De la clochette au papier, une brève histoire des avis de décès

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Etre informé d’un décès : voilà, au fur et à mesure que les sociétés s’étendaient, un problème qu’il a fallu résoudre. De la clochette au papier, une brève histoire des avis de décès.

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Clocheteur de morts

La fée clochette

C’est au moyen-âge qu’émergèrent de nouvelles professions liées au funéraire. Jusqu’à présent, les familles, aidées par les ecclésiastiques, s’occupaient elles-même des défunts, mais, petit à petit, au fur et à mesure que grandissaient les moyens de certains, et que la société, en parallèle, s’établissait autour d’un certain nombre de règles, le besoin qu’un tiers s’en occupe se fit sentir.

Alors que les croque-morts devaient encore attendre quelques siècles, et les épidémies de peste, pour s’organiser, divers services étaient proposés aux populations urbaines, parmi lesquels les « clocheteurs de mort ». ces derniers, sorte de crieurs publics, avaient pour mission, contre rétribution, d’arpenter les rues de la cité, en agitant une clochette, et de crier le nom du défunt, le jour et l’heure des obsèques, et de demander des prières pour le salut de son âme.

Il était de coutume, dans chaque habitation ou résidait un proche ou un ami du défunt, d’offrir un verre au clocheteur de morts. Le système trouvait ainsi sa faille : en fin de journée, celui-ci avait les plus grandes peines à se souvenir et articuler le nom du défunt. Quand au reste…

Les campagnes, ou les habitations étaient espacées, basaient avant tout leur système sur l’entraide : un ou plusieurs voisins se chargeait de se rendre de ferme en ferme pour annoncer la mort et le jour des obsèques.

Merci, Gutemberg

C’est l’imprimerie qui mit les clocheteurs de morts au chômage : déjà, les ravages du progrès et de l’automatisation. C’est désormais par voie d’affichettes que les familles urbaines annonçaient décès et funérailles, auxquelles elles conviaient qui le souhaitait. Ces affichettes étaient placardées sur les portes des églises et sur les murs de la ville.

Les affiches étaient richement ornées de scènes symboliques, et leurs dimensions étaient respectables : pas loi d’un format A3 actuel.

Cette tradition perdura jusque au XIXéme siècle en France. Elle se poursuit aujourd’hui dans certaines régions, ou les habitants de petites communes ont plus le réflexe d’aller voir les avis de décès toujours affichés dans les vitrines des pompes funèbres que dans la rubrique dédiée du journal local.

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Avis de décès de Mr Aristide Cavaillé, 1899

Naissance du faire-part

Au début du XVIIIée siècle, apparurent dans les classes aisées des petits billets, véritables ancêtres du faire part. Ceux-ci reprenaient, avec plus de sobriété, le principe des affichettes, mais étaient distribués par porteur à des destinataires choisis. Ils étaient d’ailleurs formulés en des termes choisis « Vous êtes priés d’assister au service, convoi et enterrement de Mr ou Mme… ».

Voilà qui avait le don d’horripiler certains, qui voyaient dans l’église, les obsèques, et les faire-part des manifestations intolérables d’esprits qui n’étaient pas d’accord avec eux. En 1793, ils imposèrent leurs vues et coupèrent court aux avis de décès à grands coups de guillotine. Les placards affichés disparurent, mais les petits billets survécurent : distribués désormais discrètement sous forme de lettres, ornés de bonnets phrygiens et autres symboles révolutionnaires pour s’attirer les bonnes grâces de la pensée unique de l’époque.

C’est lors de la terreur et de la commune que les familles aisées, désormais privées par sécurité de la possibilité d’afficher le titre du défunt, le remplacèrent par le détail de la parenté. À la palce du « Feu Monsieur le baron de… » l’on pouvait désormais lire « Feu Monsieur… Epoux de…, père de… » et ainsi de suite jusqu’à un lointain cousinage, une famille vaste comportant un maximum de noms connus remplaçant un titre de noblesse. Oui, la traditionnelle énumération des noms sur un avis de décès est bien issu de cette résistance contre-révolutionnaire.

L’âge d’or

C’est à partir de 1850 que les faire-parts de décès se démocratisèrent, descendant de la noblesse déchue et de la bourgeoisie vers les classes populaires. Il y a plusieurs raisons. Les inhumations étaient de plus en plus tardives : fini le temps ou l’on enterrait le lendemain de son décès un trépassé : plus de temps pour les distribuer soi-même, réduction des coûts, donc. Une scolarité développée : le chance que tous les membres d’un foyer recevant un tel avis soient analphabètes se réduisaient fortement pour flirter avec le nul. Enfin, l’éclatement familial : l’exode, qui prendra toute sa mesure avec la révolution industrielle, a déjà commencé, et les gens de la campagne voient leurs enfants partir chercher du travail à la ville.

Mais déjà, au début du XXéme siècle, les journaux illustrés commencent a faire paraître des avis de décès, sous forme d’encadrés illustrés. La rubrique nécrologique des journaux va naître et se développer en même temps que la diffusion de masse des quotidiens. Un rude coup pour le faire part de décès, qui verra son érosion pour devenir aujourd’hui relativement rare.

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