Chroniques de funérarium

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Il se trouve, dans certains funérariums, des hôtesses d’accueil. L’une d’elles, qui se prénomme Marie, a une petite vingtaine d’années, un caractère bien trempé, beaucoup de sang froid et surtout un très grand sens de l’humour, et j’ai eu le privilège de travailler avec elle quelques temps.

Alors que nous avions une discussion banale, nous nous mîmes à parler de mon entreprise de collecte d’anecdotes funéraires, je lui tint à peu près ces propos : « Tiens, mais au fait, tu dois avoir quelques bonnes histoires à raconter, non ?
– Tu rigoles ? J’en ai des tas ! »
, me rétorqua-t-elle, suscitant mon impatience.

Malheureusement, ceci se déroulait en fin de journée, elle devait prendre son bus, et moi, j’avais une tonne de paperasse à remplir, avant d’aller, pendant quelques jours, faire un remplacement dans une agence extérieure. Nous convînmes donc de déjeuner ensemble la semaine prochaine, afin que je recueillisses ses précieuse anecdotes, dont certaines contribueront peut être à mon Nobel. Le destin et mon retour en ma patrie Bretonne mirent un cou p d’arrêt à ce projet.

Fort heureusement, elle eut le temps de m’en raconter deux très brèves. Les voici.

IMG_4368-300x163 Chroniques de funérariumAlbert.

Albert était un pensionnaire fidèle. Il arrive que certains locataires restent longtemps dans les frigos des morgues, celui que j’ai fréquenté le plus longtemps nous est resté dix neuf mois, par moins cinq degrés. Ca m’a quand même pris deux heures pour tout nettoyer après, affreux… Enfin, souvenirs, souvenirs…

Bref. Albert ne devait pas particulièrement aimer la compagnie des vivants, puisqu’il avait décidé de se passer un morceau de corde autour du cou. Il était à la morgue du funérarium de puis treize mois, et la mairie s’était enfin décidée à l’enterrer comme indigent, lorsque, miraculeusement, au moment ou on lui demandait de rédiger le P.V final, le policier en charge du dossier trouva de la famille, et lui expliqua ou se trouvait son défunt.

Marie les vit donc un beau jour entrer dans son funérarium, l’air aussi enchanté qu’un enfant chez un dentiste. Elle savait d’expérience que les gens réagissent de manière différente, et parfois curieuse, au deuil, aussi ne fut elle pas surprise de voir qu’ils semblaient plutôt, dans leur manière de lui parler, furieux. Certains considèrent, après tout, que la mort n’existe que parce que les croque-morts veulent profiter de la douleur des gens.

Mais, très certainement, elle n’escomptait pas la réaction qu’elle obtînt.

« QUOI ? IL FAUT PAYER POUR CE CONNARD ?! Mais putain de merde ! Ca fait combien de temps qu’il est ici ? QUOI ? Un an ! Et il croit que je vais lui payer un an à se la couler douce ! Et il s’est suicidé, en plus, cet enculé de bâtard de f… de p… ?! Que dalle, je paierai rien ! Je me casse, j’en ai marre de vos conneries ».

La dame qui accompagnait le monsieur au langage si fleuri, maquillée comme une péripatéticienne, habillée comme une prostituée, expliqua à l’hôtesse médusée : « Faut excuser mon frangin, mais on pouvait pas blairer notre c…d de père. Il avait un balai dans le c.., le vieux, il faisait les trois-huit à l’usine, et il allait bosser chez un maraîcher le week-end, mais jamais il nous filait un radis, notre argent de poche, pas plus, parce qu’il économisait pour nous payer des études. Des études ! Alors que nous, on aurait voulu des mobylettes, des trucs de jeunes, quoi, pas des études à la con. Vous voyez le genre de c…d ? Mon frangin et moi, on est au chomedu, alors vous voyez, les études, ça aurait servi à quoi ? Heureusement, ma mère lui a tout pris quand elle s’est barrée, à cet enfoiré, mais on a rien pu récupérer, parce qu’elle a tout bu, cette s…. C’est ça qui l’a mené dans la tombe. Enfin, paix à ses cendres, comme on dit. Bon, pour papa, on va faire comme pour elle et notre autre frangin, on va aller à la mairie expliquer qu’on a pas une thune, et il va aller à la fosse commune. Ca ou autre chose, hein, de toute façon il est mort, et ça c’est pas un mal. »

Ainsi fut fait, et Albert disparu de ma mémoire de ses enfants. Mais pas de celle de Marie, qui ne s’est, à ce jour, remise de son choc.

48958766-300x225 Chroniques de funérariumRenée.

Ainsi, Renée mourut, seule, dans sa maison de retraite. Elle avait fait un testament obsèques, qui stipulait que son corps serait transféré au funérarium ou officiait Marie. Et personne ne vint la voir.

Personne ?

Si, une fois. Son neveu.

Il alla trouver Marie. Lui expliqua, après avoir décliné son identité, qu’il voulait récupérer sa bague. Celle en or, avec les diamants. Marie lui expliqua qu’elle la portait depuis des années, qu’il serait sans doute difficile de la lui retirer, et que la vieille dame aurait peut être souhaité l’emmener avec elle. Réponse :

« Je m’en fiche. Je veux cette bague. Coupez lui le doigt, si il faut. »

Je vous la fait courte. Nous parvînmes à la retirer, à grand renfort de savon et massages.

Une fois son « bien » récupéré, le neveu s’est tourné vers Marie.

« Vous connaissez un endroit ou je peu vendre ce truc ? »

Elle n’a pas su lui répondre. On ne sait pas si il a trouvé. Il n’est pas venu à l’enterrement.

 

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