Agent d’amphithéâtre, je fais mes confidences aux morts

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LEGO Morgue

 » Je travaille depuis 25 ans dans le funéraire, et presque depuis aussi longtemps comme agent d’amphi. Dans le funéraire, je vois souvent des gens dire « je fais ce métier par vocation ». Ça, ça vaut surtout pour les conseillers funéraires, moi je le fais pas par vocation, je le fais surtout par besoin.

Depuis que je suis tout petit je suis fasciné par les morts. Attention, je dis pas la mort, mais bien les morts. Dans les BD d’abord, pas de pulsions de morts je vous rassure, ni même gothique rien. J’avais deux parents aimant, marié depuis des années. J’ai toute la panoplie du gars normal et équilibré, mais les morts, c’est fascinant.

Quand un bébé nait tout le monde est auprès à lui dire qu’il est magnifique alors que c’est rarement vrai, il comprend rien, il ne peut rien faire tout seul, et tout l’univers est là à lui sourire. Les soins sont remboursés, les maternités aussi. Mais les morts, tout le monde s’en fout ! pourtant ils sont bien là. Qu’ils aient des familles ou non, ils ont vécu, ils ont tous une histoire.

Alors quand ils arrivent, je leurs parle, à tous, hommes, femmes, enfants. Je me demande si c’était des criminels, des racistes, des bonnes sœurs. Je leurs raconte ce qu’il s’est passé depuis qu’ils ont rendu l’âme, en général c’est là que je me rends compte à quel point rien d’intéressant n’arrive. Du coup ça me rassure, je me dis que quand moi aussi je passerai l’arme à gauche, je ne manquerai pas grand chose. Depuis la première personne que j’ai vu ici il y a 22 ans à aujourd’hui à part des successions de gouvernement, y a eu quoi de nouveau ? La terre est toujours ronde, les gens meurent toujours autant, et même plus qu’avant.

Parfois ça se bouscule ici, les pompes sont débordées. Je me dis qu’il doit y avoir un truc de l’autre côté pour que tout le monde se presse comme ça. Un peu comme à la caisse d’un supermarché.

Je ne les prends pas pour mes psys j’en ai pas besoin, mais je leur parle, d’eux, de moi, de la vie. Je leurs pose des questions, parce que parfois il n’y a pas de famille, ou si peu, et même quand il y en a, personne ne leur parle. Ils se parlent entre eux, vous ferez attention, les gens pleurent « comment je vais faire maintenant » mais y a bien que le maitre de cérémonie qui parle un peu du défunt.

Alors non je ne suis pas le centre du monde, mais là, pendant quelques heures, je fais en sorte que personne ne les oublie. Ils m’accompagnent au quotidien, les morts sont mon quotidien. »


Vous aussi vous avez envie de nous partager votre histoire. Ecrivez-nous à l’adresse mail suivante : sarah.funeraireinfo@gmail.com

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