Commémorons, il en restera toujours quelque chose

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En cette période estivale traditionnellement calme, impossible actuellement, dirait-on presque, de regarder les informations sans voir le Président de la République occupé à son nouveau hobby : commémorer. Mais, et si trop de commémoration tuait la commémoration ?

francois-hollande-commemore-la-victoire-de-1945_1-300x168 Commémorons, il en restera toujours quelque chosePériode faste

Il faut reconnaître que la période est faste en la matière : 100éme anniversaire du déclenchement de la première guerre mondiale, 70éme du débarquement… Et ce ne sont pas des occasions uniques : rien que pour 1914, sans forcer, on a pu voir des commémorations pour l’assassinat de Jean Jaurès, pour la déclaration de Guerre de l’Allemagne à la France, comptons aussi le premier mort, l’invasion de la Belgique, etc…

Bref, le Président le plus impopulaire de la cinquième république semble pris d’une frénésie mémorielle que rien ne semble pouvoir arrêter, même pas, murmure-t-on, ses plus proches collaborateurs, qui lui demandent de « lever le pied ». Un esprit sournois serait tenté de se demander s’ils lui demandent « de ne pas s’épuiser » ou bien « d’arrêter de récupérer, ça va finir par se voir ».

Officiellement, ces commémorations sont l’occasion de se remémorer notre histoire commune et de renforcer l’unité nationale, peut être trop délitée ces derniers temps. Hélas, trois fois hélas, ce n’est pas, manifestement, le réel objectif.

Interrogations

Les interrogations surgissent assez rapidement, à l’écoute des discours de François Hollande lors de ces diverses commémorations. « Rappel » de l’importance de la construction européenne dans la paix sur notre continent, un mythe soigneusement entretenu depuis des années à l’heure ou les eurosceptiques prennent du poids dans les élections, mise en parallèle avec le conflit Israelo-Palestinien, les références hors-sujet ne manquent pas.

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Mais c’est surtout le moment de détourner l’attention des vrais problèmes, l’augmentation du chômage et des déficits publics, le risque de déflation… A l’attention de tous les français furibards, rivés devant leur télévision parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir des vacances.

Toutes ces commémorations chronophages et coûteuses sont elles l’occasion pour le Président d’essayer de se poser en « père de la nation », en porte-parole d’un peuple qui le hait ? Et si ça ne marche pas, et ça ne marchera pas, ensuite, quoi ?

Manuel Valls, toréador de l’Europe

Pour que ça ait eu la moindre chance de fonctionner, il eût fallu s’en donner les moyens. Ni le Président ni ses ministres ne semblent l’avoir fait. A commencer par le Président, remerciant l’Europe à tire-larigot pour tous ses bienfaits à l’heure ou eurosceptiques et europhobes trouvent leur audience et voient se réaliser, les unes après les autres, leurs plus sombres prédictions, et surtout, quelques jours après que son propre premier ministre ait accusé cette même Europe de mettre de la mauvaise volonté à la résolution de la crise avant de partir en vacance avec son air furibard habituel. Manuel Valls est sans doute le seul homme au monde à pouvoir partir rageusement en vacances.

L’affaire Jaurès

Quand aux Ministres, comment dire ? Bernard Cazeneuve, l’autre jour, sur Europe 1, expliquait benoîtement que Jean-Jaurès appartenait à tous les français, et nul n’avait les moyens ou le droit d’affirmer « Jaurès aurait fait ceci, ou cela ». Très bien, la commémoration de Jaurès trouvait donc sa dimension nationale…

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… Durant environ dix secondes, avant que le même explique que Marine Le Pen n’avait pas le droit de citer Jaurès parce que son programme ne satisfaisait pas aux valeurs républicaines de l’homme, puis poursuive en expliquant que la droite non plus n’avait pas le droit de citer Jaurès puisqu’elle ne respectait pas ses valeurs. « Nul n’a le droit de se mettre à la place de Jaurès », vraiment ? In fine, Monsieur Cazeneuve démontrait par a + b que Jaurès appartenait à tous les français… qui étaient totalement d’accord avec le gouvernement. Ce qui ne fait pas grand-mode, dirait-on.

Loin de moi l’idée de parler à la place de Jean Jaurès, mais quelques chose me dit qu’il n’aurait pas été d’accord. Au temps pour l’universalisme des commémorations et le rassemblement national, donc : l’objectif, dirait-on, de ces commémoration, n’est pas de rassembler tous les français autour de leur histoire commune, mais de rassembler autour de François Hollande tous ceux qui pourraient encore se laisser convaincre de voter pour lui.

Et pendant ce temps-là, dans les cimetières…

Et pendant ce temps-là, dans les cimetières militaires ou sous terre, dans la paisible campagne de notre beau pays ou gisent encore bon nombre de disparus, des millions de Morts pour la France reposent éternellement après avoir donné leur vie pour que nous puissions vivre libre.

Au dessus, indifférent, le monde réussit l’exploit de les commémorer tout en les oubliant.

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