Bonne année les croque-morts !

2
465

C’est le cauchemar du début d’année : les vœux. Souhaiter la bonne année à des professionnels du funéraire peut tourner à l’exercice d’équilibriste sans filet.

Bonne année les croque-morts

Je me rappelle une soirée organisée par la société ou je travaillais, une galette des rois, ou l’on présentait nos vœux à nos partenaires, mairies, hôpitaux, etc… et ou le directeur de l’antenne locale, lors de son discours, avait fait une tentative d’humour. « On vous souhaite bonne année, et bonne santé, à vous, bien sur, mais pas aux autres, hein, il faut bien qu’on travaille… Ah ah ».

La petite blague avait été accueillie par un silence glacial, suivi de quelques petits rires gênés.

L’idée est un peu là : lorsqu’on souhaite une bonne année à un professionnel dont le métier consiste à travailler avec la mort, est-ce que cela ne revient pas à souhaiter du malheur aux autres ? Et quelque part, est-ce que souhaiter la « bonne santé » aux professionnels du funéraire, ce n’est pas insulter leur conscience professionnelle, allant jusqu’à insinuer qu’en cas de coup dur, ils seraient incapables de donner de leur personne ?

A l’inverse, ne pas le faire serait très impoli.

Bonne année les marbriers

Souhaiter une bonne année aux marbriers, c’est aussi très compliqué. Même en mettant de côté les considérations funestes qu’impliquent leur intervention, c’est à double tranchant.

Ou bien on leur souhaite une bonne année, c’est à dire qu’on espère pour eux des centaines de tonnes de granit, marbre, et autres minéraux, à soulever à la sueur de leur front, dans un environnement de travail peu hygiénique, salissant, et parfois climatiquement difficile.

Lire aussi :  Témoignage deuil périnatal : mon bébé ne voulait pas de moi

Ou on renonce, et on se lance sur le terrain de la « bonne santé ». Souhaiter la bonne santé à un marbrier revient à une boucle logique qui peut conduire au suicide : soit le marbrier a du travail, et dans ce cas, il aura mal au dos, et ne pourra donc pas être en bonne santé. Soit le marbrier n’a pas mal au dos, parce qu’il n’a pas de travail, et dans ce cas il souffre de malnutrition sévère.

Un marbrier ne passera donc jamais une bonne année sur le plan de la santé.

A l’inverse, ne rien lui souhaiter serait très impoli.

Bonne année tout le monde ou personne

Quand on y réfléchit, il y a plein de monde à qui souhaiter une bonne année est du plus extrême mauvais goût. Les oncologues, par exemple, ou tout autre médecin spécialiste de maladies mortelles. Les inspecteurs du FISC. Les agents Pôle Emploi. J’en passe, plein : huissiers de justice, dentistes, pilotes d’avions indonésiens.

Ou bien on peut considérer que toutes ces professions n’existent pas pour profiter des dysfonctionnements de la société, mais justement pour y pallier. Sans cancérologue, qui vous soignerait, sans croque-morts, dans quel état serait le monde ? Pitoyable, sans doute, sauf les spécialistes des maladies infectieuses qui seraient considérablement plus riches.

Au final, donc, professionnels du funéraire, marbriers, porteurs, thanatopracteurs, Maîtres de Cérémonies, conseillers funéraires, vous faites un métier utile et grâce à vous, le monde va un peu moins mal. Nous vous souhaitons donc une bonne et heureuse année et vous souhaitons d’exercer vos difficiles métiers dans les meilleurs conditions possibles.

Lire aussi :  Thanatopraxie: Information aux familles sur les soins de conservation

Guillaume Bailly

2 COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here