Vieillir, c’est rider beaucoup : la mauvaise humeur de Guillaume

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michele-delaunay-10698361jtdss_1713-300x169 Vieillir, c'est rider beaucoup : la mauvaise humeur de Guillaume
Michèle Delaunay

Les personnes âgées, en France, si elles ont un statut beaucoup plus enviable que dans beaucoup de pays, n’ont pas encore atteint la panacée, l’ultime confort, la sérénité. Des inévitables problèmes de santé aux pensions de retraite maigrichonnes qui ne permettent pas toujours de s’offrir la maison de retraite, la solitude, surtout dans les grandes villes, il n’est pas facile d’être vieux.

Fort heureusement, Michèle Delaunay, ministre déléguée aux personnes âgées, a trouvé la solution. Il suffit que je surligne la fin de la dernière phrase du premier paragraphe, juste au dessus, et que je remplace le groupe de mots «  il n’est pas facile d’être vieux » par « il n’est pas facile d’avancer en âge ».

En effet, la ministre voudrait, elle le dit sur son blog, remplacer le mot « vieillir » par le terme « avancer en âge », et ce, afin de ne pas stigmatiser les personnes âgées. Là, unanimement, la réaction devrait être « et ? »

Ce n’est qu’une note de blog. N’empêche, on n’ose imaginer si, au terme de près de trois mois de travail, la ministre, un volumineux rapports sous le bras, entrait dans le bureau du premier ministre, pour lui annoncer que le fruit de son travail est une préconisation sémantique, la tête de Monsieur Ayrault. Imaginez :

« Monsieur le premier ministre, les problèmes des personnes âgées sont nombreux et source de souffrances, et je préconise de remplacer le mot ”vieillir” par ”avancer en âge” »

Le Premier Ministre : « Et ? »

La ministre « Ben, et c’est tout ».

Fichez la paix aux mots. Ils n’y sont pour rien, si ça va mal. Et ce n’est pas la gauche : la droite aussi a un passif sémantique. Il faut être un non-comprenant pour le nier.

Il y a encore quelques années, quand un type se promenait dans la rue avec la tête bien droite, des lunettes de soleil et une canne blanche, on lui proposait de l’aider à traverser la route parce qu’il était aveugle. Aujourd’hui, on n’ose pas aborder les non-voyants de peur de les stigmatiser. Pourtant, le type n’y voit toujours rien, et il est bien embêté parfois pour traverser la route : comment entendre arriver les voitures électriques destinées à ne pas stigmatiser l’environnement ?

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vieux-20japonais-344fa6-300x200 Vieillir, c'est rider beaucoup : la mauvaise humeur de Guillaume
Grâce à la Ministre, j'ai arrêté de viellir. Merci, Madame la Ministre !

Faites un test : arrêtez un gamin dans la rue, demandez-lui si il sait ce que c’est, une canne blanche. Neuf fois sur dix, il ne saura pas. Maintenant, demandez lui si il sait comment on appelle quelqu’un qui ne voit rien « fastoche, m’sieur, c’est un non-voyant, m’sieur ».

Le problème des mots « stigmatisant », c’est qu’ils sont un faux problème qui peut en causer des vrais. C’est psychologique. Je ne sais pas vous, mais moi, si j’entends dire que, dans mon immeuble, il y a des personnes « avancées en âge isolées socialement », je vais commencer par râler, pester, vitupérer : mais que font les politiques, ces incapables ? Par contre, si on me dit qu’il y a une petite vieille seule, j’irai lui proposer de lui faire ses courses et lui tiendrai compagnie, l’écoutant raconter ses souvenirs en sirotant de la citronnade.

A votre avis, qu’est-ce qu’elle préfère ? Mourir de faim, ou accepter de l’aide, stigmatisée par ce mot de « vieille dame » ? Surtout que passé 80 ans, il faut savoir remplacer la coquetterie par de la lucidité, c’est une question de survie.

A force de répéter aux gens qu’il ne faut pas stigmatiser un tel ou untel, on n’ose plus rien dire : on a peur, en proposant de l’aide à une personne âgée, que ce soit de la stigmatisation : après tout, on lui fait remarquer qu’elle est assez vieille pour avoir besoin d’aide. Alors, on la laisse mourir en croyant ménager sa susceptibilité.

L’on voit de temps en temps dans le journal, « Un vieux monsieur trouvé mort chez lui, drame de la solitude » avec un article plein de bonnes intentions destiné à choquer le lecteur et à lui donner mauvaise conscience, pour que ce genre de drame n’existe plus. C’est bien, c’est louable, et c’est efficace environ dix minutes après qu’on ait achevé la lecture. Mais, si au cours de l’année, on n’avait pas soigneusement évité de parler de ces gens qui vivent seuls, ou alors en des mots édulcorés, soigneusement choisis, pour ne pas les vexer, on aurait pu éviter un mort. Qui sait ?

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Parce que le petit vieux, ou la petite vieille, à côté de chez vous, elle se fiche bien de la façon, dont vous l’appelez. Ce qu’il veut, lui, c’est passer un autre Noël avec ses petits-enfants, s’il en a, ou c’est juste un peu de compagnie, chaque jour, histoire de ne pas mourir seul, c’est une petite augmentation de sa retraite pour vivre un peu mieux, c’est le respect qu’on portait au vieux, fut un temps, et qu’on n’a peut être plus pour les « personnes avancées en âge », parce que ce n’est pas qu’une question de mots : c’est le sens qu’on leur donne qui compte. Vieux, ce n’est péjoratif que si c’est utilisé de manière péjorative.

J’aime les mots. Vraiment. J’attache grande importance à chacun d’entre eux. Ils permettent d’exprimer précisément une idée. Mais il ne faut pas croire qu’on résout un problème en changeant les mots pour le désigner. C’est au mieux, une forme de pensée magique superstitieuse et vaine, au pire, de la malhonnêteté. Aucun des deux n’a sa place sous les ors de la République.

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Nous ne vieillirons plus ensemble

La ministre souhaiterai aussi interdire les expressions « tomber enceinte » et « tomber amoureuse ». « Tomber enceinte » évoquerait trop, selon elle, l’idée de fille-mère et d’abus sexuels, quand à “tomber amoureuse”, on ne sait pas trop.

Message qui n’engage que son auteur : madame, si vous vouliez changer la langue, c’était à l’Académie Française, qu’il fallait postuler, pas à un ministère. Auriez-vous l’amabilité de bien vouloir cesser ces fariboles et de faire le travail pour lequel les contribuables, vieux inclus, vous versent l’équivalent du salaire de douze ouvriers de Peugeot chaque mois ? D’avance, merci.

Parce qu’à cause de vous, madame, ne pouvant plus tomber amoureux, nous ne vieillirons plus ensemble.

(Note : cet article est apolitique. Certes, il abreuve de sarcasmes une ministre de gauche, mais c’est parce que c’est elle qui est au pouvoir. Si la droite avait été aux affaires, comme l’on dit, et avait fait une proposition aussi stupide, nous nous en serions donné tout autant à cœur joie. Cette fois-ci, c’est tombé sur les socialistes. Pas de chance pour eux)

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1 commentaire

  1. Une fois plus un coup de gueule manié à la perfection avec les mots qu’il faut!

    Et sur le fond: tout à fait d’accord, mais c’est pas demain que le politiciens cesseront d’éluder les sujets importants par de beaux discours bien tournés… ou par des réformes à la con qui ne resteront que goutte d’eau dans l’océan!

     

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