Vatican, une résurrection sans concessions ? (2/2)

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Nous avons vu, hier, de manière certes un peu simplifiée, les barrières que l’Église s’était posées à elle-même dans son fonctionnement intellectuel. Voyons aujourd’hui les questions concrètes auxquelles le Pape devrait répondre…

(L’article d’hier peut être lu ICI)

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Le Saint Père a du travail.

Il se pose, dans l’Église, un certain ombre de problématiques : la crise des vocations, et l’appel, pour y pallier, à des renforts laïcs, parfois plus royalistes que le roi. Mais aussi des évolutions grandissantes de la société, comme l’incompréhension de se voir toujours proposer la même chose. La tentation est forte, pour les fidèles de partir, et pour les prêtres de se renfermer. L’ouverture Vatican II n’a pas laissé assez d’air pour que tout le monde puisse respirer.

La crise des vocations

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De moins en moins de prêtres, avec de plus en plus de besoins.

Le premier souci de l’Église, le plus criant en vérité, est celui de la crise des vocations dans certains pays. Les prêtres se trouvent en sous-nombre, gèrent parfois plusieurs dizaines de paroisses, et doivent confier l’exécution des cérémonies, d’obsèques notamment, aux Laïcs.

Or, ces derniers ne sont pas ordonnés, juste habilités par l’évêque, et ne peuvent en aucun cas administrer les sacrements. C’est ainsi que l’on a assisté à la disparition progressive de l’extrême onction : métamorphosée par Vatican II en onction aux malades, avec la possibilité d’une bénédiction ultime, celle-ci ne se pratique quasiment plus.

Plus grave, les Laïcs, à certains endroits, réussissent à imposer leur conception des cérémonies. L’évêché n’a pas le choix : les volontaires bénévoles ne courent pas les rues, et l’Église se trouve obligée de céder aux exigences de quelques groupes pour qui une tradition moderniste de l’église est totalement exclue. Dans les faits, certains paroissiens se voient interdits de diffuser une chanson profane, pour accompagner les obsèques, alors que cette tradition est généralement admise par les prêtres, à condition qu’elle ne présente pas de caractère diffamatoire. Cas rare : l’on entend plus souvent à l’église la très sage Céline Dion que « Le Curé de Camaret ». Dans d’autres paroisses, des Laïcs donnent des horaires de cérémonies aberrantes. Des obsèques à 14 H, par exemple : une mise en bière à 13 H, c’est peu commode pour les familles.

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Le Vatican ne résoudrait pas la crise en donnant des pouvoirs étendus aux Laïcs : même si l’immense majorité d’entre eux sont des personnes motivées et sympathiques, elles ne sont pas formées à cela. Une cérémonie d’obsèques laïque, c’est souvent une cérémonie type « Inscrivez ici le nom du défunt » sans communes mesure avec les trésors de créativité que déploient certains Maîtres de Cérémonies civiles pour personnaliser l’hommage.

Face à ces cérémonies nouvelles et plus adaptées, et en l’absence de prêtres formés pour entretenir la foi, les familles, déjà éloignées de l’Église, lui tournent le dos. Convaincre les gens d’y revenir, c’est d’abord trouver des prêcheurs. Des prêtres, en somme.

Ouverture béante et repli obsessionnel

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Jusqu'où l'Eglise est elle prête à faire sa révolution ?

Les questions posées à une vitesse toujours plus importante par la société ne trouvent pas non plus de réponse suffisante dans le dogme. Vatican II autorisait la crémation, du bout des lèvres, mais interdisait en revanche la cérémonie en présence d’une urne après le processus. Pourtant, la mobilité géographique des personnes fait que, de plus en plus souvent, le défunt est crématisé sur son lieu de décès, et l’urne rapatriée vers le lieu d’inhumation des cendres, généralement le lieu d’origine. Or, en tel endroit, une cérémonie religieuse, pour les personnes qui n’ont pas pu se déplacer loin, est théoriquement interdite.

Certains prêtres l’acceptent, pourtant. Ouverts sur la modernité, ils prennent des initiatives pour combler le vide laissé par une église paralysée par son inertie. Vatican II, concile censé ouvrir l’église sur la modernité, s’est déroulé il y a déjà cinquante ans. La modernité de l’époque n’est pas celle d’aujourd’hui. Mais ouverts sans contrôle, ils prennent des initiatives parfois malheureuses ou mal expliquées, qui choquent leurs ouailles.

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D’autres, au contraire, se replient sur le dogme de l’Église, et attribuent à Satan la responsabilité des nefs désertes et des quêtes faméliques.

Entre les prêtres qui se disent prêts à célébrer le mariage gay, et ceux qui encore aujourd’hui se tonsurent et célèbrent la messe en Latin, dos tourné à l’assemblée, il y a un monde, et le fidèle ne sait plus à quel Saint se vouer. Comment prétendre entendre l’appel de Dieu alors que ses messagers ne sont pas d’accord sur ce qu’il essaie de dire ?

Des voix médianes se font entendre : pourquoi ne pas imaginer un prêtre marié qui célébrerait une bénédiction d’union homosexuelle, Twitterait la sainte Évangile et ferait venir, pour animer les obsèques d’un paroissien, un groupe de rock qu’il aimait bien ? Une Église qui se dirait que finalement, tant qu’on « s’aime les uns les autres » les Principes et les Valeurs se réécrivent en fonction de l’époque et de ce qui semble juste ? Une Église qui, finalement, renouerait avec sa mission première : apporter une Bonne Nouvelle, plutôt qu’un jugement péremptoire.

C’est au Pape de démêler tout cela, de trouver la voie qui rassemblera les Chrétiens du monde, si différents culturellement et dans leurs attentes, et les ramènera dans son église. Et comme le Christ n’a pas l’air de vouloir revenir, il devra le faire seul. On comprend que la première chose qu’il fasse après son élection, c’est pleurer devant la tâche à accomplir…

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