Vatican, des concessions pour une résurrection ? (1/2)

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La nouvelle a été vécue en direct, et en mondovision : un nouveau pape va présider les destinées spirituelles d’un milliard trois cent millions de chrétiens à travers le monde, et répondre à leurs problématiques. Penchons nous sur celles qui nous intéressent, théologiquement puis concrètement.

Habemus papam

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Le Vatican au XIXéme siècle

Le protocole a été expliqué en long, en large et en travers : si il s’écoule tant de temps entre la fumée blanche et le fameux « Habemus papam » sur le balcon, c’est que le nouveau Pape doit se vêtir, recevoir les félicitations de ses collègues, bien entendu, et qu’ensuite, il se retire dans une petite pièce pour pleurer face à la tâche immense qui l’attend. Voilà pour la légende. En vérité, il est seul dans cette « chambre des larmes », et ce qui s’y passe reste entre l’homme et son Dieu.

L’on a assez glosé, en effet, sur l’immensité de la tâche qui l’attend, une église qui connaît des soucis financiers, qui perd des fidèles, et qui fait l’objet de reproches pour sa déconnexion d’avec le monde réel. Mais ces problématiques politiques, spirituelles et financières sont traitées abondamment ailleurs. Penchons nous plutôt sur celles qui nous intéressent plus spécifiquement, celles ayant trait à la mort et aux obsèques.

Paradoxe

Il est en effet paradoxal que l’Église se trouve aussi embêtée par la mort, qui devrait être l’élément central de sa liturgie : la foi catholique ne promet elle pas la vie éternelle après la mort ? La base de la foi, à savoir le messianisme de Jésus, repose d’ailleurs sur le fait qu’il est mort pour les hommes et a ressuscité : c’est ce qui fait la différence, en théologie, entre lui et un prophète.

Le problème ne tient pas tant à ce que Jésus a dit qu’à ce qu’il n’a pas dit. Il est resté, par exemple, totalement mutique sur le mariage des prêtres, l’utilisation du préservatif, ou la possibilité de rire à une bonne blague, comme le faisait remarquer Umberto Eco dans son chef d’oeuvre, « Le nom de la Rose ».

Plaisanterie mise à part, tout ceci est loin d’être anecdotique. Pour résumer la parole Christique, l’on pourrait simplement lui prêter ces mots « Je te montre la voie, à toi de choisir si tu souhaites l’emprunter ou non, et de quelle façon ». La particularité de la parole Christique est en effet de laisser le choix, une forme de libre arbitre, qui compte sur le sens de chacun pour déduire ce qui est juste ou non.

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La nature de l’Église a horreur du vide

Toute l’histoire de l’Eglise repose sur la quête à cette question sous-jacente des fidèles « Moi je veux bien, mais comment ? ». C’est la mission que Jésus avait confiée à Saint Pierre, premier Pape de l’Eglise : être le pasteur, c’est à dire à la fois guider et poser des limites à celles et ceux qui voudraient suivre le message divin. Pour cela, il devait compter sur sa mémoire de la parole du Christ, les Evangiles seront écrites plus tard, son intelligence et son imagination.

Ainsi par exemple a-t-il incombé à l’Église de transformer la Cène et la métaphore du pain et du vin en rituel de la communion. Ce rituel, ainsi que la liturgie générale, la Messe, par exemple, a évolué au fil de l’histoire, entre sa célébration clandestine dans les caves de Rome jusqu’à l’érection des cathédrales gothiques.

Une dictée de l’Histoire dictée par l’Histoire

vatican-2_800px-300x200 Vatican, des concessions pour une résurrection ? (1/2)L’Église monta rapidement, jusqu’à dominer le monde occidental et façonner son histoire, en appliquant son dogme, non pas directement dicté par la parole Christique, mais par un mélange d’interprétation et de remplissage des vides, remplissage mêlant théologie pointue et absorption des superstitions des populations à convaincre. Ainsi, la Toussaint fut elle inventée pour contre le rituel Celte de Samain, la Fête des Morts.

Pour illustrer ce propos, utilisons cet exemple célèbre : l’Eglise, qui à l’époque régnait spirituellement, mais aussi culturellement, sur le monde, se trouvait confrontée à une question importante, à laquelle elle devait fournir une réponse. Les historiens spécialisé s’accordent sur le fait qu’il a fallu environ six siècles et deux millions de pages de théologie pour la fournir, une décision mûrement réfléchie, donc : oui, la terre était bien plate. L’on comprend que ce Galilée, petit maigrichon tout seul venu expliquer que finalement non, elle était ronde, les ait un tantinet contrariés.

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C’est en réalité le problème de l’Eglise : elle a, durant des siècles, assurée de sa suprématie intellectuelle, cherché des réponses intellectuelles et théologiques dans les Écritures, avant de réaliser, au XXéme siècle, que les réponses théoriques ne cadraient pas toujours, voire de plus en plus rarement, avec le monde séculier dans lequel Jésus Christ lui-même avait vécu ; il fallait, à partir de ce moment, chercher la voie médiane, démarche entamée avec Vatican II, d’apporter des solutions à la foi spirituelles et concrètes. Sans trop savoir comment s’y prendre : aujourd’hui, le compte Twitter du Pape est un événement, mais les prêtres, dans les églises où il en reste, ne savent toujours pas quoi faire exactement des urnes funéraires…

Demain, nos aborderons les questions concrètes, celles que le Pape devra trancher concernant le funéraire. Sans garantie qu’il le fasse…

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