Charles-Henri Sanson, bourreau, les petites mains de la révolution

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C’est aujourd’hui la fête nationale, qui commémore le passage de la royauté à la république, et l’unité de la nation. L’occasion pour nous, taquins, de rappeler la saga familiale de ces petites mains de la révolution : les bourreaux, et du plus célèbre d’entre eux, Charles-Henri.

Une minute de culture avant de commencer

Comme chaque année à la même époque, nous rappelons à nos lecteurs que la fête nationale ne commémore pas la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, mais la fête de la concorde, le 14 juillet 1790, ou participèrent aussi bien les révolutionnaires que le roi. Puis la révolution a tourné au bain de sang.

Un grand romantique

On imagine Sanson comme une espèce de brute épaisse à cagoule noire. En réalité, le bourreau offrait un aspect physique tout à fait banal, était habillé élégamment à la mode de l’époque, et surtout, très poli. On peut même dire que Charles-Henri Sanson était un individu délicat.

Pour preuve, lorsqu’on amenait une dame à l’échafaud, Sanson se plaçait entre la guillotine et elle, afin qu’elle ne vît l’instrument de sa mort le plus tard possible. Ce qui inspira cette réponse célèbre de Charlotte Corday « Laissez-moi voir, monsieur, j’ai bien le droit d’être curieuse. »

Sanson ne prenait pas de plaisir particulier à couper la tête des gens, mais faisait simplement son travail, dans la lignée de l’entreprise familiale. Charles-Henri Sanson est le quatrième bourreau issu d’une dynastie d’exécuteurs officiels. Son arrière-grand-père, Charles Sanson (1658-1695), soldat dans l’armée française, fut nommé en 1684 en tant qu’exécuteur des hautes œuvres par le roi Louis XIV. Il légua le flambeau à son fils Charles (1681-1726) peu avant sa mort. Lorsque ce dernier mourut, une régence fut instaurée jusqu’à ce que son jeune fils, Charles-Jean-Baptiste Sanson (1719-1778), puisse le remplacer. Charles Henri, l’aîné des dix enfants de Charles-Jean-Baptiste apprit à son tour le métier et travailla avec son père durant une vingtaine d’années, puis prêta serment lors de la mort de ce dernier.

Les Sanson, bourreaux de père en fils

Quand éclate la Révolution, Charles Henri Sanson a alors cinquante ans. En 1791, le docteur Guillotin réclame une exécution uniforme et sans douleur pour les condamnés à mort. Devant la décision de l’Assemblée de pratiquer la décapitation comme moyen unique de mise à mort, Sanson écrit un mémoire où il insiste sur la fatigue de l’exécuteur qui aurait à couper plusieurs têtes d’affilée, l’usure rapide des glaives de justice, ainsi que leur coût d’entretien ou d’achat. On parle alors d’un dispositif mécanique. Le docteur Louis rédige un descriptif de l’engin, mais le prix élevé de la réalisation incite à la réserve.

Selon les mémoires apocryphes de Sanson, il aurait fait part à une de ses relations, le facteur de clavecins d’origine prussienne Tobias Schmidt, du projet de la machine à décapiter. Au cours d’une soirée, Schmidt en esquisse un projet avec une lame courbe soutenue par deux montants.

En avril 1792, Sanson et Guillotin portent le croquis de Schmidt au docteur Louis, au palais des Tuileries, en présence du roi Louis XVI. Une correction concernant la lame est effectuée : elle est rendue oblique. Les mémoires de Sanson attribuent cette correction à Louis XVI, mais elle est, en fait, l’initiative d’Antoine Louis.

La guillotine

La machine est fabriquée par Schmidt sous la direction de Louis. Le 17 avril, montée à Bicêtre, elle décapite avec succès deux moutons vivants, mais le troisième n’a la tête qu’à demi sectionnée. On pratique des changements de lame, et on décapite d’autres moutons, ainsi que trois cadavres : l’incision plus nette, plus propre, fait que le couperet oblique est approuvé. Le procédé est inauguré le 25 avril, en Place de Grève : Sanson tranche parfaitement la tête du bandit Nicolas Pelletier.

Tomberont alors 2 918 têtes, dont celles du roi Louis XVI et de Marie-Antoinette, son épouse, des Girondins, d’Hébert, de Danton et des Indulgents, de Charlotte Corday puis de Lavoisier, et celles de Robespierre et des Montagnards. En 1793, Sanson propose à son fils Henri de lui succéder. Officiellement, il reste le bourreau, mais il n’exercera plus jusqu’à sa mort en 1804.

En 1830 sont publiés des mémoires apocryphes sous le titre Mémoires de Sanson (sous-titrée pour servir à l’histoire de la Révolution française), rédigés en fait par Louis-François L’Héritier de l’Ain, et en partie par Honoré de Balzac. Balzac reprendra son texte pour en faire un récit de fiction intitulé : Un épisode sous la Terreur (1845).

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