Bertrand Beyern, le Père-Lachaise à livre ouvert

0
600

Entre deux tombes, il lache une anecdote édifiante, pointe une épitaphe, manie le bon mot, sort de son cartable le document qui fait mouche. Bertrand Beyern, écrivain, conférencier, va au Père-Lachaise comme on va au bureau. Depuis ses six ans, il arpente les allées du cimetière, en connaît toutes les mises en scène.

Suivre ses visites (trois bonnes heures au moins), c’est retrouver le goût de la flânerie. Sortir du tumulte du Paris alentour. Il ne se définit pas comme un professionnel de la mort. Plutôt comme un professionnel du souvenir. Un « nécrosophe », observateur de nécropoles, ces lieux de comédie sociale faits pour les vivants, et où la mort est finalement cachée. Où l’inconnu fortuné gagne sa part de notoriété en s’offrant un monument funéraire ostentatoire. Où une gloire passée bascule finalement dans l’oubli.

Dans ce dédale accidenté et tout en courbes du Père-Lachaise, aux styles mélangés, Bertrand Beyern ouvre au gré de ses visites thématiques le grand livre des petites histoires. Chaque sépulture est matière à raconter. Il y a bien sûr les incontournables : Edith Piaf, Jim Morrison, Oscar Wilde, Frédéric Chopin… Celles qui font de ce cimetière boisé (5.300 arbres) de 44 hectares seulement le plus visité au monde. Lui préfère le charme de la tombe délaissée. De la jeune première foudroyée trop tôt. De l’écrivain malchanceux . Du ravissant modèle du peintre Ingres. Ce cimetière est un « fabuleux réservoir d’histoires », explique t-il. Des récits qu’il délivre depuis maintenant 23 ans.

Aux beaux jours, prenant la tête d’un groupe qui compte nombre d’habitués de ses « safaris », il zigzague parmi les touristes. Il raconte qu’enfant se promenant ici, il voyait encore les visiteurs s’y saluer. Mais qu’aujourd’hui, il peut se presser 25.000 visiteurs en une journée ensoleillée. Dans les allées, des couples se querellent sur le plan. Des téléphones sonnent. On y mange des chips. Un engouement né des années 80. Quand vient l’automne et le froid, les touristes partis,  lui est toujours là, à s’enthousiasmer sur la lumière particulière d’avant Toussaint.

Lire aussi :  Nomination de Jean Ruellan au Comité Exécutif d’OGF

La nécropole sature aussi par son million de morts, raconte Bertrand Beyern. L’ossuaire déborde. Les anciens secteurs s’estompent, émaillées de nouvelles tombes au gré des reprises de sépultures. Il n’y a plus de réelle perpétuité. Personne n’y échappera, la notoriété n’étant pas une notion juridique. Rien ne dit par exemple qu’un Balzac restera éternel en son caveau.

Dans le cœur des jeunes générations, la tombe d’Alain Bashung a détrônée celle d’Yves Montand. On voit désormais apposer des QR codes sur certaines sépultures. Une deuxième menace de s’effondrer. Des arbres finissent par avaler d’autres monuments. Certains après-midi, on croise même quelques équipages gothiques dans les allées. Un frisson passe quand le conférencier évoque un meurtre commis dans un chemin excentré, et des vols incessants. Le cimetière évolue, reflet de son époque. Et Bertrand Beyern le raconte, inlassablement : « Tant qu’on m’écoute, dit-il, je parle ».

Renseignements : bertrandbeyern.fr. Prochaines visites (sans réservation, tarif 10 euros) : Mardi 27 octobre. A 10h et 14h30, Tombes célèbres au Père-Lachaise. Mercredi 28 octobre (14h). Le zoo du Père-Lachaise : statuaire animalière et histoires d’animaux. Jeudi 29 et vendredi 30 octobre (10h et 14h30). Tombes célèbres du Père-Lachaise. Dimanche 1er novembre (10h et 14h30). Humour noir au Père-Lachaise.

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here