Chronique sépultures : Et si vous me racontiez votre histoire ?

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Suite et fin de la chronique consacrée aux sépultures. Si lundi nous sommes retournés à l’histoire même de ces lieux de repos éternel, nous sommes ensuite partis à la découverte de la société Couleurs d’Ailleurs, qui nous parle de l’importance symbolique du fleurissement des tombes. Nous avons également fait le point sur l’entretien des sépultures grâce à Yann de la société En Sa Mémoire et nous avons émis nos espoirs dans la recherche du cimetière écologique de demain.

Pour terminer cette chronique c’est à vous que je donne la parole. Je vous ai demandé tout au long de la semaine ce que voulez dire pour vous le cimetière et surtout à cette période de l’année.

J’habite à Hyères, comme beaucoup j’ai migré dans le Sud pour le travail et j’y ai trouvé un compagnon. Ma vie est ici mais je suis originaire de Denain dans l’Ouest. Allez au cimetière à la Toussaint c’est normal pour moi puisque nous retournons en Bretagne avec nos enfants aux vacances de la Toussaint. La plupart des membres de ma famille sont enterrés là. Quelque part ça m’arrange de ne venir qu’à la Toussaint, je ne vois que des tombes fleuries et je garde ce souvenir quand je repars, même si je sais bien que toute l’année, ça n’est pas comme ça.  Laure, 43 ans. 

J’en ai vu passer des Toussaint ! Ça fait 30 ans que je suis là. Et j’en ai vu des familles, des pompes funèbres, des petits gars de la ville, des policiers. Quelque part ça me rassure, j’ai passé ma vie ici, et je sais que je la finirai là aussi. Y a pas de mauvaise surprise.            Luc, 58 ans, gardien de cimetière.

Faut y aller c’est comme ça, c’est un devoir. J’y passe beaucoup de temps, car    vous savez à mon âge je connais plus de monde sous terre qu’au dessus. J’y emmène parfois mes petits enfants en leurs disant, « tu vois toi aussi tu viendras me voir ». Ils ne veulent pas en entendre parler, pourtant c’est important, c’est le cycle de la vie.        Elise, 81 ans.

Je déteste la Toussaint ! je me dis que tous ces morts là en dessous, ils doivent nous trouver bien bêtes de venir piétiner leur endroit tranquille d’un seul coup. Un peu comme à la Saint Valentin. Moi quand je serai morte, j’espère au moins qu’on me laissera tranquille.          Justine, 32 ans.

Je viens manger là tous les midis. J’ai perdu ma sœur jumelle dans un accident de voiture il y a 3 ans. Inconsciemment j’ai tout fait pour rester près d’elle, je travaille jusqu’à côté et j’habite juste en face. Le midi je viens lui raconter mes histoires, je sais qu’elle n’est plus là, mais je me dis que sa tombe c’est notre endroit à nous, juste à nous. Edouard, 24 ans.

J’habite juste en face, pour moi le cimetière ça ressemble à l’Ouest américain toute l’année avec les feuilles qui volent, mais là à cette période, les fleuristes passent, les entreprises privées, les familles, tout est multicolore c’est magnifique. Il suffit qu’il y ait un enterrement à la même période et là c’est le pompon !    Gérard, 60 ans.

  • Je lui dis toutes les semaines ! je veux aller là.
  • N’importe quoi.
  • Voyez ? pas moyen de parler pourtant il le faut ! si je meure tu ne sauras même pas quoi faire de moi.
  • Je ne sais déjà pas quoi faire de toi quand t’es en vie !
  • Ahaha, non mais sérieusement, tu sais où tu veux aller toi ?
  • Ben oui dans tes bras, si tu meurs, c’est dans tes bras que je veux aller.

Lucien et Marie, 81 et 84 ans.

Ça me rend triste la Toussaint, je pense que c’est un peu le temps qui veut ça aussi. Si la Toussaint était en été ça changerait tout. Mais moi ce qui me déprime c’est ça, LA tombe que personne ne vient jamais visiter. Celle qui va rester vide toute la période. J’attends que tout le monde soit parti, je vais dire deux trois mots, et je mets une petite fleur. Même si c’était quelqu’un de détestable dans la vie, on n’a pas le droit d’ignorer ses morts. 

Marguerite, 58 ans.

Pour nous c’est jour de balade, on flâne ici tous les dimanches, on visite des appartements comme dirait l’autre. On prend un pique nique et soit on refait l’histoire, on invente des trucs sur les histoires des uns ou des autres.

Sylvie et Éric, 71 ans.

Parez-vous de vos plus beaux vêtements, l’autre monde vous attend. N’attendez pas le 1 et 2 novembre si vous pouvez y aller avant. Et si vous ne pouvez pas vous y rendre, n’oubliez pas que le cimetière n’est qu’un endroit de souvenirs parmi tant d’autres et que le vrai hommage, vient du coeur.

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