Comparateur de Maisons De Retraite ou Mort De Rire ?

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"Les jeunes piaillent comme chantent les vieux" de Jacob Jordaens
On pourra dire beaucoup de ce gouvernement, mais pas qu’il reste à ne rien faire : dernier exemple en date, un comparateur de maisons de retraites…
Une intention louable

Curieusement, la proposition de la secrétaire d’Etat chargée de la Famille, des Personnes âgées et de l’Autonomie, qui s’appelle, euh, comment déjà ? Où ais-je mis mes notes… Ah ! Voilà : Laurence Rossignol, inconnue au bataillon, bref… a présenté son idée d’un comparateur de maisons de retraites géré par le service public.

Il s’agirait, un nom de la transparence, de comparer entre elles les prestations des maisons de retraites, et peut être leurs tarifs, l’idée reste floue. Formidable : mais alors, pourquoi la France entière ne se lève pas à cette idée, trépignant d’allégresse et beuglant « Joie ! Joie ! » ? Cela reste un mystère, à moins que les sirènes des pessimistes qui déjà répètent à l’envi qu’il s’agit en réalité d’une mauvaise idée portent un peu plus que prévu.

Voici donc quelques bonnes raisons de pousser un sourire navré et de s’éloigner tête basse en marmonnant.

1 – Ca existe déjà

Il existe déjà des comparateurs de maisons de retraite en ligne. Un exemple au hasard : www.meilleures-maisonsderetraite.com/. Sur ce site, vous pouvez trouver une maison de retraite près de chez vous, médicalisée ou non, EHPAD ou non, lire les commentaires et appréciations laissés, demander un devis personnalisé et les disponibilités en fonction de vos souhaits, tandis que des onglets dédiés vous expliquent le fonctionnement des établissements, qui y fait quoi, et même les aides auxquelles vous pouvez prétendre.

Ainsi, l’état prétend concurrencer en double emploi des sociétés déjà existantes, au risque de leur porter préjudice, et surtout aux emplois qu’elles créent.

Et ne parlons même pas des associations de consommateurs qui travaillent sur le secteur. On appelle ça un camouflet : prétendre faire mieux et plus efficace que des spécialistes qui défrichent le secteur depuis des années.

2 – Facteur humain

Je ne sais pas vous, professionnels du funéraire qui me lisez, mais durant ma carrière, j’en ai vu, des maisons de retraite. Et s’il y a bien un facteur qu’un site aussi pragmatique que celui de l’état, sur lequel il ne semble pas prévu d’incorporer les avis des familles, risque de délaisser, c’est le facteur humain.

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Entre deux maisons de retraite, une petite associative à destination des indigents et de petites retraites, et une « haut de gamme » pour les plus fortunés, la plus chère semble devoir l’emporter : locaux récents et bien entretenus, multiples services, personnel abondant, animations, activités etc… Cependant, ces maisons sont souvent organisées comme des « centres de profit » et la pression est mise sur les employés, ce qui nuit à leur motivation et leur esprit d’initiative : ils font très exactement ce pourquoi on les paie, ni plus, ni moins.

De l’autre côté, j’ai connu, dans la campagne bretonne, une maison de retraites pour indigents. Les locaux étaient tristes à mourir, les employés réduits à leur strict minimum… Et pourtant, le personnel était totalement dévoué à sa tâche, à tel point qu’à Noël, le personnel constituait de sa poche une cagnotte pour payer des décorations et un petit cadeau à chaque résident. Je me demande comment le site institutionnel pourra retranscrire ce genre de petites attentions, ainsi que l’ambiance chaleureuse qui régnait dans cette petite maison de retraite.

3 – Neutralité du service public

Le troisième point est la neutralité du service public. Voilà que celui-ci va comparer des entreprises privées entre elles, des entreprises publiques entre elles, et, plus fort encore, des entreprises privées et publiques entre elles. Et va chercher, d’une façon plus ou moins avouée, à influencer les usagers…

On peut voir là une façon de « mettre la pression » sur le secteur privé en le poussant à s’aligner sur les normes et usages du secteur public… en se dédouanant à bon compte, puisque c’est déjà l’administration qui fixe normes et dotations en vigueur aussi bien dans le public que le privé.

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C’est d’ailleurs le coups de bluff de cette réforme : d’un côté, la pression s’accroît sur les maisons de retraites, les admonestant afin qu’elles en fassent toujours plus pour moins de crédits, et de l’autre, propager l’idée que si les maisons de retraites connaissent des difficultés pour bien accueillir les résidents, c’est de leur fait et que le gouvernement n’y est pour rien, mais fait au contraire le maximum.

Tout cela pour dire que

Au final, cette idée est non seulement mauvaise, mais, pour utiliser un vocable à la mode, nauséabonde: il s’agit, ni plus ni moins pour l’état, de faire porter à d’autres le chapeau de sa propre incurie. Il est ici question de l’état, et pas du gouvernement, notez, la situation ne remonte pas à ces deux dernières années… On ne consacre pas assez d’argent afin avoir des personnels en nombre suffisant pour assurer la qualité de l’hébergement, on ne consacre pas assez d’argent afin avoir des personnels en nombre suffisant pour vérifier que les résidents sont bien traités et respectés, et on dépense de l’argent public pour aggraver un chaos auquel on a soi-même contribué.

Au final, que va-t-il ressortir de tout cela ? Probablement rien de bon : les familles vont se détourner de certaines maisons de retraites en raison de critères pas toujours pertinents, aggravant la situation de ces établissements, pouvant provoquer des faillites, et donc des places d’accueil en moins, les autres vont jouer sur le tarif affiché, réduisant au maximum les coûts, et donc la qualité de l’accueil, et nous risquons d’assister, ces prochaines années, à un nivellement par le bas d’un système qui n’était déjà pas très haut.

Une solution équivalente à celle déjà proposée avec les devis de pompes funèbres en mairie : lorsque les désagréments sont supérieurs aux bénéfices, il vaut mieux s’abstenir.

Guillaume Bailly

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