Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 11)

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(Photo production film SK1)

 

Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Vendredi 30 mars 2001. Dixième audience.

« Le serial killer trahi par son ADN

Le docteur Olivier Pascal, du CHU de Nantes, a un regret, peut-être même un remords. « Si nous étions sortis de notre travail d’expert en génétique, les deux dernières jeunes femmes (Magali Sirotti et Estelle Madg, NDLR) seraient vivantes aujourd’hui. Mais sur le plan légal, je n’avais pas le droit de prendre l’initiative. » Manque de chance ou de perspicacité des enquêteurs. Il n’en demeure pas moins que Guy Georges a été « avec certitude » trahi par son ADN dans trois assassinats et une tentative, entre 1994 et 1997.

Après la mort dans son appartement de Pascale Escarfail en janvier 1991, Guy Georges égorge dans des parkings parisiens Catherine Rocher (janvier 1994) puis Elsa Benady (novembre 1994). Crimes avoués devant la cour d’assises de Paris ces derniers jours.

Vêtements, tapis, mégots, cheveux : aucun ADN n’est identifié dans ces trois cas. Les meurtres des parkings, malgré un mode opératoire proche, ne seront d’ailleurs pas traités par le même groupe de la brigade criminelle  parisienne.

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Un prospectus de théâtre ensanglanté est toutefois découvert dans la voiture d’Elsa Benady, portant un ADN masculin inconnu.

Après l’assassinat chez elle d’Agnès Nijkamp (décembre 1994), l’agression contre Elisabeth O. (juin 1995), les morts d’Hélène Frinking (juillet 1995) et d’Estelle Magd (novembre 1997), l’ADN d’un homme identique, baptisé « SK » (serial killer) est mise en évidence à partir de sperme, de sang, d’une cigarette. Avec une probabilité d’erreur allant de une sur 145 millions à une sur 700.000 milliards.

Explorant les fichiers d’agresseurs sexuels, les policiers s’intéressent en novembre 1995 à Guy Georges, alors en prison. Parmi huit suspects, ce dernier accepte de donner son sang.

« SK », comme serial killer

Au laboratoire nantais, l’ADN de « SK » dort dans un congélateur depuis fin 1994. A ce moment-là, le juge d’instruction ordonne de comparer l’échantillon de Georges. Mais c’est avec le prospectus de théâtre de l’affaire Benady. Pas avec l’ADN de « SK ». Echec.

La victime Elisabeth O. ne l’ayant en outre pas reconnu sur photo, l’accusé est blanchi. Policiers et juge n’établissent, à ce stade de l’enquête, pas de lien évident entre les crimes en parking et les meurtres en appartement. Une aubaine pour le « tueur de l’Est parisien » qui, lui, repart en chasse, et tue.

En février 1998, le juge (discrètement présent dans le public hier jeudi) décide de passer en force, aux marges de la loi. Il demande au laboratoire nantais, comme à d’autres, de fouiller leurs archives. « Nous avions chez nous 3.500 dossiers, à comparer avec « SK », un à un », explique Olivier Pascal. Le 24 mars, Guy Georges est identifié. Le surlendemain, il est arrêté.

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Me Chabert (famille Sirotti) se lève, interroge l’expert Pascal : « Les aveux de Guy Georges confirment-ils vos constatations ? » Le scientifique, qui répond par l’affirmative, précise que ça n’est pas entré en compte. Me Chabert le remercie pour son « travail exceptionnel » pendant l’enquête. Et il raconte : après l’arrestation de l’accusé, le juge a demandé pardon à la famille Sirotti, pour le raté d’expertise de 1995. C’est le seul pardon qu’ils aient accordé.

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