Alcool et pompes funèbres

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L’alcool devrait être interdit aux enterrements, un récent événement d’actualité nous rappelle cette triste maxime…

alcool-300x300 Alcool et pompes funèbresUn homme ivre mort a eu la mauvaise idée, nous l’avons vu dans une actualité récente, de cracher sur le cercueil d’un défunt, joignant au glaviot quelques insultes, en pleine église. La justice s’occupe de son cas, mais d’ici, je devine le sourire des maîtres de cérémonies qui se sont dis « Tiens il m’est arrivé un truc… ». Avec la complicité de Croque-Morts Magazine, nous avons dressé un petit florilège d’anecdotes, en ne souhaitant qu’une chose : que cette compilations s’enrichisse des vôtres. Les commentaires sont là pour ça.

La mauvaise réputation

Les croque-morts jouissent d’une triste réputation d’alcooliques, très largement injustifiée. Mais que faire, que dire, lorsque même le clergé nourrit cette fable ?

Nous étions en renfort dans un petit village Breton, pour donner un coup de main aux collègues du coin qui avaient un surcroît d’activité. Nous avions fait la mise en bière, avions fait un beau cortège jusque l’église, une entrée magnifique, puis, une fois les fleurs disposées autour du cercueil, nous étions retirés, pour laisser le prêtre officier.
Dehors, le maître de cérémonies avait lancé « Bon, les gars, je vous paie un café ? » Nous avions accepté avec autant de gratitude que de promptitude.
Pendant ce temps, le curé faisait messe express. Il avait en effet une autre cérémonie prévue à l’autre bout de son secteur, due à un cafouillage de la bénévole de 90 ans qui tenait son secrétariat. En moins de vingt minutes, soit la moitié du temps habituel, il dit la messe, invita les gens à bénir le corps, puis, quand tout fut fini, dans le silence de mort qui s’était installé, tandis que les gens attendaient, dans l’expectative, il se tourna vers le bedeau, et lança, à haute et intelligible voix, dans la petite église :
« Va chercher les pompes funèbres, donc, ils doivent être encore au bistrot ».

Renseignement général

Une petite conversation, qui m’a laissé comme deux ronds de flan :

Le gens : Pardon, monsieur, est-ce que vous savez ou je pourrai trouver un magasin de spiritueux, ou une cave à vins ?
Le croque-morts : Désolé, monsieur, je ne sais pas.
Le gens : Zut. Pourtant ma femme m’as dit « va voir les croques morts, ils savent sûrement ou se trouvent les boutiques d’alcool »…

Soirées arrosée

Vous connaissez le péché véniel des hommes : les soirées TBF « Télé Bière Foot ». Certes, cela peut considérablement aider à se détendre après une journée ou une semaine de dur labeur, mais il ne faut pas perdre de vue deux éléments : d’abord, l’alcool sans modération nuit à la santé, ensuite, certains matchs ont tendance à faire monter le stress…

L’infortuné dont il est question ici regardait le match chez lui, avec des amis. Nous étions en juillet 1998 et la france était à 90 minutes de devenir championne du monde de football. La soirée était arrosée, et plus Zidane marquait de buts, plus le gars se lâchait. Lorsque Petit crucifia le Brésil, il poussa des hurlements déchirants de joie primale, et courut autour du canapé. Lorsque retentit le coup de sifflet final, il se mit à sauter de joie, voulut tenter un triple salto arrière tout en faisant la holà, et passa par la fenêtre.

Il habitait au septième étage.

A la santé du défunt

Une histoire un peu longuette, mais qui rappelle furieusement les joies de l’eau ferrugineuse, aussi répulsive chez certains que l’ail l’est pour un vampire. Et même si, par définition, il est malvenu de boire à la santé d’un défunt, certains essaient pourtant…

L’alcool, un fléau; en tout cas pour le foie de cette brave dame, constamment assoiffée, que la dive bouteille avait mené des échoppes des cavistes droit vers la morgue. Or donc, nous la menions vers le cimetière, ou elle rejoindrait son défunt époux, avec qui de son vivant elle avait partagé une vive passion des spiritueux. Le Maître de cérémonies connaissait la famille, puisqu’il en avait inhumé la plupart des membres, sans qu’un muscle de son visage ne tressaille au contact des vapeurs éthyliques qui montaient du cercueil lors de la mise en bière.

Moi, je le suivait comme un petit chien excité : j’avais récemment fait mes preuves, et j’avais obtenu le droit d’acquérir auprès du maître ès funéraire les connaissances indispensables à faire de moi un maître de cérémonies convenable.

A la mise en bière, j’avais eu un doute.

A l’entrée à l’église, j’avais eu un doute.

