Un bonbon ou un mauvais sort ?

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« Peut on rire de la mort ? Parce qu’elle se gêne, la Mort, pour se rire de nous ? »

Pierre Desproges

 

Il y a des jours, comme ça, on doit écrire un article, et c’est dur. Parce qu’on est dans le journal, parce que son big boss est dans les journaux, il en a plusieurs, c’est lui le patron, parce que c’est Halloween et qu’on a mal à l’estomac d’avoir testé les bonbons… Halloween, donc, c’est parti.

Halloween, saint patron des bonbons

halloween-paris-france-300x202 Un bonbon ou un mauvais sort ?Halloween est une fête ou les enfants vont demander des bonbons aux voisins, et ils en profitent, parce que d’habitude, on leur explique que c’est impoli de demander. C’est une fête anglo-saxonne, dit-on souvent. En réalité, non : c’est une fête celte, importée aux Etats-Unis par les migrants Irlandais qui partaient joyeux de leur verte contrée pour s’engager dans la police New-Yorkaise.

Halloween d’ailleurs, d’où vient ce mot mystérieux ? C’est juste la contraction de l’anglais All Hallows Eve, autrement dit the eve of All Saints’ Day en anglais moderne, ce qui signifie la « veillée de la Toussaint ».

Samain au panier

halloween1-300x279 Un bonbon ou un mauvais sort ?Mais, pour en revenir à Halloween, donc, elle est inspirée par la fête de Samain, qui avait lieu à la même date, et qui correspond à l’hiver Celte. Les celtes considéraient qu’il y avait deux saisons, la saison claire, printemps été, et la saison sombre, automne hiver.

C’est l’Eglise qui a placé la Toussaint au lendemain de la veillée de Samain. La tactique d’évangélisation était alors simple : plutôt que de mettre à l’index des fêtes païennes, autant les assimiler et les confondre à la liturgie. Ce fut le cas pour la Toussaint, mais aussi pour Noël.

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Mais et les morts, là dedans ?

La nuit de Samain, selon les celtes, un pont s’ouvre entre le monde des humains et l’Autre Monde résidence des dieux (le Sidh). On a relaté l’aventure de héros, ou d’hommes exceptionnels, qui se rendent dans le Sidh (généralement à l’invitation d’une Bansidh), et y passent quelques agréables heures. Le temps des dieux n’étant pas le même, leur séjour est, en fait, de plusieurs siècles et, quand ils reviennent chez eux, ils ne peuvent vivre puisqu’ils sont morts depuis longtemps.

Par extension et déformation, une fois les druides morts et oubliés depuis longtemps, Samain devenu Halloween a substitué la demeure des Dieux par l’au delà dans l’esprit populaire.

Après, on nous expliquera que Halloween est une fête anglo-saxonne, nous avons vu que non, mais aussi un business, c’est certain. Méditons tout simplement sur le fait que Halloween fait le plaisir des marchands de bonbons et des loueurs de déguisements, mais met aussi au cœur de nos bambins une joie folle. Sans défendre outrageusement cette fête, doit on priver nos enfants d’un peu de joie sous prétexte que certains en tirent un bénéfice ? Dans ce cas, arrêtez tout, y compris de mourir…

Rabat-joie

Affiche-Zombie-Walk-Paris-2012-710x1024-208x300 Un bonbon ou un mauvais sort ?Parmi les manifestations organisées pour Halloween et la Toussaint, il y a des zombie-walk. Le zombi walk est une idée simple et infiniment amusante : c’est tout simplement un carnaval de l’horreur, ou les participants, grimés en zombies, défilent dans un esprit joyeux et festif. L’occasion de s’amuser un peu avec ce qui fait peur.

L’on pourra avancer une explication psycho-sociologique simple, la désacralisation du morbide pour désamorcer la crainte inconsciente de sa propre mortalité, mais ce n’est pas zombie walk, comme attitude. La zombie-walk attitude est légère et amusante, carnavalesque, tout, sauf sérieuse.

On ne comprendra sans doute jamais vraiment ce qui est passé par la tête du maire du Puy en Velay, l’ancien ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche du gouvernement Fillon, Laurent Wauquiez.

Il a en effet interdit une zombie-walk prévue ce dimanche 4 novembre, sous prétexte que la Toussaint « est un moment consacré aux défunts » et que « cela choquerait ses administrés ». Peut être. Nulle part, pourtant, de trace de consultation des ponots, les habitants, ou de demande populaire.

Laurent Wauquiez pense-t-il que ses habitants sont plus couards que la moyenne ? Ou bien, superstitieux, croit-il que le défilé d’une horde de faux zombies pourrait en attirer des vrais ? Mystère. Quoiqu’il en soit, à Funéraire Info, nous avons décidé d’exprimer notre vive désapprobation : Laurent Wauquiez aura beau sonner à notre porte ce soir, on ne lui donnera pas un seul bonbon.

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