Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 8)

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(Photo production film SK1)

Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Sur les écrans cette semaine, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Mardi 27 mars 2001. Septième audience.

« Guy Georges a craqué

C’est le début d’audience, hier après-midi. Dans la cour d’assises de Paris comble, Alex Ursulet a le visage quasi collé à son client Guy Georges. Entre eux, un micro colporte à peine leur dialogue, intense, intime. « Le moment est venu de dire les choses. C’est moi qui vous le demande. Personne ne supportera ce silence, ni les familles, ni la victime, ni vous. Pour votre mère, pour votre père, parlez. Avez-vous agressé Elisabeth O. ? » L’accusé se tait. Son conseil insiste.

Tête basse, il souffle alors : « Oui. » « Guy Georges, reprend son avocat, avez-vous tué Pascale Escarfail ? » « Oui. » Et Catherine Rocher ? Et Elsa Benady ? Et Agnès Nijkamp ? Et Hélène Finking ? Et Magali Sirotti ? Et Estelle Magd  « Oui, oui, oui… », concède l’accusé, marquant un temps à chaque fois. Sept assassinats. Il a aussi agressé Elisabeth O. le 16 juin 1995, avant qu’elle ne s’échappe. Il nie toutefois trois autres tentatives. Et soudain, le félin cynique, celui qui se jouait de ses victimes lundi encore, pleure. Comme les familles face à lui, sur les quatre bancs des parties civiles.

Qui regarde t-il, désormais : le président du tribunal, les avocats qui l’ont malmené ces jours derniers, ou cet autre lui-même, le Guy Georges des squats qui se rêvait père de famille ? « Je sais que je vais être condamné à une peine. Je sais à quelle peine. C’est moi qui ai foutu ma vie en l’air. »

Il coupe encore le président, qui l’a encore forcé à venir à l’audience aujourd’hui, pour s’adresser aux familles. La voix peu sûre, les mains agrippant le rebord du box. « Je vous demande pardon. Pardon. Pardon. Je demande pardon à ma famille, à ma petite sœur, à mon père, à un dieu s’il y en a un. A moi aussi, je me demande pardon. »

« J’avais prévu de donner aujourd’hui la parole à mademoiselle O., poursuit le président Yves Jacob. Mais vous avez fait un grand pas. Continuez. » Elisabeth O., rousse aux longs cheveux, s’avance au pied du box. Regards du prédateur et de sa proie.

Quartier Bastille

Péniblement, l’accusé extrait ses souvenirs. « Je me souviens du quartier Bastille. Juin 1995. J’étais arrivé dans la rue. Elle est entrée sous le porche, dans le couloir. J’ai suivi. Elle était sur le pallier. Je l’ai menacée d’un couteau. On est entré, on a discuté. Elle avait peur. Elle m’a demandé mon prénom. J’ai dit : Eric. J’ai fumé une cigarette. J’avais le couteau à la main. » Cigarettes synonymes plus tard d’ADN pour les enquêteurs.

« Quelles étaient vos intentions ? », demande le magistrat. « Comme les autres. » « Vous vouliez juste la tuer ? » « Non, la violer aussi. » Le président : « Pourquoi faites-vous cela ? » Georges l’ignore. « Je me suis posé la question : comment arrêter ? C’est pour ça que j’ai donné mon sang, en 1995. »

Ainsi, à l’entendre, Guy Georges aurait vainement voulu se faire attraper par la Brigade criminelle parisienne après quatre assassinats et une tentative, quand les policiers, en début d’enquête, ont passé en revue 576 suspects, dont lui…

Sous l’œil de l’accusé, la survivante Elisabeth se raconte à la barre. « Je ne saurai jamais si Pascale Escarfail aimait les fleurs, si Catherine Rocher était gourmande, si Agnès Nijkamp aimait lire. Mais je sais comment elles sont mortes. C’est une intimité assez inattendue. J’ai réalisé qu’elles étaient mes sœurs de sang. »

Elle revit son « innocence perdue », ces soirées de rire, de danse, son métier, ses amis, ce monde qui lui appartenait. Voici l’immeuble, l’escalier. « Tout à coup, un individu monte quatre à quatre, me fonce dessus. Sa motivation, sa puissance me clouent au mur. Je ne savais pas que la peur avait une douleur. Son couteau était pointé sur ma gorge. »

Interrogée par la police, elle décrira le tee-shirt noir, le bombers grenat. Elle dressera un portrait-robot peu ressemblant. Elle ne reconnaîtra pas Guy Georges sur la photo présentée. Elle s’en veut. Pour les victimes suivantes.

Georges la mène au bas de son duplex, la ligote, la bâillonne sur son lit. Une lampe est restée allumée à l’étage. « Sûr de lui, le tueur monte l’éteindre. « Alors, j’ai arraché mes liens avec toute la force que j’ai pu réunir. Je me suis levée, j’ai ouvert la fenêtre bruyamment. Je comptais les pas à l’étage. J’avais une dizaine de secondes. Les volets rouillés ont offert une résistance. Je ne sais pas comment j’ai sauté par la fenêtre : elle était haute. Puis j’ai couru. Si je suis là aujourd’hui, c’est parce qu’une ampoule de 15W est restée allumée. »

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