André Chabot, pour une mémoire vive des cimetières

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La chapelle de la Mémoire Nécropolitaine

C’est une figure connue de quiconque s’est un jour penché sur les cimetières : André Chabot, auteur notamment de nombreux livres sur le sujet, nous a accordé un entretien à l’occasion du QR code apposé sur son futur sépulcre.

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André Chabot et Anne Fuard, photographie de Sophie Bassouls

Promeneur nécropolitain

« Promeneur nécropolitain ». C’est ainsi qu’André Chabot se résume. Depuis 40 ans, appareil photo en bandoulière, il parcourt les cimetières « J’ai constitué un fonds d’archives photos. On trouve, dans les cimetières, des monuments qui sont le reflet de styles architecturaux de leur époque, des sculptures qui constituent de véritables œuvres d’art funéraire ». Ces tombeaux offrent « autant d’indices sur les rites funéraires, partout dans le monde ».

Parce que André Chabot n’est pas l’homme d’une seule ville, voyageant autour du monde pour en visiter les nécropoles, il est toujours en mouvement parmi les gisants immobiles. « Je me présente un peu comme un chasseur, avec un appareil photo à la place d’un fusil, et des pellicules à la place des cartouches, en quête d’une image. C’est parfois frustrant de rentrer le soir, lorsque je suis captivé par un lieu. ». Cette chasse donne naissance à de magnifiques clichés, souvent monochromes. « Je travaille à 95 % en noir et blanc, j’en préfère le rendu. Les photographies constituent une base de travail pour notre association, La Mémoire Nécropolitaine ».

La Mémoire Nécropolitaine

La Mémoire Nécropolitaine s’est donné pour mission de constituer une documentation picturale sur les monuments funéraires « Des archives de monuments qui parfois n’existent plus. Les cimetières sont victimes des outrages du temps, du vandalisme, voire de vols de métaux pour la récupération de matériaux. Autrefois, on assistait à des vols d’œuvres d’art, aujourd’hui, ce sont des vols sans but culturel » regrette André Chabot « Et l’administration elle-même manque parfois de discernement. Dans un cimetière parisien, on a vu relever une tombe dont le monument sortait de l’atelier de Rodin. Nul ne sait ce qu’elle est devenue, elle a peut être été cassée pour refaire une route… »

De l’art à la science

Mais André Chabot ne considère pas seulement le sens artistique des choses : « L’étude d’un cimetière tient de la sociologie des civilisations. L’on peut voir, à travers le temps, l’évolution des pratiques et de la symbolique funéraire. C’est un champ d’études majeur, puisque la mort est commune à toutes les civilisations et à tous les âges. »

Nul doute que le promeneur nécropolitain sait déchiffrer ces signes, et doit voir, à chaque parcelle de cimetière que l’on relève, un livre qu’on efface. La solution : « Il faut internationaliser le problème. Dresser un inventaire des monuments et épitaphes. Prendre conscience de l’importance de ces endroits pour notre connaissance, et les sanctuariser davantage ».

chapelle-300x199 André Chabot, pour une mémoire vive des cimetières
La chapelle de la Mémoire Nécropolitaine

Le caveau

Le caveau de La Mémoire Nécropolitaine reflète symboliquement toute l’œuvre d’André Chabot. Ce caveau, repris par l’association, s’est récemment paré d’un accessoire peu commun. « Comme je vous le disais, les cimetières représentent l’évolution de notre société. Aujourd’hui, à quoi assistons-nous ? A une déchristianisation de la société, un intérêt pour la technologie, ce qui se traduit, par exemple, par le remplacement des anges qu’on trouvait autrefois sur les monuments par des avions. »

Pas d’angelot pour André Chabot, alors, mais un gigantesque appareil photo de granit noir, réalisé sur mesure d’après le projet du photographe. « Ca a été un grand moment d’émotion de le voir arriver, de le contempler pour la première fois en vrai » et cet objectif à l’épreuve du temps fixe le visiteur, afin que nul n’ignore la profession de son futur occupant. Également sur le caveau, un QR code qui renvoie à un site internet où l’œuvre d’André Chabot se trouve exposée.

Certains trouveront le promeneur nécropolitain un tantinet mégalomane, c’est mal cerner l’homme « Oui, je suis mégalo, mais pour rire ».

Le monument se visite au Père Lachaise, cimetière roi des nécropoles françaises. André Chabot y reposera un jour aux côtés de Anne Fuard, sa compagne, muse, et indispensable complice.

Il y a encore beaucoup à dire, et André Chabot en a encore beaucoup dit lors de cette interview. Mais nous nous sommes dit que le mieux serait, pourvu que cet article vous en ait donné envie, de découvrir par vous-même l’œuvre conséquente et en constante évolution du photographe. Comme lui l’a fait : en vous y promenant au gré de vos curiosités et inspirations, tout simplement, sans crainte de vous y perdre : le guide est excellent.

Liens vers la Mémoire Nécropolitaine :

http://lamemoirenecropolitaine.fr

www.andrechabot.com

 

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