Une révolution rituelle pour la crémation (2/2)

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Après une approche en forme de survol des premiers chapitres du livre de François Michaud-Nérard, « Une révolution rituelle », nous nous penchons plus avant sur les chapitres plus « pointus ».

La revue des premiers chapitres se trouve ici

Les problématiques

9782708242029 Une révolution rituelle pour la crémation (2/2)Les chapitres quatre et cinq posent la problématique du choix de la crémation, ses raisons, et les problèmes d’ordre rituel qu’ils soulèvent. Le chapitre 4, riche en statistiques, fait le lien entre les premiers chapitres, et la réflexion sur les évolutions de la vision de la mort.

François Michaud-Nérard analyse la crémation, pour certains, comme la volonté de s’approprier son propre cadavre. La mort étant médicalisée, maîtrisée scientifiquement, une conception moderniste des obsèques refuse la décomposition « passive » après l’inhumation. Pour d’autres, elle est une rupture brutale, à l’image de la mort souhaitée, tellement rapide qu’elle en passerait presque inaperçue. Ce rejet de la souffrance, d’une longue agonie, renvoie à l’image de la décomposition, et à un besoin de soudaineté. En quelques sortes, « la mort est une corvée à laquelle on ne peut pas échapper, alors faisons ça vite ». Pour d’autres enfin, la crémation est faite dans un souci de ne pas déranger.

L’auteur y souligne le paradoxe des personnes qui veulent, pour eux, quelque chose de rapide et expéditif, tout en souhaitant, pour leurs proches dans le même cas, le besoin d’un moment de recueillement. Le désarroi des familles y est souligné, ainsi que dans le chapitre suivant, qui poursuit la logique.

La méconnaissance des cérémonies civiles par les familles, et le rejet d’un cérémonial qui reste, dans l’esprit du futur défunt, un hégémonie religieuse, est souvent la cause d’une absence de « protocole de deuil » qui provoque un désarroi dans l’esprit des proches. On ne peut, une fois encore, que rejoindre François Michaud-Nérard sur ce point.

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Le chapitre 6 pose la question des religions, et de leur attitude face à la crémation. En résumé, l’on pourra les diviser en trois catégories : celles pour qui elle est essentielle ou ne pose aucun problème, souvent les religions d’origines asiatiques ou le protestantisme, celles pour qui elle est défendue, comme l’Islam ou le Judaïsme (avec des réserves pour cette dernière), et celles, comme l’église catholique, qui la tolère mais ne semble pas trop savoir comment l’aborder.

Les solutions ?

C’est dans le chapitre 7, très long proportionnellement aux autres, que l’auteur pose les bases, après en avoir souligné l’importance au fil du livre, d’un véritable travail sur les cérémonies d’obsèques accompagnant le rituel de la crémation. S’appuyant sur son expérience personnelle, sur le travail de personnes comme André Biot, qui a beaucoup travaillé sur le sujet, et de Maîtres de Cérémonies, notamment du Père Lachaise, il propose des pistes pour concevoir une cérémonie dédiée.

Le principal écueil est évité : même si le plan d’une cérémonie est proposé, en filigrane, il n’est pas imposé. C’est plus le détail de le réflexion, des propositions, et des pistes de réflexions qui domine.

Le chapitre huit revient sur le marché des pompes funèbres, et il est le seul sans doute avec lequel certains seront en vif désaccord. Si l’importance de la formation et des conditions de travail fera sans doute l’unanimité, exception faites des comptables, et la dénonciation du système de crématoriums à la française fera réfléchir certains, nous y avions nous-même consacré un article récemment, la défense du service public en revanche déçoit.

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L’auteur y lance en effet une complainte pour les régies municipales de service public, désarmées face à la concurrence du privé, sans se demander si ces fonctionnaires de la mort ne sont pas le symbole d’un passé obsolète. Il y fait ensuite un portrait flatteur des SEM, dans lequel n’apparaît nulle part trace des affaires qui ont frappé un certain nombre d’entre elles et font encore aujourd’hui des ravages pour les petits indépendants. Je rejoins totalement son avis sur l’importance d’un contrôle accru des pratiques funéraires, en revanche, chercher la solution en promouvant les SEM ne pourrait que nous conduire de facto à un retour d’un monopole. Reconnaissons toutefois à François Michaud-Nérard le mérite de bien connaître les Sociétés d’Économie Mixte.

Les annexes

Les annexes, enfin, occupent à elles seules presque un tiers du livre. Dispersion des cendres, des questions d’éthique, l’écologie de la crémation, ses alternatives, ils sont autant de pastilles auxquelles il est utile de se référer pour se rafraîchir la mémoire, ou tout simplement pour y apprendre quelque chose.

Alors, indispensable, ce livre ? Oui, sans conteste. Un point complet de la situation actuelle, un exposé clair des problématiques, des pistes de réflexions, cela s’appelle un livre de référence.

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