Crémation : la Fédération rappelle la « liberté du choix »

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Jo Le Lamer, président de la Fédération française de crémation

A un mois du salon Funéraire Paris 2015, où la Fédération française de crémation (FFC) sera présente, nous avons demandé à son président Jo Le Lamer de balayer la riche actualité du secteur. Entretien.

Funéraire Info : selon un sondage Ipsos-Ville de Paris octobre 2015, si la crémation reste majoritairement souhaitée chez les séniors, l’inhumation gagne du terrain chez les moins de 35 ans (60% contre 50% en 2008). Une réaction ?

Jo Le Lamer : C’est surprenant. Est-ce un revirement chez les plus jeunes, au profit de la « tradition » et d’un retour au religieux monothéiste (catholique, musulman, juif) tolérant ou interdisant la crémation ? Ce n’est pas le sentiment qu’on en avait jusque là et que l’on observait… Cela mérite confirmation. Quoi qu’il en soit, ce qui est important à rappeler, c’est la liberté de choix du citoyen quant à son mode d’obsèques, offerte par la loi depuis le 15 novembre 1887. Pour le reste, il appartient au Mouvement crématiste de mieux communiquer en direction du « grand public » et en particulier des jeunes, pour parler de la crémation, de  sa philosophie, de son éthique, de ses valeurs et principes (parmi ceux-ci, la laïcité) !

Le cercueil en carton est de mieux en mieux accepté dans les crématoriums. Un épiphénomène ou une grande avancée ?

Le cercueil en carton séduit, par « romantisme », convictions écologiques ou esthétiques, voire  perspectives de moindre coût, un nombre certain de personnes optant pour la crémation. Il est accepté par les crématoriums dans de nombreux pays. En France, c’est très récent,  et seulement pour deux fabricants qui semblent satisfaire aux normes NF exigibles pour tous les cercueils dans notre pays. Pour ceux-là, c’est une incontestable avancée, pour la diversité de choix de ces produits. Encore faut-il qu’ils soient commercialisés à un coût véritablement moindre à celui d’un cercueil en bois blanc. Le bois reste en outre nettement meilleur comburant que le carton aggloméré, donc moins consommateur de l’énergie fossile qu’est le gaz utilisé pendant la crémation (d’où un bilan écologique global peut-être pas aussi favorable qu’on le croit pour le cercueil dit « en carton »).

Lire aussi :  FÉDÉRATION FRANÇAISE DE CRÉMATION, communiqué Toussaint 2018

On attend une réglementation en matière de cercueils et d’accessoires, une loi organisant un schéma régional d’implantations des crématoriums. Cela ne vient pas. Les pouvoirs publics prennent-ils suffisamment  la mesure des besoins du secteur funéraire ?

 Comme pour toute nouvelle disposition législative ou réglementaire, dans quelque domaine que ce soit, notre pays est coutumier de longs délais de maturation des textes, de consultations et pressions diverses et variées, de débats parlementaires, d’obtention d’un accord au niveau européen (de plus en plus) et de circulation des visas entre les ministères concernés. Le secteur funéraire n’échappe pas à la règle…

Que faut-il faire des crématoriums qui ne seront pas aux normes environnementales en 2018 ?

 Un point sur les réalisations effectives ou programmées de cette mise aux normes, avant fin 2018,  sera à faire fin 2016, début 2017, avant toute prise de décision concernant les crématoriums qui ne seront pas au rendez-vous dans les délais prévus. Mais il faut s’attendre, suite à diverses pressions, et comme dans d’autres domaines (à l’exemple récent de l’accessibilité des bâtiments publics pour les handicapés), à une prolongation de délai pour les crématoriums retardataires.

logo-cremation-ffc1-150x150 Crémation : la Fédération rappelle la « liberté du choix »La FFC plaide pour l’égalité de traitement des citoyens face à la mort, notamment quant aux surcoûts que font payer certains crématoriums pour les cercueils « hors normes ». Jusqu’où la Fédération est prête à engager le bras de fer ? En pratique, quels sont ses moyens d’action ?

