Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 14)

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Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Mercredi 4 avril 2001. Treizième audience.

« Le maximum requis contre Guy Georges

« Au regard de l’extrême gravité des faits, et de la dangerosité que Guy Georges représente, je requiers la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans. » Le maximum possible.

En moins de deux heures ce mercredi, l’avocat général Evelyne Lesieur a souligné qu’elle ne voyait pour le « tueur de l’Est parisien » guère d’échappatoire, guère d’espoir. « C’est un multirécidiviste, et il n’existe pas de traitement pour lui. » L’acquittement est toutefois demandé dans l’affaire Estelle F., survivante qui n’a pas reconnu en Guy Georges son agresseur.

S’appuyant sur les aveux de l’accusé, sur un « ensemble d’indices concordants », l’avocat général estime « sans doute possible » Guy Georges coupable de sept viols suivis d’assassinats et de vols d’objets chez les victimes, ainsi que de trois tentatives avortées malgré lui. Même ADN dans quatre cas, même signature dans les vêtements lapidés au couteau, dans l’égorgement des victimes, même absence de mobile qui « caractérisent le tueur en série ».

En un « rituel de vampirisation », l’accusé s’en est pris à des sœurs de sang. « C’est leur caractère socialement adapté, leur énergie vitale qui l’ont accroché, analyse la magistrate. Leur réussite le renvoie à son propre sentiment d’échec et de frustration, ce qui lui est insupportable. Guy Georges se nourrit de la force vitale de celle qui subit son emprise. »

Pour l’avocat général, « l’accusé donne des leçons à l’enfer ». Diabolique dans le crime, il l’est encore à son procès. « Jouant sur tous les registres, menant le bal de la perfidie », multipliant depuis son box « l’arrogance, l’insulte, l’outrage, le déni, vrillant les cœurs ouverts des familles des victimes, prolongeant leur interminable chemin de croix commencé depuis dix ans ».

« Qui pouvait être dupe de cette mise en scène », s’emporte-t-elle, bras levés. L’accusé n’avait jamais nié les faits pendant l’instruction. Le voici qui le fait ici, à la face même des pères, des mères de ses victimes. Puis sa défense brandit le spectre de l’erreur judiciaire, cherche d’improbables coupables, évoque un tabassage policier propre à le faire avouer. Guy Georges ne veut plus répondre, puis reconnaît. Il s’adapte aux circonstances. Il n’a pas vraiment le choix : il a laissé son ADN dans les crimes que la Cour aborde.

La parole des rescapées ? Il faut la croire, au regard de la véracité des scènes qu’elles décrivent. Si semblables. Voici Elisabeth O., « la miraculée, celle qui doit sa vie à une ampoule de 15W. Elle nous a fait le récit des impressions d’une condamnée à mort. A vous familles, elle vous a donné les pièces du scénario à l’issue duquel vos enfants ont été tuées ».

Plus tard dans l’audience, Me Pons a tenté de trouver une place pour la défense. Avec d’infinies précautions face à la douleur des familles, l’avocate s’interroge. Sur la fragile mémoire des survivantes et le risque d’erreur. Sur cette faute de frappe dans la transcription du code génétique de Guy Georges. Un accusé qui n’est pas le diable décrit par l’accusation et qui demeure, malgré le pessimisme exprimé, « le seul à inventer son lendemain ».

Fin des plaidoiries de la défense et verdict ce jeudi. »

 

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