Boulettes du transport funéraire longue distance (tranche de vie)

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CarteItineraires-e1371212235934 Boulettes du transport funéraire longue distance (tranche de vie)C’était le temps jadis ou les gentils messieurs et gentes dames n’avaient point accès au téléphone portable, qui tenait, à l’époque, dans une valise, un temps révolu ou il suffisait aux indépendantistes Bretons de faire sauter Roc’h Tredudon pour priver la Bretagne presqu’entière de télévision (attentat qui fit une victime, le sous-directeur du centre, qui succomba à une crise cardiaque lorsqu’on lui annonça la nouvelle, mais je digresse), une époque ou les garçons coiffeurs savaient ce qu’était la Joconde, bref, un temps ou il faisait bon vivre, et ou il était malheureux de mourir.

Les gens mouraient, toutefois, tel cet infortuné Portugais, qui avait succombé à Brest d’un infarctus (pour lequel le FLB-ARB ne portait aucune responsabilité) en buvant un verre dans un bistrot, après le travail , pour se détendre (véridique).

Or donc, la famille appliqua les volontés du défunt, et demanda aux pompes funèbres de bien vouloir transporter le corps jusqu’à son village natal, au Portugal, ou résidaient ses parents et ou reposaient ses ancêtres. Rien que de très normal et habituel, et le chauffeur de route, un croque-morts longue distance, prépara son bagage, embrassa sa femme et ses enfants, et se mit en route, heureux de partir au Portugal, puisqu’il revenait juste de Berlin Est, à peine réunifié, qu’il avait décrit comme « l’endroit le plus moche que j’aie jamais vu. Faites moi penser à ne jamais voter communiste ! »

Arrivé au matin, le chauffeur entra dans la salle de dépôt, ou se trouvaient les cercueils, il repéra celui qui l’intéressait, sur lequel étaient posés un drapeau Portugais, le chargea, et se mit en route. Il était trois heures du matin.

Il fit route sans encombre, passa la frontière Espagnole avec trois quart d’heure d’avance sur l’horaire prévu, les douaniers tamponnèrent ses papiers sans difficultés, puis il se dirigea vers le Portugal. Il était seul maître à bord, totalement décisionnaire de son itinéraire. Il connaissait bien le coin, pour s’être rendu de nombreuses fois, aussi bien à titre professionnel qu’en vacances, dans ce Portugal dont la beauté ne le lassait pas.

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Portugal

Il s’arrêta le soir pour dormir dans une petite pension de sa connaissance, et le lendemain, en début d’après-midi, il entra au Portugal, par une petite route qu’il connaissait, laquelle n’était barrée par aucun poste frontière. Il avait décidé qu’il ferait mettre ses papiers en règle directement par les autorités du village où il se rendait, ce qui était légal. Après tout, le cercueil avait été contrôlé par la police Française au moment de sa fermeture, par les douaniers Français et Espagnols au passage de la frontière, et le consulat du Portugal avait délivré une autorisation d’entrée sur le territoire.

Quelques kilomètres avant d’arriver à destination, il s’arrêta, pour remettre de l’ordre dans sa tenue et laver son corbillard. Ce n’était pas parce qu’il venait de parcourir deux mille kilomètres qu’il devait imposer à la famille un négligé irrespectueux.

Puis il parvint enfin à destination.

Lorsqu’il se gara devant la petite, mais jolie, maison blanche, un homme en sortit en courant.

« Vous étés la ! »
« Oui, j’ai un peu d’avance.. »
« chiça! és uma besta ! ce n’est pas le bon cercueil ! »
« Quoi !?! Mais… »
« Ce n’est pas le bon cercueil ! Tu t’es planté ! Tout le monde te cherche partout ! La moitié des flics d’Espagne est à ta recherche ! a description qu’ils ont de toi, c’est : un parfait crétin dans un corbillard ! »

Vérification faîte, il s’avéra que le cercueil était celui d’une vieille dame, qui était attendu la veille en fin d’après midi à l’église de son village natal, en Normandie, pour y célébrer ses obsèques.