La FFC, par question écrite posée au CNOF (Conseil national des opérations funéraires, NDLR) dont elle est membre, a interpellé les pouvoirs publics à ce sujet il y a un an. Elle attend toujours une réponse. L’éthique sociétale, l’égalité de traitement des citoyens face à la mort, prévaudront-elles sur la marchandisation des obsèques ? Le point de vue des professionnels du funéraire à cet égard sera intéressant à connaître !

Lire aussi :  AdVitam, comment se faire rembourser les frais d’obsèques ?

 La FFC devrait participer au salon Funéraire Paris, en novembre.  Que peut attendre une institution comme la vôtre d’un tel salon professionnel ?

Comme dans tout salon, toute absence d’un acteur du domaine concerné est remarquée ! Grâce à la décision des organisateurs du salon du Funéraire (la CSNAF) de maintenir gracieusement un « Village des associations », le secteur bénévole, qui agit comme la FFC  de manière désintéressée et citoyenne pour le conseil, l’accompagnement et l’aide aux familles confrontées au deuil (dans notre pays, plusieurs millions de personnes tous les ans) sera présent. C’est une bonne chose, pour informer, nouer ou approfondir des contacts, échanger, débattre…

 

2 COMMENTAIRES

  1. A PROPOS DE CERCUEILS EN CARTON
    C’est avec une grande satisfaction que je découvre au travers de la réponse de Monsieur LE LAMER que la FFC a désormais connaissance du fait que la France dispose aujourd’hui de 2 types de cercueils dit « en carton » acceptés par la plupart des crématoriums. En ce qui concerne les cercueils ARTCOFFINS (aussi distribués à la marque ECO-CERC), les produits font plus que « sembler » satisfaire à la norme NF D80-001 (partie 1 et partie 3) exigible dans notre pays pour tous les cercueils de crémation « réalisés dans un matériau autre que le bois » : Ils respectent la norme comme peut en attester Monsieur Eric LAUNAY, Responsable des laboratoires du pôle en charge de l’évaluation des cercueils à l’Institut Technologique FCBA, seul laboratoire français indépendant agréé par le COFRAC pour délivrer la norme NF D80-001.
    Concernant l’analyse du bilan écologique de Monsieur LE LAMER, je souhaiterais apporter une précision dans le mesure où nous estimons qu’une interprétation qui reposerait sur la seule analyse de l’apport énergétique du bois qui pourrait conduire à admettre que le bois est plus favorable que le carton (sous réserve de disposer d’un bois de cercueil suffisamment sec) ne peut suffire, à nos yeux, à disqualifier le cercueil en carton.
    En effet, le cercueil en carton est réalisé en carton recyclé, c’est-à-dire avec un carton reconstitué à partir de ces tonnes de déchets de papiers (journaux, magazines,..), d’emballages et de suremballages produits par notre société de consommation.
    La problématique environnementale actuelle n’est donc plus de savoir s’il faut choisir entre le bois et le carton lorsqu‘il s’agit de réaliser un cercueil de crémation mais de décider si l’on accorde une préférence à un mode de fabrication qui est susceptible de valoriser des produits papetiers récupérés dont aujourd’hui on ne sait que faire (VEOLIA Recycling doit exporter 25% du carton qu’il récupère en France, faute de disposer de débouchés nationaux suffisants) ou alors s’il faut se résoudre à toujours couper de nouveaux arbres ?
    Quels que puissent être les arbres concernés, c’est lorsque ces derniers sont bien dressés au cœur de nos forêts qu’ils sont le plus utiles aux vivants.
    D’ailleurs c’est bien parce que « la terre appartient aux vivants » que j’en appelle aux consommateurs et aux industriels à privilégier le carton dès que cela est possible, y compris pour la réalisation de meubles en matériaux composites sachant qu’aujourd’hui, parce que leur consommation dépasse de très loin la récupération des déchets ligneux, l’industrie doit sacrifier des arbres pour produire des panneaux de particules ou encore des pellets de bois destinés au chauffage…
    Quant aux forêts « gérées durablement » qui garantiraient un approvisionnement écologique en bois irréprochable, que penser du reboisement qui s’opère souvent avec des arbres modifiés génétiquement afin de leur conférer une croissance plus rapide http://www.infogm.org/-ogm-les-arbres-transgeniques- mais dont on ignore encore tout de l’impact possible sur la flore et la faune ?

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