éreinter les films d’auteurs, qualifiés souvent de « cinéma soporifique ». La conception ludique du cinéma qui affronte sa conception culturelle. Rien de neuf sous le soleil.

On ne va pas reprocher à Télérama de ne pas aimer les films de Tony Scott, donc : ils sont parfaitement logiques avec eux-même. Simplement, d’avoir choisi le mauvais moment pour le dire.

Tony Scott est mort, et c’est une triste nouvelle : pour sa famille et ses proches, déjà. Pour ses fans, parce qu’il en avait. Et pour le cinéma, parce qu’il savait si bien remplir ses salles, et que l’argent qu’il faisait gagner avec ses films permettait certainement d’en produire d’autres, plus recherchés peut être.

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Tom Cruise frime dans “Top Gun”

Bien sûr, on a le droit de le critiquer. Et il y a matière : L’histoire du septième art reconnaîtra un jour que « Top Gun » est un mauvais film, et je suis gentil.

Mais la vie d’un homme, lorsqu’elle s’arrête, qu’on l’aime ou pas, ne vaut elle pas un moment de silence pour marquer le respect dû, non au cinéaste, mais à l’humain ? Derrière Tony Scott, il y avait un homme, certainement malheureux, qui a vécu toute sa vie à l’ombre de son frère aîné, incapable de réaliser des films demeurés immortels, comme ceux cités plus haut, « Alien » ou « Blade Runner ». Un homme suffisamment désespéré pour faire ce qu’il fallait afin que sa vie s’arrête.

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Alors, oui, Télérama avait parfaitement le droit d’expliquer en qui ils considéraient que Tony Scott était un mauvais cinéaste. Mais le faire dans le même article que celui ou ils annonçaient son décès, c’était maladroit. Attendre quelques semaines eût été plus élégant.

L’on pourra toutefois s’interroger sur la fusion entre un homme et un artiste qu’il est (ou ses velléités artistiques), et sur cette phrase « la postérité est la cour de cassation du jugement de nos contemporains ». A partir de quand peut on décemment commencer le procès ?

L’article de Télérama se trouve ICI

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