Tous immortels demain (partie 1)

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« L’éternité, c’est long, surtout vers la fin »

Woody Allen.

L’immortalité : vaste question qui taraude l’homo sapiens sapiens. Mais si ce problème trouvait une solution, serait-ce vraiment la panacée ? Est-ce que l’homme pourrait devenir immortel, ou serait il obligé de devenir quelque chose d’autre ?

Sapiens au carré

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infini

Nous ne sommes pas, contrairement à une idée admise, l’homo sapiens, mais l’homo sapiens sapiens, « qui sait qu’il sait ». Le seul animal à pouvoir, en toute conscience, passer du réel au conceptuel, et à analyser ce qu’il fait. En d’autres termes, nous savons faire du feu, mais nous sommes aussi capables d’écrire des livres sur l’importance de savoir faire du feu.

Par ricochet, nous sommes le seul animal capable de prendre conscience, au niveau métaphysique, de sa propre mortalité. Les animaux sont capables de concevoir l’idée de la mort, ont conscience qu’après elle, il leur sera impossible de gambader dans les folles prairies de l’insouciance, et que donc, il faut la fuir le plus longtemps possible.

L’homme a la capacité de l’anticiper. Un homme gravement blessé, conscient, peut deviner que cette blessure lui sera fatale, et angoisser pour sa fin qui approche. L’animal, non : il souffrira, voudra être ailleurs, que cela n’arrive pas, mais sera incapable d’anticiper un rapport de cause à effet entre sa blessure et une mort prochaine.

Ceci est à tempérer, bien entendu : les animaux sont capables, effectivement, de sentir la fin venir, mais ne conceptualise pas sa fin. Un homme, si, ce qui provoquera chez lui une angoisse.

La preuve ? On ne voit jamais un animal travailler dans un laboratoire pour rechercher le secret de l’immortalité.

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Je reviendrai

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Créature de Frankenstein

C’est une constante : où qu’il se soit trouvé sur le globe, après les grandes migrations, l’humain a senti le besoin de trouver une réponse à la grande question : qu’y-a-t-il après ? La mort est elle l’ultime frontière ? Des grandes plaines des Indiens d’Amérique au Walhalla des Vikings, l’homme, incrédule de sa propre mortalité, inventa la religion.

Toutes ont en commun une partie créationniste, qui expliquerait le monde, et une partie post-mortem, qui définirait les modalités de la vie après la mort, qui serait éternelle, dans la plupart des cas. L’on tiendra compte aussi des croyances en la réincarnation, qui définit l’homme en tant qu’entité abstraite, l’âme, en quelques sortes, qui revient périodiquement sous diverses formes.

L’homme aura beau comprendre, concevoir, analyser, penser, conceptualiser, étudier, spéculer sa propre mort, il n’arrivera jamais à l’accepter. L’avantage de cette sapiens que nous avons sur l’animal devient finalement un inconvénient, le vertige métaphysique.

Au moins, on en tire un certain profit. Tout producteur de cinéma vous le dira : un film sur la fin du monde a un certain seuil de chiffre d’affaire garanti. C’est la cohorte de tous ceux qui, incroyants ou doutant d’un point de vue religieux, cherchent une consolation dans l’idée qu’après eux, le néant : ainsi, ils ne ratent finalement pas grand-chose d’intéressant.

Mythes et légendes

sisyphe Tous immortels demain (partie 1)
Sisyphe

Et donc, l’homme cherche l’ultime solution à son ultime problème : l’immortalité. Sur son chemin se trouvent deux rabats-joie : Frankenstein et Sisyphe.

D’un côté, donc, Frankenstein. Non pas un monstre couturé de cicatrices, mais un savant , le baron Victor Frankenstein, qui crée ladite créature (qui n’a pas de nom, si vous aviez lu le livre, vous le sauriez), vainc la mort, se substitue à Dieu, et se retrouve au final complètement dépassé par sa propre création. C’est la paradoxe du chercheur : si l’on vainc la nature, est on démiurge ou contre-nature ? Et les questions induites, si l’on est un homme, et que l’homme est mortel, l’immortel est il encore un homme ?

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De l’autre côté, Sisyphe, qui se retrouve pour l’éternité à remonter un rocher au flanc d’une montagne abrupte. « Il faut imaginer Sisyphe heureux » écrit Albert Camus, mais c’est difficile. C’est le paradoxe de l’immortel : quoi faire de tout ce temps ? Et surtout, où ? C’est bien joli, l’immortalité, mais encore faut il la vivre dans un environnement éternel. Sinon, on risque bien d’accumuler un nombre infini de déménagements. La vie éternelle, nouveau cauchemar des casaniers ?

Ce sera notre feuilleton de la première partie de l’été. Il nous semblait très à propos : la seconde chose dont on n’a pas envie qu’elles se finissent, après sa propre vie, c’est les vacances. Dans l’impossibilité de parler du prolongement de vos congés, nous nous pencherons donc sur votre vie, à travers différents épisodes, qui porteront sur l’immortalité scientifique, sa réalité possible, l’état d’avancement de la recherche, et les problèmes que cela induirait, au niveau logistique, biologique et peut être métaphysique. Et ce sera le mardi.

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