Travailler le premier mai

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Le tunnel infernal des ponts du mois de mai commence le premier jour du mois, et tout le monde est au repos. Tout le monde ? Non. Une petite tribu d’irréductibles résiste encore et toujours, et c’est le moment de leur passer le bonjour.

Fête du muguet ?

un-brin-de-muguet1-252x300 Travailler le premier maiC’est tout le paradoxe : les salariés du monde entier, du moins celui qui reconnaît le premier mai, fêtent le travail en refusant obstinément de travailler, un peu comme si, lors d’une fête du vin, on ne servait que de la bière. Il faut savoir que le premier mai est le seul jour obligatoirement chômé de l’année, les autres jours fériés étant dû à des accords de branche. Et l’employeur ne peut en aucun cas, pour tous les jours fériés, demander le rattrapage des heures perdues.

Mais la vie ne s’arrête pas le premier mai, le pays ne s’adonnant pas exclusivement à la contemplation bucolique du muguet dont les petites clochettes semblent tintinnabuler silencieusement pour fêter l’arrivée des beaux jours, de l’été, symbole des vacances scolaires, souvenir des premiers émois des amoures adolescentes, de congés amplement mérités, et d’embouteillages monstre sur l’autoroute. Non, le premier mai, il y en a qui bossent.

Le travail, un premier mai, n’est prévu que pour ceux dont la fonction est essentielle : transports publics, hôpitaux, police et gendarmerie, armée, et le service après-vente, les pompes funèbres. Sans oublier les journalistes : si il n’y a pas de journaux le premier mai, les rédactions sont déjà au travail pour fabriquer celui du deux, leur jour de congé se situant alors le trente avril, en décalé.

Tout travail mérite salaire…

“L’indemnité spéciale du 1er mai. Lorsque le 1er mai n’a pu être chômé, du fait de la nature de l’activité de l’entreprise, le salarié a droit, en plus du salaire correspondant au travail accompli, à une indemnité égale au montant de ce salaire”. Code du Travail, article L. 3133-6..

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C’est ça, la bonne nouvelle : travailler le premier mai, ça paie double. Petite compensation pour celles et ceux qui n’ont pas le choix, et bonus pour les volontaires.

Il faut reconnaître que la tâche, pour les pompes funèbres, est singulièrement plus compliquée que pour les autres services. Les hôpitaux, par exemple, sont autonomes, et ont leur propre stock de matériel et fournitures, tous les services y sont ouverts, évitant les incidents type « On ne peut pas le transporter d’urgence au service des grands brûlés, c’est fermé, on est le premier mai ». Les voyous, malandrins, bandits, braqueurs, combinateurs, casseurs, délinquantes et automobiles mal garées fourniront du travail en abondance aux policiers, l’ennemi ne prendra pas un jour de repos face à nos militaires en opération, et des millions de concitoyens qui n’ont rien d’autre à faire que de se promener fourniront en abondance des usagers aux transports en commun.

Les pompes funèbres ne manqueront pas non plus de leur cohorte habituelle de défunts, là n’est pas la question.

… Mais c’est compliqué

Ce dont manqueront les pompes funèbres, c’est d’interlocuteurs. Services publics fermés, lieux de culte injoignables, le service des pompes funèbres ne sera toutefois pas minimal : une équipe de transport de corps, un conseiller funéraire et un thanatopracteur de permanence devront assurer le transfert du défunt vers une maison funéraire, la toilette ou les soins de conservation, la présentation, l’accueil des familles à la maison funéraire et au bureau, afin de leur présenter les indispensables devis et bons de commande, et de leur faire signer les autorisations, déclarations et demandes pour tout cela.

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Mais les questions que se posent la majorité des familles, « Est-ce que l’église sera disponible vendredi après-midi » « est-ce qu’il reste de la place dans le caveau de famille » ? seront hélas insolubles.

Comme un dimanche, en fait. Un dimanche en milieu de semaine, premier d’une série de fériés qui rendent le moi de mai particulièrement décontracté.

Mais, et la presse ? Eh bien, au vu du nombre de dépêches qui sont tombées des diverses agences le temps que j’écrive ce papier, ne vous en faites pas pour nous, ça va bien, mais merci de vous inquiéter.

Demain, amis non travailleurs du premier mai, lorsque vous rentrerez au boulot, que vous trouverez des dossiers impeccables, des familles bien reçues, des convois bien ordonnés ou il n’y a plus qu’un ou deux petits coups de fil à passer pour finaliser, penser que pendant que vous étiez occupés à folâtrer dans les vertes prairies de l’insouciance, vos collègues suaient sang et eau pour faire aussi bien que d’habitude avec moins, c’est à dire sans vous. Peut être que cette soudaine révélation du fait que vous n’êtes pas si indispensable que cela vous aidera à être sympathiques avec les équipes de permanence, leur offrir un petit café, un brin de muguet…

Pour ceux qui travaillent, bon courage !

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3 COMMENTAIRES

  1. Vous parlez du 1er mai donc du muguet, donc de fleurs et vous ne nommez même pas les fleuristes qui sont sur la brêche depuis lundi 4 h 00 du matin et jusqu’à ce soir pour les courageux qui travaillent toute la journée…

     
    • Bonjour Isis, nous avons fais une boulette… Nous avons oublié les fleuristes… je vais fouetter Guillaume avec des tiges de roses dès demain matin 🙂

       

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