Scrutant attentivement les deux fils de la défunte, lors de la sortie de l’église, tous deux encadrés par leurs épouses et marmaille respective, je me penchai vers mon instructeur, et lui demandai : « Arrête moi si je me trompe, mais… Ils sont fin saouls, ou quoi ? » Lui, impassible, tourna vers moi son œil empli de malice, et répondit « Tu crois ? ».

C’était flagrant, lorsqu’on s’y attardait un instant : les deux hommes ne tenaient plus debout que parce que c’était à la mode. Mais chacun était contenu d’un côté par l’épouse, digne et froide, et de l’autre côté par son rejeton aîné, lorsque tangage et roulis se faisaient trop prononcés.

Puis nous nous apprêtâmes à nous acheminer vers le cimetière. La distance à parcourir était d’approximativement trois cent mètres.

L’un des frères s’approcha alors du maître de cérémonies, qui sembla acquiescer de la tête, et s’éloigna. Une fois dans le corbillard, je lui demandai de quoi il avait été question. Il me répondit tranquillement : « ils m’ont dit qu’ils auraient quelques minutes de retard. Comme il fait chaud, ils ont soif, et vont à l’estaminet non loin, pour prendre un verre d’eau. »

Nous les attendîmes un quart d’heure. Uniquement les fils de la défunte, d’ailleurs. Leurs épouses blasées, et leur marmaille aussi, attendaient sagement au cimetière le retour des frangins.

Enfin, bras dessus bras dessous, comptant mutuellement l’un sur l’autre pour parvenir jusque la tombe, arrivèrent les deux frérots. On les avait sentis arriver de loin, les relents d’alcool se faisant de plus en plus fort au fur et à mesure de leur progression.

Je prêtai à peine attention au maître de cérémonies durant le cérémonial d’adieu, tant j’étais fasciné par le ballet oscillatoire des deux hommes, et faisait la côte de qui tomberait en premier. Ce fut l’aîné. Soudain, il bascula en arrière, tomba dans la haie qui se dressait derrière lui, puis s’arrêta. Il fit signe à son fils, qui déjà se précipitait vers lui, que tout allait bien, et resta ainsi, suspendu dans cette béquille végétale improvisée, dorénavant concentré à essayer de comprendre les mots qui étaient prononcés.

La bénédiction fut à l’avenant. Chacun s’approcha, encadré par épouse et marmaille, du cercueil, visa soigneusement avec le goupillon, et traça le signe de la croix avec l’eau qui rappelle le baptême, comme il est de coutume. L’un y parvint à moitié. L’autre arrosa le maître de cérémonies, dont le stoïcisme aurait suscité l’approbation de l’observateur le plus sourcilleux.

Le moment que nous redoutions arriva.

Après que la bénédiction du corps eut été achevée, nous avions inhumé, et c’était le moment du « dernier regard », ou la famille passe à tour de rôle au bord de l’allée, pour dire au revoir. Pardon, adieu. Ou à Dieu. Chacun fait ce qu’il veut, en fait. Une pratique est assez répandue, le lancer de fleurs olympique : on jette une rose, ou autre, en essayant d’atteindre le cercueil.

Ce qui implique de s’approcher dangereusement du bord.

Je sent que le suspens vous tues, alors, soyez rassuré : aucun poivrot n’a été blessé pendant la rédaction de cet article.

Le premier frère lança une rose au hasard, qui atterris sur la bordure de la fosse. Il semblait vouloir se pencher, au dessus du vide, donc, pour la ramasser et retenter sa chance, lorsque son fils, sentant venir le drame, plongea, attrapa la fleur et la lança. L’homme le remercia d’un hochement de tête, puis laissa la place à son frère, s’effondrant sur un Christ de pierre, qui ne protesta pas.

L’autre frangin, vaguement conscient d’avoir loupé le cercueil lors de l’aspersion, se concentra soigneusement, un œil fermé, visa, tira, et sa rose se retrouva sur le couvercle du cercueil. Vaguement fier, il lança « Bon, ben salut, maman ! ». L’autre surenchérit « Ouais, salut, maman, à une prochaine, hein ! ».

Puis le maître de cérémonies s’avança pour leur donner les papiers. « Houlala ! Voyez ça avec nos épouses, hein, nous, la paperasse… ». Nous prîmes congé.

En sortant du cimetière, nous vîmes les deux orphelins aller honorer la mémoire de leur mère dans l’estaminet voisin.

 Pour conclure, nous proposons un nouveau slogan « Pour votre santé, ne laissez pas les autres boire ».

1 commentaire

  1. Remarquez : des porteurs funéraires qui sentent le whisky le jour de funérailles d’enfants, ça s’est déjà vu chez des confrères…
    Triste époque.

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