Crémation : tour d’horizon de la pratique dans le monde

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crématorium au Japon
Crématorium de Kakamigahara au Japon

Quel est l’état de la crémation dans le monde aujourd’hui ? Avec une nette progression dans la plupart des pays, la crémation répond aux besoins de nouvelles pratiques. Si la plupart des pays la pratique ce n’est pas toujours pour les mêmes raisons. Tour d’horizon.

La pratique crématiste est née de la pensée libre. Elle intervient à un carrefour entre d’un côté un développement de la science et des pratiques – on ne crématise pas de la même manière aujourd’hui qu’il y a 150 ans – et de l’autre une sécularisation des pratiques dans nos sociétés occidentales.

D’un point de vue français, européen, occidental et chrétien la crémation revêt une allure différente que celle d’autres visions du monde. Païen pour les uns, obligatoire pour les autres : Quel apport la religion amène dans cette pratique ?

S’il y a bien un pays au monde où la crémation est inscrite dans les us et coutumes c’est le Japon avec un taux de crémation de 99,97 %. Il s’agit d’une pratique religieuse certes car il y a pour le Japon un déshonneur à inhumer un corps qui va être exposé à la décomposition. La souillure du corps et sa putréfaction viennent contrer la sublimation du corps dans sa pratique symbolique et religieuse. Mais le manque de place est également une raison, et les Japonais doivent ainsi obligatoirement incinérer leurs morts. – Notez que les urnes sont ensuite, après un délai de plusieurs jours, inhumées dans une sépulture prévue pour toute la famille-.

Pour beaucoup, la crémation revêtait les funérailles libres et donc été désignée par ses détracteurs comme étant un mode de funéraille moderne qui éloignait le rapport à la mort. Pourtant on voit que ça n’est pas toujours le cas, puisqu’au Japon, la place des défunts est considérable et constitue d’ailleurs un des pays où les obsèques sont les plus chères au monde.

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Ce point est important car on voit ici que la crémation n’est pas l’absence de pratique, c’est ce travail qui a été long à mettre en place dans les sociétés occidentales. Pourquoi ? En 1886 le Vatican interdit la crémation, il faudra attendre le 5 juillet 1963 pour que la pratique soit autorisée avec un rappel néanmoins sur la retenue de l’Église sur la pratique, rappel qui a eu lieu, il y a encore peu de temps. Le catholicisme a, par son ordre moral un lien social très fort avec la société. Voilà pourquoi l’essor dans les pays fortement emprunt de cette marque catholique ont mis plus de temps à voir la crémation devenir une pratique à part entière. Encore aujourd’hui, nous voyons qu’en Italie le taux de crémation est inférieur à 20%. Idem au Brésil où le taux de crémation est quasi nul – environ 4%- la religion y est très présente et les catholiques représentent près de 61% de la population. La structure du pays en fait un point particulier également, puisque chaque cimetière ou presque à son propre opérateur de pompes funèbres. Nous sommes donc ici sur un support socio-urbain des pratiques funéraires.

Au Canada en revanche, c’est près de 70 % de la population qui opte pour la crémation. Comme en France, c’est l’Église qui s’occupait auparavant des funérailles mais aujourd’hui ce sont les opérateurs funéraires et les familles qui prennent la relève. La crémation je le disais est née des besoins de la pensée libre, et avec elle une place très forte accordée à la dispersion. Pour autant cela veut il dire l’absence de rites ? Comme le Canada, le Danemark a un taux de crémation de 80% . C’est le premier pays connecté qui contrôle le processus de crémation à partir d’un smartphone. Mis en place en 2014, ce dispositif pilote tout le processus. « Connecté » mais aussi « écolo », pays où on le sait la conscience écologique est grande et où les fours permettent d’alimenter en électricité les maisons et quelques bâtiments municipaux.

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En France, comme sur beaucoup de sujet, nous sommes partagés avec un taux de près de 40% et une pratique en progression constante. Si certains optent pour « l’absence de superflu » qu’apporte la crémation, il y a avant tout une évolution des mentalités concernant une pratique qui aujourd’hui a besoin de nouveaux rites pour s’identifier. Les cavurnes, les urnes bio dégradables, les cérémonies personnalisés, etc. qui entourent la crémation et s’éloignent de la dispersion comme elle était revendiquée au départ et ce malgré les évolutions de la loi sur le sujet.

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