Assises du funéraire : La conclusion passionnée de Damien Le Guay

0
233

Aujourd’hui nous concluons ces Assises du funéraire avec l’intervention de Damien Le Guay, philosophe, directeur de l’étude du CREDOC et auteur de « les morts de nos vies ». Sa conclusion passionnée rassemble ce qui a été dit jusqu’alors et ouvre de nouvelles perspectives sur la problématique du deuil et des endeuillés.

Damien Le Guay part du constat de l’étude, c’est à dire que dans la situation actuelle le deuil est le parent pauvre des phénomènes sociaux. Il n’existe aucun observatoire du deuil et des endeuillés. Une prise de conscience est nécessaire.

Le deuil est un trouble passager qui dure.

Il doit y avoir un changement de regard face à la déférence collective considérant que le deuil n’est pas LEUR problème mais NOTRE problème- les endeuillés-. Finalement nous pourrions très bien faire ce parallèle avec la question du suicide qui suscite les mêmes interrogations sur la responsabilité collective. Il suffit de lire l’étude de Durkheim pour s’en rendre compte.

L’important étant de réhabiliter le deuil, et de ne pas renvoyer les endeuillés à leur propre singularité. C’est le rôle de l’assistance collective, car le deuil c’est passer d’un renvoi incessant de soi à des blessures invisibles.

Comment ? En mettant le deuil avant les endeuillés. Le deuil n’est pas qu’un problème psychologique mais il faut reconnaître l’ensemble des acteurs dans son ensemble.

Quelle est la problématique ? Avant il y avait un englobant, religieux d’une part mais aussi la partie décorative des pompes funèbres ainsi que la visibilité des habits du deuil et l’organisation sociale et familiale qui en découlaient.

L’émotion moderne est-elle plus légère ? Non assurément. Comment reconfigurer les procédures sociales ?

  • Soit nous insistons sur la réduction individuelle
  • Soit nous retrouvons cette problématique de la solidarité.
  • Premier point : Il convient de reprendre les grands enseignements hégémoniques :
  • Les endeuillés sont nombreux
  • Ce deuil est vécu douloureusement dans la durée
  • Le deuil peut ne jamais se terminer
  • Effets dépressifs durables
  • Troubles relationnels
  • Perturbations spirituelles
  • Perturbation des conditions de travail
  • Perturbation maximum durant la première année
  • L’accompagnement est essentiel
  • Fin de vie et ses conditions essentielles
  • Rôle central des opérateurs funéraires
  • Rôle essentiel des religions

Second point : Avoir des prises de conscience sociétale majeure. Pourquoi les endeuillés invisibles sont-ils si nombreux ? N’ont-ils pas des demandes implicites ? Les endeuillés muets ont des souffrances psychiques cumulatives. Il est également très important de reconnaître la durée, une souffrance qui dure. C’est la religion de la résilience, pourtant parfois ça ne passe pas, malgré le temps socialement établi (« ça passera »). Cette cicatrisation prend des années.

Un endeuillé est affecté dans tout son être et dans tout son environnement. Les effets sont nombreux, cumulatifs avec un vrai effet domino de l’épreuve qui doit être empêchée et c’est là qu’intervient le rôle des pompes funèbres en tant qu’accompagnement, conseiller, orienteur.

Deux chantiers d’avenir s’ouvrent, dans lesquelles quatre tâches du deuil sont à travailler :

  • Accepter la réalité du décès
  • Permettre l’évolution
  • Préserver le lien
  • Réinvestir le monde extérieur

1 :  Réhabiliter les expressions sociales des émotions

Remettre au cœur du débat le droit d’avoir des émotions soulevant la chape de silence. Cette relégation sociale par compression émotionnelle écrase de manière constante les endeuillés.

Le deuil est de l’ordre de la douleur mais aussi du duel au sens étymologique du terme, qui est une lutte contre soi et contre l’autre. Il y a une réduction de la conscience sociale de la mort et du deuil. La consommation d’antidépresseurs à doublé ces dernières années. La médecine souffre à l’égard des émotions. La psychiatrie elle-même se méfie des émotions. Il prend l’exemple d’un deuil qui au bout de deux mois devient pathologique, on observe alors une dérive et le chagrin devient une nouvelle cible pour les entreprises pharmaceutiques.

La raison est régulière comme un comptable. Georges Canguilhem 

2 : Considérer collectivement ceux qui accompagnent les endeuillés.

Le rôle des accompagnants est essentiel au moment du décès et des obsèques. Or il n’y a pas de conscience collective. Chacun y contribue à son niveau et sa bonne volonté mais sans créer une solidarité des aidants. Il faut prendre conscience de la multiplicité des soignants vers et pour une même solidarité.  Il faudrait un meilleur passage de transition des pompes funèbres aux acteurs. Damien Le Guay rétablit le droit de pleurer « les larmes sont belles » déclare-t-il.

Il ne faut pas être responsable du malheur qui affecte l’autre mais prendre conscience d’élément à la grande chaine de solidarité vis-à-vis des accompagnants.

Retrouvez l’ensemble de la chronique :

https://www.funeraire-info.fr/les-assises-du-funeraire-le-vecu-du-deuil-64705/

https://www.funeraire-info.fr/assises-du-funeraire-les-consequences-sur-lendeuille-64904/

https://www.funeraire-info.fr/assises-du-funeraire-lintervention-du-senateur-jean-pierre-sueur-64957/

https://www.funeraire-info.fr/assises-du-funeraire-lintervention-controversee-de-claude-le-pen-economiste-de-la-sante-65168/

https://www.funeraire-info.fr/assises-du-funeraire-nathalie-vallet-renart-et-la-gestion-des-emotions-en-entreprise-65434/

https://www.funeraire-info.fr/assise-du-funeraire-francois-michaud-nerard-et-limportance-du-collectif-65610/

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.