Cuba : mourir, un grand spectacle pas toujours comique

0
142
La Havane. Entrée du cimetière Christophe Colomb

Cuba s’ouvre, Cuba se modernise. Mais pas toujours. Témoin ce diacre de La Havane chargé d’accueillir les familles en deuils et les défunts aux portes du cimetière local. Le religieux tente surtout de gérer les crises en tous genres qui se présentent aux portes de la chapelle.

Chaque jour, cette vaste nécropole Christophe Colomb, et sa nuée de caveaux blancs en marbres parfois finement ouvragés, voit défiler les personnages hauts en couleur d’un film à l’italienne. Au gré des convois, il ne lui est pas rare de devoir rassurer des proches abattus ou en colère devant un cercueil sans poignées et en mauvais état, en bois vert.

Le diacre doit même de temps à autre aider à porter le défunt jusque dans la chapelle, venant prononcer ses prières devant des corbillards antiques et rafistolés. Parfois une vitre tombe sur le corps. Il doit alors calmer la famille choquée. Et quand le cercueil menace de céder sous le poids du défunt, il sort célébrer la messe directement à l’arrière du véhicule.

Pays communiste et soumis à un blocus économique, officiellement athée jusqu’en 1992, Cuba peine à rétablir des conditions d’obsèques acceptables. Le parc des corbillards est obsolète. Les familles ne disposent pas toujours de lieux de célébrations dignes, les religions elle-même ayant souffert des rigueurs du pouvoir castriste. Pourtant, les rites chrétiens ou africains sont en expansion.

Le poids de l’Etat se fait sentir jusque dans l’organisation des cérémonies et du cimetière. Lors d’un décès, il fournit gratuitement un cercueil, un lieu de veille et une inhumation. La crémation (et les fleurs) restent des options, et très onéreuses.

Lire aussi :  Réception famille post-obsèques, Bill Gates et les Bitcoins, James Bond...au menu du réveil funéraire du jeudi 1 mars 2018

Reste que le cercueil n’est pas forcément en bon état, que le lieu est impersonnel et bruyant, que l’on enterre dans n’importe quel caveau du cimetière, jusqu’à cinq corps par emplacement. Quitte à voisiner avec des inconnus. Au bout de deux années, le cercueil est exhumé, les restes brûlés et les cendres rendues aux familles. Difficile d’obtenir une sépulture individuelle quand elle coûte près de 30 ans du salaire moyen.

Selon les statistiques officielles, 96.000 personnes sont mortes à Cuba en 2014.

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here