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Bretagne

L’avant-veille, Funérarium en Bretagne, 20 H 30 :

Le croque-morts, descendant du TSC (véhicule de Transport Sans Cercueil, ambulance destinée à transporter des défunts), lança à son collègue, désignant du menton l’homme dont ils venaient d’aller chercher le corps : « Je m’en occupe, tu peux aller déposer les papiers sur le cercueil pour le départ de demain au Portugal ? Sinon, on va oublier ».

Son collègue acquiesça, et se dirigea tranquillement vers la bannette, au bureau, y prit les papiers, et se dirigea vers la salle ou attendaient les deux cercueils, celui de la dame, à l’entrée, et celui du Portugais, au fond, près de la porte, déjà sur le départ. Dessus, il y avait un chiffon.

« P**ain ! » s’exclama-t-il, et il fonça vers le cercueil, posant les papiers vers la surface la plus proche de sa main « mais qu’est ce qu’ils ont dans le crâne, ces jeunes ! Ils vont penser quoi, de nous, au Portugal ? »

Ils en penseraient certainement : « Je comprend pourquoi tant de jeunes sont obligés d’aller construire leurs maisons, regarde, ces crétins de Français ne savent même pas plier un drapeau correctement ! ». Quoique peut être pas, le Portugais est charitable. Il pousserait certainement un soupir, le pliage du drapeau étant un vrai désastre.

Il s’en empara, le déplia, le replia correctement, lorsque le téléphone sonna, juste au dessus du cercueil de la normande. Il y déposa le drapeau, près des papiers, avant de répondre.

« Une réquisition ? Tout de suite ? Ok, quelle adresse ? … On y sera dans dix minutes ».

Et il partit en courant.

Le lendemain, le chauffeur de route vit les papiers et le drapeau, et chargea son cercueil, les yeux encore à demi clôt de sommeil, sans accorder un regard à la deuxième boîte, devant laquelle il passait, et qui attendait avec impatience d’être caressée par le chaud soleil du Portugal.

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Normandie

La veille, 14 H

Le téléphone sonna au poste frontière : une alerte générale, il fallait empêcher de passer un corbillard, qui s’était trompé de corps. Le chauffeur, venu chercher la brave Normande, s’étonna qu’elle portât un patronyme non seulement Portugais, mais masculin.

Oh, il n’était pas, voyant, ou un grand enquêteur à la Sherlock : il s’était contenté de lire la plaque avec le nom du défunt, sur le cercueil.

Les douaniers Espagnols, qui venaient juste de relever leurs collègues, rirent comme des bossus, tout en joie à l’idée d’une garde qui commençait si bien, avant de s’aviser des notes de leurs collègues.

« maldito sandio ! » s’exclama le chef de poste, « appelle la police, il faut qu’ils le retrouvent, il est déjà passé ! »

Mais l’Espagne est un grand pays, et ils le cherchaient sur les grands axes, alors que le croque-mort faisait du tourisme.

Les douanier Portugais, avertis, guettèrent, guettèrent, mais ni virent rien venir.

Épilogue :

L’infortuné Portugais fut inhumé dans son pays qui lui manquait tant avec trois jours de retard, puisque les pompes funèbres avaient envoyé un autre corbillard, plutôt que d’attendre le retour de l’autre. Il fallut à La Normande  également trois jours pour rejoindre enfin son époux dans le caveau familial.

Si d’aventure, vous allez visiter la ville de …, sur les marches de Bretagne, et que vous êtes matinal, vous croiserez peut être un éboueur à l’air renfrogné. Pour votre confort et votre agrément, évitez de lui parler du Portugal ou de son ancien métier de convoyeur de défunts par route. Ca a tendance à le mettre de mauvaise humeur.

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