Anatole Deibler, le bourreau qui gardait la tête froide

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(Photo en avant : Exécution d’Octave David par Anatole Deibler, au moment de la chute du couperet)

Après avoir fait connaissance, tout l’été, avec quelques joyeux et sympathiques criminels, nous souhaitions rendre hommage à celui qui sut prendre sa discrète mais considérable part à leur fin, le bourreau Anatole Deibler.

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Anatole Deibler entra dans son métier comme il entra dans la vie. Son père était l’exécuteur en chef des arrêts criminels Louis Deibler, et sa mère, Zoé Rasseneux, était elle-même fille de l’Exécuteur en chef des arrêts criminels d’Algérie, alors colonie française. En un mot : fils et petit-fils de bourreaux. Mais aussi petit-fils et arrière petit fils et arrière-arrière petit fils de bourreaux du côté paternel, la décollation, chez les Deibler, étant une affaire de famille.

Il tentera d’abord d’échapper à la charge familiale, devenant vendeur de vêtements. Mais ne parvenant pas à se faire une situation, il se résigne, après son service militaire, et part faire son apprentissage en Algérie, après de son grand-père. Il assiste à sa première exécution, en tant qu’aide, le 8 septembre 1885.

Il participe à 17 autres exécutions, lorsqu’un poste se libère auprès de son père. Il rentre en France en 1890 et devient assistant lors de 78 persécutions.

En 1998, il épouse Rosalie Rogis, descendante… de bourreaux, les deux beaux-frères d’Anatole deviendront d’ailleurs ses fidèles assistants.

Le 2 janvier 1899, son père, s’estimant trop âgé, démissionne. Anatole Deibler devient alors Exécuteur en Chef des Arrêts Criminels, alias « Monsieur de Paris » comme se surnommait Sanson, bourreau de la révolution, bref, coupeur de têtes en chef de la république.

Une carrière bien remplie

Anatole Deibler, homme discret, poli, affable, aurait été drôlement surpris d’apprendre qu’il deviendrait avec Sanson, bourreau de la révolution, le coupeur de têtes le plus connu de l’histoire de France.

Deibler est un homme curieux, un des premiers en France à passer son permis de conduire, amateur de mécanique, passionné de cirque, puis de cinéma. Epoux comblé, il connaît la douleur de la perte de son premier enfant. Il prendra sous son aile son neveu, André Obrecht, sans que ni l’un ni l’autre ne se doutent que Obrecht sera l’avant-dernier bourreau de France, exécuteur de Christian Ranucci.

Cuisinier réputé, ceux qui l’ont côtoyé seront unanimes : son seul défaut était de fumer comme un pompier. Cigarettes, pipe, cigares, il ne s’arrête de fumer que durant les exécutions.

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Deibler connaît une interruption de carrière de trois ans, entre 1906 et 1909, ou les abolitionnistes arrivent au pouvoir. La peine de mort est rétablie en 1909 sous la pression de la vindicte populaire, indignée de voir des meurtriers partir « impunis » au bagne. C’était une autre époque… La guerre de 14 – 18 ne l’arrêtera pas plus : en mars 1918, Deibler part à Furnes en Belgique, sous les bombardements de l’armée allemande, pour guillotiner Émile Ferfaille au nom du peuple belge, « prêté par la France ».

Une vie coupé court

En 1939, Anatole Deibler a 76 ans. Le 2 février, il est sur le quai de la station de Saint-Cloud, il doit rejoindre ses aides à Montparnasse pour exécuter, à Rennes, Maurice Pilorge. Soudain, il se sent mal. Il s’effondre, est amené à l’hôpital, qui diagnostique un infarctus. A 8 heures du matin, Anatole Deibler n’est plus. Il avait conduit 395 exécutions, dont 299 en tant qu’exécuteur en chef.

Pilorge obtient un sursis de… Un jour. Son exécution est reportée du 3 au 4 février, et ce sont Desfourneaux, premier assistant de Deibler, Obrecht son neveu et son fidèle Georges Martin qui feront passer le condamné de vie à trépas.

Anatole Deibler Repose au vieux cimetière de Boulogne, auprès de son père et de son fils.

À compter de la première exécution qu’il effectua, en 1885, Anatole Deibler conserva une série de carnets d’écolier sur lesquels il nota scrupuleusement chaque exécution à laquelle il avait participé. Au départ, il ne marquait que la date, le lieu, le nom du condamné et son crime, sommairement relaté, mais le temps passant, il finit par ajouter des détails (temps, heure de l’exécution, jour de la semaine, attitude du condamné lors de son réveil) et à raconter en détail le crime pour lequel on l’avait condamné à mort. En 1891, il se lança parallèlement dans la rédaction de carnets de condamnations, dans lesquels il marquait toutes les condamnations à mort prononcées annuellement par les jurys français. Des croix de couleurs différentes permettaient de comprendre le sort des condamnés : une croix bleue signifiait la grâce, le texte entier rayé de bleu la cassation du verdict et une croix rouge cerclée de noir l’exécution. Dans ce dernier cas, Anatole Deibler reproduisait in extenso le contenu du carnet de condamnations dans celui d’exécutions.

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Après la mort de Deibler, ces documents furent conservés par sa veuve et sa fille. Cette dernière finit par vendre les carnets à une association de recherches historiques au début des années 1980. Ils furent vendus une seconde fois aux enchères, à l’hôtel des ventes Richelieu-Drouot le 5 février 2003, et ils dépassèrent la somme record de 100 000 euros. L’acquéreur en était une société spécialisée dans les autographes anciens.

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Pour en savoir plus

Pop Star

Après une exécution à Troyes, passée relativement inaperçue, le 13 janvier, Anatole fait ses débuts parisiens le 01 février, en guillotinant un jeune apache, Peugnez. Les journaux sont élogieux. Dans les Annales politiques et littéraires du 12 février, on lit :

« Tous les journaux s’accordèrent à rendre justice au jeune monsieur Deibler qui montra pour ses débuts à Paris un tournemain et une aisance de vieux praticien. Jeune, élégant, vêtu d’une redingote de couleur sombre, comme un témoin de duel sélect, il réalise dans la perfection le type du bourreau moderne. On peut, après cet heureux essai, lui prédire une belle carrière et un nombre respectable de représentations. »
Dans Le Journal, le lendemain de l’exécution, Jean Lorrain est un peu moins enthousiaste :

« De la descente de voiture au couperet, le rythme est un peu trop rapide. Cela enlève de la solennité qui constitue pourtant la raison d’être d’une exécution. »

Les exécutions cesseront d’êtres publiques en France en 1939.

Photo de famille

On rapporte une anecdote, survenue en 1907, lors du baptême de Robert Martin, qui deviendrait un de ses aides, bien des années plus tard. Ayant pris la photo de famille traditionnelle, il avait mal cadré, et quelques invités eurent ainsi la tête escamotée. « Ah, soupira gaiement Anatole, c’était fatal. C’est une photo Deibler… »

Landru

Anatole Deibler fut l’exécuteur de Landru. D’autres noms, dont la célébrité s’est un peu émoussée, sont : Ughetto (en 1930), Gorguloff (assassin du président Paul Doumer en 1932) ou Sarrejani (en 1934).

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