Alexis Guarato et Diesel, l’empathie à l’envers

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C’est un curieux paradoxe des événements dramatiques qui ont secoué le pays ces dernières semaines : tandis que les réseaux sociaux s’émouvaient de la mort d’un chien policier, le décès d’un militaire passait dans l’indifférence presque totale…
Destins parallèles

A Saint Denis, dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Paris, le RAID a donné l’assaut à un appartement ou étaient retranchés des terroristes. Lors de cette opération, Diesel, un chien d’assaut, a trouvé la mort. La mort du malinois, âgé de sept ans, a suscité des réactions émues dans le monde entier, via les réseaux sociaux. Des pages ont été créées sur Facebook, une pétition a été créée, sans succès, pour demander des obsèques nationales à l’animal. La Russie a offert, lors d’une cérémonie officielle, un chien à la France en remplacement de Diesel, manière diplomatique de montrer sa solidarité au peuple Parisien.

Au Mali, le sergent-chef Alexis Guarato des commando-parachutistes de l’air est blessé le 10 octobre en combattant les terroristes qui, depuis le Sahel, menacent le sud de l’Europe. Le 26 novembre, l’Elysée annonce que le militaire n’a pas survécu à ses blessures. Un communiqué sobre du président de la république fait part de ses condoléances à sa famille et ses proches. Et… C’est tout.

Dès lors, on s’interroge : si le chien Diesel a certainement fait preuve de bravoure et a perdu la vie pour protéger les nôtre, le sergent-chef Guarato en a fait autant, et le silence assourdissant qui a accompagné son décès revêt certains habits de l’ingratitude.

Une question de choix

L’objection qui est soulevée lorsqu’on fait remarquer de cet état de fait, c’est que le militaire avait choisi de se retrouver là, et pas le chien. C’est vrai, mais juste pour le chien.

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On ne peu pas s’empêcher de penser que cette objection « les militaires ont choisi en conscience » est issue d’un vieux fond d’antimilitarisme. Elle est toujours utilisée pour relativiser la mort d’un soldat sur le terrain d’opération, lors d’un conflit qui est souvent considéré comme inutile par les même antimilitaristes.

Ne professons pas non plus l’idéologie belliqueuse, à l’inverse. Simplement, force est de constater que la France serait un endroit beaucoup plus dangereux aujourd’hui s’il n’y avait pas, à travers le monde, des militaires pour la protéger. Pour faire plus parlant : imaginez si on laissait Daesh prospérer à sa guise.

Fort heureusement, les militaires à qui sont confiées ces missions ne sont pas une bande de bagarreurs suicidaires avides de mourir les armes à la main, contrairement à ce que certains aimeraient croire.

La volonté de servir

Un militaire ne s’engage pas dans l’armée pour le danger, mais en conscience du danger, ce qui est très différent. Plus encore, un casse-cou sera renvoyé rapidement dans ses foyers. En réalité, au plan tactique et subtactique, un amateur de sensations fortes est le pire cauchemar d’une unité sur le terrain : Rambo n’existe pas, le combat est un travail d’équipe, et un membre de l’équipe qui se met en danger met tout le groupe en danger. L’armée française est constituée de professionnels compétentes et entraînés.

Leurs motivations sont diverses, mais tous les personnels militaires sont mus par la volonté de servir, d’une façon ou d’une autre. La disponibilité et les sacrifices qu’exigent une carrière au sein de l’armée ne seraient pas tenable sans cela.

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Et cela, bien que la profession présente un risque réel d’être tué en exerçant son métier.

Gratitude et ingratitude

Aussi, si la gratitude et la peine sont compréhensibles pour la mort d’un chien policier, l’indifférence qui entoure la mort d’un militaire sur un théâtre d’opérations interroge.

Il est peut être temps de se rappeler que la mort d’un militaire n’est pas un dû, une banalité ou une forme particulièrement élaborée de suicide. Elle est la conséquence d’un risque librement consenti pour la préservation de notre société. Si le chien Diesel méritait certainement le mouvement de solidarité dont il a fait l’objet, et qu’on peut appeler humanité, l’indifférence qui a accompagné celle d’un homme, le sergent-chef Alexis Guarato, peut sans trop de risque de se tromper être appelée ingratitude.

2 COMMENTAIRES

  1. Effectivement, on en a vu passer, des photos de Diesel ! Enfin, des photos d’un chien que l’on nous présentait comme Diesel et qu’on pensait être une femmelle, au départ. J’aime énormément les animaux, mais quand même, il y a des limites ! Tiens, j’ai même vu une photo sous-titrée : »sépulture de Diesel », où l’on voyait un chien mort dans un cerceuil, recouvert du drapeau… américain ! Ca vient de moi ou quelque chose cloche ?
    Le sergent-chef Alexis Guarato avait choisi, je présume, de servir sa patrie, il savait qu’il risquait sa vie en cette contrée hostile et pourtant, il a bravé le danger, comme ses camarades, pour lutter contre des terroristes prêts à tout. Il protégeait son pays et ses compatriotes, et un hommage solennel aurait été de mise. Sauf en cas de refus de la famille, ce qui peut se comprendre. J’ai beau être antimilitariste (mais pas antimilitaires, je suis juste contre toute guerre, quelle qu’elle soit), je ne supporte pas que nos soldats se fassent tuer loin de chez eux.
    Alors, à ceux qui affichaient un logo « Je suis Diesel », j’ai envie de répondre : « Je suis Alexis ». Et je présente mes condoléances à sa famille et ses proches.

    • Il y a eu un hommage militaire. L’hommage est moins discret lorsqu’on *compte* plusieurs morts.

      Un jour j’ai expliqué sur le site de la librairie du congrès américain que la France n’avait pas besoin de héros.

      Cela tient au massacre collectif de la première guerre mondiale : le choix d’un soldat inconnu en est le symbole du traumatisme (et le choix de consacrer le 11 novembre aux anciens combattants *et* victimes de guerres, civiles comme militaires, comme le déni des guerrres civiles d’indépendance, montrent que la guerre est /heureusent/ vue ici comme une calamité, /malheureusement/ parfois nécessaire, ou dans le cas de la décolonisation comme une honte collective — avec ses rancoeurs).

      Nous voulons être persuadés que les combats menés sont justes, ou que nous portons la responsabilité historique de la cause d’un conflit lorsque nous nous y engageons (ce qui la plupart du temps n’est pas faux).

      La France n’a pas besoin de héros parce qu’il n’y a pas à individualiser les victimes d’un conflit, et se contente « d’exemples » (parfois on prend le mauvais chevalier — ce qui est le cas des airs ; parfois on prend pour mémoire un massacre de courageux ayant résisté jusqu’au dernier — ce qui est le cas pouf la légion).

      Pour la France, la guerre est un massacre. Elle prend (depuis les années 1970, et malgré l’adversité p. ex. Du « Drakkar ») les armes dans l’intention de faire taire les armes : « que maudite soit la guerre ».

      La France prend les armes.

      Alors oui, « s’engager à servir » les armes, effectivement, est toujours lourd de sens.

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