Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 10)

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Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Jeudi 29 mars 2001. Neuvième audience.

« Pas de pardon pour Guy Georges

Stéphane, 29 ans, n’a pas voulu venir jusqu’à la cour d’assises de Paris. « Il a la haine contre Guy Georges », témoigne Chantal Sirotti, celle qui devait devenir sa belle-mère. « Je crois que s’il était venu, il lui aurait sauté dessus dans le box. » Pour Stéphane, pour Franck le frère, pour Chantal la mère, il n’y aura jamais de pardon.

« Tu peux le demander à Dieu, à qui tu veux, mais pas aux familles ! », jette Franck en pleurs, comme des mots d’éternels reproches au tueur inexpressif. Celui qui leur a pris Magali, 19 ans. Si tétanisée de peur que d’une voix d’enfant, régressant, déjà ligotée, elle suppliait : « Toi pas faire mal à moi. »

Vers 19h40 le 23 septembre 1997, rue d’Hautpoul (19e arrondissement de la capitale), Stéphane découvre sa compagne morte. Quand elle est partie à l’école de gestion, le matin, elle l’a doucement embrassé. Il sommeillait encore.

Ils se revoient vers 16h30 quand elle passe où il travail comme réparateur de motos. Quand elle croise l’accusé, plus tard, c’est en entrant dans son immeuble, un sac Monoprix en mains rempli de bananes.

Habituel rituel de pulsion. Cette fois, Guy Georges n’a pas de couteau. Il menace, par sa puissance. L’arme, il la pioche dans la cuisine après avoir ligoté sa victime. Il coupe les boutons de sa jupe en jean, le slip et le soutien-gorge au milieu. Elle le supplie de mettre un préservatif. Il la viole, lui collant l’oreiller au visage, et lui entaille deux fois la gorge.

Morte, il la retourne sur le ventre pour fuir ces yeux figés encore ouverts. Il repart, mangeant les bananes. « Il avait alors un sentiment d’invincibilité », dit un policier.

Un pied encore chaussé

Quand il rentre dans l’appartement, Stéphane aperçoit par la porte de la chambre un pied encore chaussé. Bizarre. Il avance, appelle Magali allongée sur le lit, découvre le sang, la gorge tranchée, « tête froide, bouche toute rigide », dit-il sur procès-verbal. Elle est dévêtue. Le cœur ne bat plus. Hagard, du sang plein les mains, il appelle pompiers, parents. Il croit à un accident.

« J’ai regardé ma puce. Je me suis dit que j’allais la rejoindre. » D’un tiroir, il sort un révolver que lui a autrefois confié son père mais le repose. Il ouvre la fenêtre, aspire l’air, s’effondre dans un fauteuil. Chantal Sirotti, la mère de Magali, pleure et se souvient.

« Ils étaient heureux, ça se voyait. Ils s’étaient rencontrés lors d’une réunion de famille. Elle a attendu ses 18 ans pour aller loger chez Stéphane. Un matin, elle m’appelle : maman, c’est le plus beau jour de ma vie, il m’a demandé en mariage. » Elle évoque une photo, prise le 3 février 1997. Un gâteau, première année de vie commune. « En août, avec la mère de Stéphane, émues, on était allées toutes les trois choisir la robe de mariage. Le 23 septembre, elle est morte. Moi aussi, comme Guy Georges, je suis une fille abandonnée, confiée à la Ddass. Moi, j’ai construit une famille. Vous m’en avez enlevé un morceau. Mon fils me donnera peut-être une petite fille. J’espère que vous ne serez plus là pour me la retirer, celle-là. »

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