Anarchie : quand les scellés disparaissent avant la crémation

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Des soucis de toute sortes peuvent venir contrarier une crémation. Retards divers et variés, pannes, mais cette histoire est assez unique dans son genre. Même si quelques détails de décorum sont de mon cru, Angélique, qui me l’a racontée, s’est vraiment fait faucher ses scellés. Vous avez bien lu.

Ni Dieu, ni Maître

Angélique était encore dans le hall du crématorium quand la directrice l’interpella « Attends, il y a un problème, viens voir. ». La conseillère funéraire pâlit « Avec le convoi Chombier ? Encore ? ».

Deux jours avant, alors qu’elle préparait les obsèques de Monsieur Chombier avec la famille, cette dernière avait expliqué « Il était musicien, est-ce que c’est possible que ses amis jouent de la musique pendant de la cérémonie ? De la guitare, ce genre de choses ? ». C’était possible, bien entendu, ce que Angélique s’était empressée de confirmer aux proches.

Sauf que, dans la tête de la famille, « ce genre de choses » consistait en un piano et une batterie. Le personnel du crématorium avait fait une tête de six pieds de long en les voyant arriver, et c’est grâce au monte-charge qu’ils avaient pu être amenés dans la salle de cérémonie. Le petit morceau musical s’était changé en bœuf.

Devant l’air affolé de la directrice, Angélique se demanda ce qu’il pouvait bien y avoir de pire que de trimballer un piano droit et avoir une batterie complète à monter dix minutes avant la cérémonie… « Les scellés du cercueil ont disparu » oui, il y avait ça, évidemment.

« Disparus ? » répéta la conseillère funéraire d’un voix blanche.

« Disparus », en effet, à ne pas confondre avec « oubliés ». Angélique avait convoqué elle-même la police, assisté à leur pose, et la présence des cachets de cire, à la tête et aux pieds du cercueil avaient été contrôlés à l’arrivée au crématorium par un agent. Ils avaient été là, et ils n’y étaient plus.

Ce fut sur ces entrefaites qu’un agent du crématorium surgit, une corbeille à papier à la main « Madame la Directrice » cria-t-il presque, montrant le contenu de la corbeille.

A l’intérieur se trouvaient des débris de ce que tous identifièrent immédiatement comme des scellés. LES scellés, ceux qui s’étaient mystérieusement envolés. Et tous se posaient la même question « qu s’était-il passé ? »

Angélique et la directrice se rendirent dans la salle d’attente où la famille patientait pour le départ en crémation. D’emblée, la conseillère funéraire se lança « Il y aura du retard, on a un gros problème » avant de se lancer dans l’explication. Elle comme la directrice notèrent que la réaction de la famille était curieuse : au lieu de s’affoler ou de se mettre en colère, ils se lançaient des regards gênés.

« C’est obligatoire, ces scellés ? » demanda l’un.

« Oui, c’est obligatoire » intervint la directrice du crématorium « Sans eux, je ne peux pas faire partir le cercueil en crémation. Si je m’avisai de le faire, le crématorium serait fermé et je risquerai de finir en prison ». C’était un peu exagéré, pour tout dire, mais les deux professionnelles avaient deviné que la famille cachait quelque chose, et elles étaient bien déterminées à découvrir quoi, quitte à les bousculer un peu.

Angélique en rajouta une couche « Il va falloir demander à un policier de revenir, et il est en droit d’exiger l’ouverture du cercueil pour vérifier l’identité du défunt ».

La famille blêmit,avant qu’un homme, le pianiste et meilleur ami du défunt, n’explique « Ben… ce sont ses copains. Vous savez comme c’est, nous, les musicos, on est un peu anars… Et bon, les potes, quand ils ont vu écrit ‘’police’’ sur les cachets de cire, là, ils ont mal supportés qu’il parte avec les condés. Donc… »

« Donc, ils ont enlevés les scellés » finit la directrice.

« Ouaip, et ils les ont mis à la benne » acheva le pianiste.

La police fut rappelée d’urgence par la conseillère funéraire. Par chance, le brigadier était disponible, et, sympathique, n’exigea pas la réouverture du cercueil. Mais, comme il le signala à Angélique et à la directrice du crématorium, c’était un délit, et il serait obligé de faire une main courante.

Tout fut arrangé, et Monsieur Chombier fut finalement crématisé avec une demi-heure de retard. C’était la dernière crémation de la journée pour ce four, le dépassement était possible.

Les proches de Monsieur Chombier quittèrent le crématorium, et essayant de se composer un air contrit. Mais le pianiste sifflotait entre ses dents « Ni Dieu, ni Maître » de Ferré.

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