Dans l’intimité du secret professionnel

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6137322-timbre-superieur-grunge-secret-300x262 Dans l'intimité du secret professionnelLe secret professionnel, obligation première des pompes funèbres. Contrairement à ce qu’affirment certains, il n’est pas une option, mais une obligation, et s’y conformer requiers parfois un peu de cogitations…

Dans l’intimité des familles

Les professionnels du funéraire ont accès à une multitude d’informations, autant par obligation, puisqu’ils doivent avoir certains renseignements d’état-civil ou médicaux en leur possession, que par fonction, devenant parfois le confident de la famille. Si les familles se confient aussi volontiers, le secret professionnel y est pour beaucoup, voire tout. Sans vouloir faire de jeux de mots douteux, le professionnel, quoiqu’il entende, doit rester muet comme une tombe.

Ou presque. Le secret professionnel des croque-morts n’est pas celui des avocats ou des médecins, il n’empêche nullement la dénonciation de délits. Une épouse qui expliquerait benoîtement qu’elle a occis feu sa moitié, et que le médecin n’a rien vu, rentre dans le cas ou le professionnel du funéraire doit appeler la police, sous peine d’être accusé de complicité, ou plus précisément, non dénonciation de crimes.

Le secret professionnel est donc là pour garantir que l’intimité des familles sera préservée, dans le cadre des informations d’etat-civil et de santé qui pourraient être communiquées aux pompes funèbres.

Les limites de l’intimité

Les limites sont à observer dans le plus petit cercle familial. Ainsi, il n’appartient pas à un assistant funéraire, par exemple, d’informer un parent lointain que le défunt n’a pas succombé, comme il le croyait, à un cancer, mais à une maladie honteuse (si il en reste) contractée lors de parties carrées.

Il faut se poser deux questions, afin de savoir si l’on respecte ou non le secret professionnel :

« Est-ce que taire cette information à cette personne (que j’ai en face de moi) portera préjudice à la bonne réalisation du convoi et au respect des volontés du défunt ? »

« Est-ce que taire cette information me place en contravention avec la loi ? »

Les bonnes réponses sont « non » et « non ». Si un « oui » apparaît, à vous de mettre en branle cet organe dont la nature vous a doté, communément appelé « cerveau », pour déterminer quelle information est pertinente et doit être délivrée. Ne pas en dire plus qu’il n’y a BESOIN de dire, c’est votre rôle.

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Il ne faut pas confondre intimité familiale et intime de la famille

Les rôles d’assistant funéraire et de Maître de Cérémonies sont les deux plus exposés au dévoilement des petits secrets de la famille. Si vous occupez cette position, ayez toujours conscience que ce sont vos oreilles, et non votre bouche, qui sont sollicitées : autrement dit, sélectionnez ce dont vous avez besoin, oubliez le reste, et fermez-la sur le tout. Oubliez pourquoi tonton Machin et papi Bidule se haïssent, en revanche, retenez qu’il ne faudra pas faire asseoir ces deux-là près l’un de l’autre durant la cérémonie.

Parfois, vous serez sollicités pour dévoiler des secrets. J’ai en tête l’exemple d’une mère qui m’avait demandé de dire à son fils que son père n’était pas mort d’un accident, comme il le croyait, mais s’était suicidé. Une longue histoire, mais un cas plus fréquent qu’on ne le croit. Dans ces cas là, il faut prendre la bonne décision, couvrir ses arrières, et essayer de ne pas le faire. Ainsi, s’arranger pour qu’elle réitère sa demande devant témoin, sans que cela soit trop lourd, demandez conseil à un collègue, par exemple, et faire la révélation en présence de la mère (dans cet exemple) en prenant son temps pour qu’elle se décide à le faire elle-même. On est dans le cas limite de la frontière du secret professionnel, lorsque l’ayant-droit décide lui-même de vous demander de le lever.

Attention, lorsqu’il y a plusieurs décideurs. D’une manière générale, poussez la famille à révéler eux-même ce qui doit être dit, plutôt que de le faire vous.

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A star is bavarde

secret-professionnel-lavocat-aux-oubliettes-v-L-1-300x300 Dans l'intimité du secret professionnel
"Mon boulot est top secret, je ne sais même pas moi-même ce que je fais"

Parfois, parfois, vous accéderez à la célébrité, éphémère, d’un article de journal qui vous est consacré pour illustrer un sujet sur votre métier. Il y a plusieurs règles à respecter : garantir un flou spatio-temporel autour des anecdotes, sans description précise ou une famille pourrait se reconnaître. Ni lieu précis ni date exacte. Gardez bien sûr en tête le respect dû aux défunts. Ne dévoilez pas trop les méthodes de travail de votre entreprise : votre patron ne vous paie pas pour que vous livriez les secrets de sa prospérité à ses concurrents. Et surtout, jamais, JAMAIS, de nom. Même si le défunt était célèbre, même si les foules l’ont pleuré, même si Stéphane Bern a souligné, lors des obsèques télévisées, à quel point c’était un beau convoi, un beau cercueil, un beau soin de thanatopraxie, n’oubliez jamais que le lecteur ou l’auditeur fera le lien entre ce que vous expliquez (« en quoi consiste mon métier ») et les gens dont vous vous êtes occupés (« oh, on lui a cousu la bouche, à lui ? »). Dire « Je suis thanatopracteur », expliquer en quoi consiste la thanatopraxie, et se vanter de s’être occupé de Untel, défunt chanteur de charme, revient à dire ce que vous avez fait à Untel et exposer l’intimité de son cadavre. Ce n’est pas ambigu, ce n’est pas borderline, c’est une violation flagrante du secret professionnel.

Pour résumer : vous avez un cerveau, servez-vous en, dans le doute, taisez-vous, ou demandez conseil à un collègue qui lui aussi est soumis au secret professionnel. Là, vous avez le droit.

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