Un enterrement comme les autres

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Accolades et échanges de condoléances. De baisers timides en serrage de mains, chacun apporte à l’autre un réconfort éphémère et futile, souvent hypocrite mais d’usage. On demande des nouvelles des petits, s’ils travaillent bien à l’école. On se raccroche à la trivialité de l’existence et on se dit qu’il faut continuer, ne pas se laisser abattre, qu’il n’aurait pas voulu cela. On offre du café. On mange des biscuits. Une overdose de bonnes manières ; il faut faire bonne figure, pour l’instant…Après, après on dévoilera son vrai visage, on sortira les griffes, après…

Dans chaque sourire, une esquisse de peine, de compassion. On console par un regard, on exhorte l’autre à tenir bon, à ne pas craquer. On est ensemble, une belle et grande famille unie dans le malheur. Assis autour de la table, dans la cuisine qui les a vus grandir, chacun touille son café en silence. La grand-mère est dans le salon, elle tricote. Denis se lève, il serre délicatement l’épaule de sa maman et sort fumer. Le jardin lui semble en deuil avec ses arbres courbant le dos et ses fleurs sans éclat. Denis fume – fumer aide, parfois. Il pense à son grand-père, mort dans son champ, au milieu de ses vignes. Une crise cardiaque. Une saloperie de crise cardiaque. Il écrase sa cigarette et en allume une autre. L’enterrement est dans une demi-heure. Les tasses sont lavées puis essuyées. On resserre les cravates, on s’enroule d’un châle. La grand-mère pose son tricot.

 

viaUn enterrement comme les autres – aufeminin.

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