Corrida : peut on se réjouir de la mort d’un matador ?

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La semaine dernière, un toréador est mort durant une corrida. Avec ce genre d’événements, deux voies s’expriment généralement : les tenants du «Ҫa n’aurait pas dû arriver, ce n’est pas normal » et ceux du « Il connaissait les risques ». Mais une troisième voix s’exprime : « C’est bien fait pour lui ! ». Cette dernière est-elle légitime ? Débat.

Les passions déchaînées, olé !

La corrida déchaîne les passions, c’est peu de le dire. En quelques occasions, on a même vu les anti, qui manifestent devant les sites, et les pro, qui se rendent au spectacle, en venir aux mains.

Aussi, est il facile et fréquent, de voir en la matière des jugements lapidaires. Pour les anti, la mort d’un toréador dans l’arène est bien faite, puisque, de leur point de vue, c’est un assassin, pur et simple, et que leurs adversaires sont, de toute façon, assoiffés de sang. Pour les pro, les anti sont des salauds de se réjouir de la mort d’un homme, et de toute façon, ce sont des imbéciles bas du front qui ne comprennent rien et attaquent un symbole du patrimoine.

Je n’exagère pas : c’est la moyenne des commentaires que j’ai relevé sur les réseaux sociaux. Autant dire que les débats sont tout, sauf sereins. Le point Godwin est même souvent atteint, la palme revenant à « les nazis adoraient la corrida », ce qui reste à démontrer, tout de même.

Pourtant, dans cette affaire, rien n’est simple, et considérer les faits d’un point de vue global permet de se faire une opinion plus argumentée, donc plus défendable.

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Un homme est mort

Il y a, dans ce spectacle, une part de jeux du cirque : au bout du compte, il doit y avoir la mort. Du taureau ou du matador, peu importe. Ou un combat exceptionnel qui justifie la grâce du taureau, mais où sont présent la violence et une part importante de risque. Dès lors, à partir du moment où il acceptait cette philosophie, le matador acceptait la possibilité de mourir. Il n’y a donc théoriquement pas lieu de s’émouvoir.

Mais, il s’agit d’un homme. Avec une famille, des amis, des proches à qui il va manquer. Un matador, oui, mais quelle est la part de volonté et la part d’hérédité dans le choix de ce métier ? Ce matador a été élevé dans une région, et probablement dans une famille, où la corrida est une institution établie. De leur point de vue, les matador respectent le taureau, puisqu’il a, toujours selon leur point de vue, sa chance. La mise à mort finale doit se faire d’un coup sec et indolore. Sur les banderilles, en revanche, les réponses sont plus évasives.

Un homme, en définitive, comme les autres, pas plus mauvais qu’un autre : de son point de vue, forgé par son éducation, ce qu’il faisait n’avait rien de répréhensible ou de malsain.

Contre-productif ?

Si nous réfléchissons à tous ces éléments, une réflexion s’impose : c’est compliqué. Le matador, de son point de vue, ne fait pas le mal pour le mal, il est persuadé de livrer un combat noble face à un adversaire qu’il respecte et qui a ses chances. C’est un être humain, et sa mort est un déchirement pour ses proches et ceux qui l’appréciaient.

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Mettons-nous d’accord : même s’il n’est pas humain, la mort du taureau, qui, lui n’avait pas demandé à se trouver là, aurait été une nouvelle tout aussi triste, différemment. Que l’on s’émeuve de la mort du taureau est dès lors contradictoire avec le fait que l’on se réjouisse de la mort du toréador.

S’opposer à la corrida en prenant comme postulat de base que la vie animale n’est pas moins respectable que la vie humaine est un argument qui s’entend tout à fait. Gare toutefois à ne pas tomber dans l’excès inverse, en expliquant que la vie humaine est inférieure à la vie animale : c’est ouvrir la voie à une forme d’extrémisme, qui est, comme tous les extrémismes, préjudiciables.

De surcroît, cette forme de radicalisme est contre-productive. La plupart des personnes ont un souhait : une existence paisible et protégée des ennuis. Ouvrir la porte à des extrémistes, ou perçus comme tels, est alors interprété comme une façon de s’attirer des ennuis. C’est, pour le militant anti, le meilleur moyen de se couper d’une partie de son audience, et de laisser le champ libre à l’autre camp.

Dernier point : le respect dû aux morts est la base de toute civilisation. Quel que soit sa cause, respecter son adversaire défunt est donc une condition indispensable pour ne pas verser dans la barbarie. Que son adversaire soit un homme ou un taureau.

2 COMMENTAIRES

  1. Je suis végane et en plus de militer pour une égalité homme – animal, j’essaie justement de combattre l’excès inverse qui mène à l’idée supériorité de l’animal sur l’homme… Quand je lis les commentaires de certains sur les réseaux sociaux, ça fait vraiment peur, cette soif de sang chez les « cruelty free people ».
    Je lis pas mal de vos articles depuis longtemps et j’en profite pour dire que j’aime beaucoup vous lire, voilà 🙂 Merci beaucoup et continuez 🙂

    Marine

  2. Je ne suis pas vegan, je suis opposé à la corrida, spectacle barbare, combat inégal et répugnant. Mais je trouve encore plus répugnant – si c’est possible – que l’on se réjouisse de la mort d’un homme, que ce soit face à un animal ou dans toute autre circonstance. La bassesse inouïe de notre époque ne transparaît que trop bien dans cette haine de l’homme, qui prend prétexte d’un faux amour de l’animal pour se donner libre cours. Tout ça est à vomir.

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