Benjamin Rivaud : « J’ai eu du mal à reprendre le boulot »

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Benjamin Rivaud (capture Facebook, Pompier 54 Népal 2015)

Entrepreneur de pompes funèbres, l’Alsacien Benjamin Rivaud a aussi été pompier volontaire pendant douze ans. Avec neuf de ses amis, il rentre du Népal, où il a mené du 15 au 25 mai en différents lieux une mission d’assistance humanitaire après les séismes d’avril et mai. Il se dit impressionné par ce qu’il a vu du pays ravagé. Récit.

Funéraire-Info : Était-ce votre première mission de ce genre ?

Benjamin Rivaud : oui. L’équipe a été constituée par un ami pompier, également élu et coach professionnel comme moi. J’y étais en tant que pompier volontaire, entrepreneur du funéraire habitué aux situations difficiles et grand fan de randonnée. Je randonne tous les ans, notamment en Corse. Donc je connais la montagne et ses conditions rudes.

Le randonneur que vous êtes avait-il déjà été au Népal ?

B.R. : Non. J’y pensais, mais sans imaginer que j’irai finalement dans ces conditions-là. J’y retournerai quand ce sera plus calme. La vie est pleine de surprises.

Quel était l’objectif de la mission ?

Népal-225x300 Benjamin Rivaud : "J'ai eu du mal à reprendre le boulot"
(capture Facebook, Pompiers 54 Népal 2015)

B.R. : Arrivant 20 jours après le premier séisme du 25 avril, ce n’était pas pour faire de l’assistance à personne, mais plutôt de l’aide aux populations et aux collectivités. Il était d’abord question de mettre en place des stations de traitement de l’eau dans des villages reculés, mais nous sommes finalement intervenus pour déblayer des édifices publics, dans le district du Nawarkot, au nord de Katmandou. Notamment dans un bâtiment écroulé où se trouvaient les plans d’arrivés d’eau potable du district, et du matériel de réparation. Le réseau étant endommagé, ils ne pouvaient réparer car ne sachant pas où se trouvaient les canalisations.

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Vous n’en êtes pas restés là…

B.R. : Une fois sur place, nous avons été mis en relation avec la Croix-Rouge canadienne, qui montait un hôpital de campagne. Dans un autre bâtiment, que nous avons du étayer pour qu’il ne nous tombe pas dessus, on a pu sauver pour eux du matériel de radiologie enfouis sous des gravas. Là-bas, c’est une denrée rare. Ensuite, on a déblayé une école détruite, pour retrouver du mobilier et du matériel scolaire, et faire que les écoliers reprennent la classe.

Avez-vous ressenti des répliques sismiques ?

B.R. : Oui, mais pas des grosses. C’est saisissant, surtout quand vous êtes dans d’un bâtiment fissuré, déjà fragilisé. On a eu de la chance. Pour l’une d’elles, on repartait en voiture, après avoir travaillé toute la journée dans un hôpital. Ce qui est aussi impressionnant, c’est de voir toute la population sortir vite des habitations et se réfugier dans les rues.

Entre l’altitude et l’hygiène, vous avez travaillé dans des conditions très difficiles.

B.R. A 2.500 mètres d’altitude, il a fallu s’habituer aux difficultés respiratoires. Puis nous sommes redescendus en plaine, et là, nous avons travaillé sous des chaleurs de 40 à 45 degrés, dans la sueur et la poussière. En traversant le pays, j’ai été frappé par la misère, le manque d’hygiène. On savait qu’on vivrait sous tente, qu’on n’aurait pas de douches, au mieux un seau d’eau. Ce qui m’a frappé aussi, en discutant avec d’autres ONG, c’est qu’avant d’intervenir sur un bâtiment, il faut attendre l’autorisation des autorités, avec une hiérarchie très prononcée. On peut rester bloqué des heures en attendant un feu vert. L’armée est très présente. Il y a des points de contrôle à franchir régulièrement. Pour un chef d’entreprise comme moi, habitué à rentabiliser son temps, ça demande de la patience.

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Comment avez-vous été accueillis par la population ?

B.R. Très bien. On nous remerciait, on nous félicitait. Une télé locale nous a filmé. Après, les gens nous reconnaissaient, nous accueillaient chaleureusement. Nous étions plus sollicités dans les villes que dans les campagnes. Les gens y sont plus pauvres, mais plus fiers. Certains ont refusé qu’on les aide.

Après avoir vécu cette expérience si différente, reprend-t-on facilement le cours de sa vie ?

B.R. : On se remet en cause : pourquoi on court, on travaille tellement. Un népalais m’a dit une chose qui m’a marqué : vous en Europe, vous avez des montres. Nous, ici, on a le temps. J’ai eu beaucoup de mal à reprendre mon rythme, mon boulot. Je suis entrepreneur depuis l’âge de 20 ans et je bosse 20h sur 24. J’ai eu besoin de me ré-acclimater, et de prendre un peu de recul pendant huit bons jours pour digérer tout ça. On ne revient pas indemne de ce genre de mission enrichissante.

Vous recommenceriez ?

B.R. : Oui. Tout de suite.

1 commentaire

  1. belle expérience mais ce qui me frappe c’est d’être « obliger » de vivre des situations terribles pour pouvoir se remettre en cause et en question; pourtant en France des situations difficiles existent mais on en fait un dénie, on ne préfère ne pas les voir dans un pays dit industrialisé et on ne prend plus le temps…car le temps c’st de l’argent….

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