Souvenirs de canicule et sueurs froides pour les croque-morts

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Il arrive parfois que les pompes funèbres interviennent dans des situations extrêmes. Lors de la fameuse canicule qui a sévi dans le pays en 2003, des équipes ont été appelées en renfort.

C’était l’été 2003, et le ministre de la santé en polo n’avait pas encore annoncé que tout allait bien, rajoutant au désastre sanitaire un scandale politique. Mais déjà, aux pompes funèbres, le système frôlait la surchauffe. Le responsable de cette grande régie de région parisienne s’était rendu, à la demande de son régleur, au dépôt principal, pour y constater les besoins en terme d’hommes et de matériel.

Ce qu’il constata, c’est surtout que ses équipes étaient débordées, et qu’elles avaient besoin de repos.

Dans cette autre régie municipale de l’Ouest de la Bretagne, la directrice avait convoqué le personnel. Tout le monde s’était rassemblé dans le garage, en chemisette, pour fuir la chaleur. Tout le monde avait conscience qu’il se passait quelque chose.

« Bon, vous avez tous constaté qu’il fait extrêmement chaud, et ici, pour vous donner une idée, nous sommes épargnés. Nos collègues de Paris, eux, sont complètement saturés de décès depuis quelques jours, et la situation en va pas en s’arrangeant. Comme ici, la situation semble sous contrôle, je leur ait dit que nous leur apporterions notre aide, si possible. Y aurait il parmi vous des volontaires pour constituer une équipe en renfort ? »

Il y en avait eu plusieurs, et quatre furent sélectionnés pour partir. Deux porteurs, qui avaient une expérience de Maîtres de Cérémonies, et savaient donc parler aux familles. Un thanatopracteur, dont la fonction serait d’appuyer les porteurs et de faire le tri entre les corps présentables ou non. Un conseiller funéraire, pour aider à l’administratif.

L’équipe embarqua dans un corbillard, leurs bagages sur la plage arrière, là ou étaient habituellement disposées les fleurs. Personne ne fit mine de mettre valises et sacs dans la catafalque, et personne non plus ne suggéra l’idée. Ils partirent joyeux vers la capitale, bien décidés à mener grand train après des journées de travail bien remplies.

Ils restèrent une semaine sur place.

Finalement, ils ne menèrent pas grand train, et leurs journées étaient toutes similaires.

Ils se levaient tôt le matin. Le conseiller funéraire rejoignait alors le plateau d’accueil qui avait été aménagé pour recevoir les familles, les identifications de police, et organiser les obsèques d’indigents lorsque personne ne pouvait s’en occuper.

L’équipe, elle, partait sur le terrain. Le matin, une première demande d’intervention tombait, ils se rendaient à l’adresse indiquée, levaient le corps. La police leur donnait alors l’adresse du dépôt ou ils devaient déposer le corps, ils s’y rendaient, stockaient le défunt selon les instructions qui leur étaient données, recevaient alors une nouvelle adresse et reprenaient la routine.

Sur place, c’était toujours la même chose : une personne, âgée ou malade, seule, décédée de puis plusieurs jours, en état de décomposition avancé. C’étaient les voisins, alertés par l’odeur, ou sensibilisés par les informations, qui prévenaient les pompiers.

Leur pire journée, me confièrent ils, ils procédèrent à quinze de ces réquisitions. Sur tous les corps qu’ils convoyèrent durant leur détachement, seul un fut considéré par le thanatopracteur comme susceptible de recevoir des soins de conservation.

Puis le niveau des décès retomba vers la normale et ils rentrèrent. Le directeur tint à venir les remercier personnellement. Ils pensaient s’arrêter faire la fête à paris, lorsqu’ils évoquaient leur départ, quelques jours auparavant, mais quand vint le moment, ils prirent la direction de l’Ouest sans même s’arrêter.

Ce fut le seul cas ou le travail des pompes funèbres sur une catastrophe fut tellement mis en avant. Sans doute était-ce dû au grand nombre de décès, ou était-ce parce que des personnes âgées mortes frappaient plus que des personnes âgées sur un brancard dans le couloir des urgences d’un hôpital.

Il y eut des conséquences à cette affaire, mais il y en eut une dont on ne parla jamais : parmi les professionnels chevronnés qui intervinrent sur la canicule, beaucoup firent des cauchemars liés au pour la première fois. Et aujourd’hui encore, il leur arrive de se réveiller au milieu de la nuit.

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