Attentat de Paris : Dis-moi, comment tu t’appelles ?

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Tic, tac. Un an…Certains détestent fêter leurs anniversaires, mais pour certains, c’est justifié. Tu es mort(e) à Paris, il y a un an dans un attentat. Aucune bougie ne s’éteindra, au contraire, elle s’allumera. Je m’assoie à mon bureau, Raconte-moi, dis-moi…Comment tu t’appelles ?

Nous sommes Marie et Mathias, nous avons 23 ans. Amoureux, Lorrains, Morts, ce sont les trois mots qui résument le mieux notre état depuis un an dans les journaux. Notre photo a fait le tour du monde. Ce week-end un concert est organisé à Metz, par notre famille, nos amis, des artistes.

Je m’appelle Lola, j’ai 28 ans et je suis éditrice. C’est mon père qui parle le mieux de moi. Il n’oublie pas, il ne m’oublie pas. Comment le pourrait-il ? Je fais du roller derby dans une équipe parisienne. Joyeuse de nature, j’adore la musique, je suis morte au Bataclan.

Je m’appelle Djamila, j’ai 41 ans, j’ai une petite fille de 9 ans maintenant. Nous avons une petite fille de 9 ans. Parce que oui, je suis morte dans les bras de mon mari, propriétaire du restaurant où j’ai été assassiné sur la terrasse.

Je m’appelle Jean-Jacques, j’ai 68 ans. Je suis complètement fan de rock. J’ai deux enfants et je suis même grand-père, passionné, je suis mort au Bataclan.

Je m’appelle Kheireddine, j’ai 29 ans et je suis violoniste mais tout le monde m’appelle Didine. J’habite un quartier de Paris où j’ai survécu au terrorisme depuis près de 10 ans. « Didine » est mort comme ça en pleine rue, après une soirée.

Je m’appelle Thierry, j’ai 36 ans et je suis policier, sous-brigadier. J’ai deux enfants. Je ne suis pas mort en service même si pendant tout le cours de mon exercice j’ai dû faire attention. Ce soir là je fêtais l’anniversaire de ma compagne au restaurant de Gregory le mari de Djamila.

Je m’appelle Caroline, j’ai 24 ans, je venais juste de m’installer à Paris. Je suis morte au Bataclan en souriant à mon amie, je suis une des premières à être tombée et à ne m’être jamais relevée.

Je m’appelle…Je m’appelle la haine il paraît, mais en réalité, je m’appelle la joie, la culture, la musique, la fête, la passion et l’amour. C’est comme ça que j’ai passé mes dernières heures, mes dernières minutes, des sourires plein le cœur, en écoutant de la musique, avec mes amis, ou dans les bras de ceux que j’aime.

Je m’appelle Sarah, j’ai 29 ans, deux enfants. Je vais bien, en tout cas bien mieux que Gregory le mari de Djamila, bien mieux que le père de Lola, bien mieux que la compagne de Thierry. Je suis au chaud, à mon bureau, je vous écris, j’imagine, je spécule, j’extrapole. Peut-être qu’un jour c’est moi qui mourrais dans un attentat, peut-être que ça sera toi. Peut-être qu’un jour on m’enlèvera mes enfants à une soirée, à un concert, dans une école, en pleine rue, en voyage. Peut-être qu’un jour c’est ma famille qui pleurera ou c’est la tienne qui hurlera. « Peut-être qu’un jour, nous mourrons dans un attentat » est aussi vivace dans notre esprit qu’« Un jour nous ferons le tour du monde ».

Aucun dieu ne m’aidera, aucun média n’apaisera mes proches, aucune couronne de fleurs ne me rappellera, aucun hommage ne suffira.

Mais pour l’instant, je m’appelle Sarah, j’ai 29 ans, deux enfants, je vous écris du côté de la vie, du côté de l’amour, du côté de l’espoir, du côté de demain.

 

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