De la difficulté de traiter de l’embaumement ancien

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embaumement, anne carol

Lorsque l’on s’intéresse à l’histoire de l’embaumement sur la période du XIXème siècle on s’aperçoit bien vite qu’une grande partie du travail de recherche consiste à faire le tri dans une documentation extrêmement abondante, l’embaumement est « à la mode » sur cette période (surtout sur sa seconde moitié) et le travail des embaumeurs se lit dans chaque média disponible à cette époque : dans les journaux, les ouvrages publiés (littérature médicale, notes de séances, portraits dans les ouvrages sur les métiers « pittoresques », ouvrages de méthodes, annuaires, etc…), les notes des procès et dans les publicités que ceux-ci produisent.

Il devient très difficile sans recherches approfondies d’organiser toutes ces informations afin de faire ressortir ce que nous appellerons le fait historique. Écrire un article ou une critique d’ouvrage sur l’embaumement dans ces conditions devient quelque chose d’extrêmement complexe et chaque phrase écrite devient un piège qu’il est difficile d’éviter. C’est en gardant tout ceci en tête qu’il convient d’approcher « Le cadavre exquis » écrit par Dominique Kalifa sous le titre « La vogue puis le déclin de l’embaumement contés par Anne Carol« . Il convient également de rappeler que l’auteur de ce texte est aussi co-auteur de l’Atlas du crime à Paris qui est un ouvrage exceptionnel à découvrir de toute urgence.

« Embaumer les cadavres est une très vieille pratique. L’Egypte ancienne avait ouvert la voie et cela a duré jusqu’à nos jours (pensons à Brejnev, Mao, Kim Il-sung, aux débats qui ont suivi la mort de Hugo Chávez). Mais cette opération ne concernait que les grands de ce monde – rois, papes ou présidents – et avait surtout un but pratique : magnifier les dépouilles, enrayer la décomposition pour permettre l’exposition du corps. »

Les sources écrites existantes sur les pratiques funéraires liées à l’embaumement en Égypte pharaonique sont essentiellement dues à Hérodote et à Diodore de Sicile, Hérodote dans son texte descriptif explique que l’embaumement concerne toutes les catégories sociales, il existe ainsi trois méthodes d’embaumement :

« Lorsque le mort leur a été apporté, les embaumeurs montrent aux porteurs des modèles de cadavres en bois, imités par la peinture, et ils indiquent celui qu’ils disent le plus digne d’attention, qui fut celui du dieu dont je ne peux prononcer le nom ici. Ils font voir après celui-là le second, qui est d’un prix moindre ; et enfin le troisième le moins coûteux. »
Hérodote, Histoires, II, 86

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Toutes les couches de la société avaient donc accès à ces traitements avec plus ou moins « d’options » et de soins, mais chacun pouvait se faire embaumer suivant ses moyens, pas seulement les hauts dignitaires ou les pharaons. Lorsque l’on avance dans le temps et que l’on arrive au Moyen Âge l’embaumement n’est pas seulement une préservation d’un seul tenant du corps du défunt, on pratique différentes techniques telles le Mos Teutonicus (séparation du corps, dont nous avons déjà parlé sur funéraire info) où, la préservation d’un corps dans son intégralité n’était pas pratiqué dans le but de magnifier la dépouille mais surtout de prouver le décès de la personne et ainsi justifier le droit de sa descendance à jouir de ses richesses et de ses titres.

« C’est au cours de ces recherches qu’il mit au point, en 1837, la technique d’embaumement par injection. »

Gannal mit au point sa technique en 1833 et la présenta à l’Académie des sciences le 4 mars 1833 comme il le dit lui même dans son « Histoire des Embaumements » en 1838, il ne fut pas le précurseur de cette technique car si l’on parle d’embaumement artériel le précurseur direct de Gannal fut le Napolitain Tranchina qui, en 1832, fit démonstration de sa technique (injecter par la carotide une solution d’acide arsénieux). Si nous remontons encore plus loin nous retrouvons Ruysch, Graaf, Tarin, etc… et nous arrivons à la découverte d’Harvey (la double circulation). Une chose est certaine Gannal n’a jamais inventé l’embaumement artériel. Il y eut nombres d’embaumeurs avant, pendant et après Gannal, la vrai force de Gannal père est d’avoir compris l’intérêt de publié en un grand nombre d’exemplaire et d’avoir utilisé la publicité et fait pression sur les autorités pour que, lors d’un décès, ce soit son entreprise que l’on demande en vue de présenter la dépouille et personne d’autre.

« Gannal se contente d’inciser la carotide et d’y injecter 4 à 5 litres d’une solution d’eau distillée, de sulfate d’alumine et d’arsenic »

Officiellement Gannal utilisait un composé d’acétate d’alumine, de chlorure d’aluminium et de nitrate de potasse, mais il y eut de sérieux doutes sur l’utilisation d’arsenic dans son produit de conservation.

« Nul ne peut ainsi privatiser la cité des morts, estiment certains, quand d’autres signalent les dangers de l’arsenic »

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L’interdiction de l’arsenic n’est pas due à sa dangerosité pour le préparateur mais les empoisonnements par cette substance étant très fréquents, le crime pouvait être entièrement dissimulé par le liquide conservateur. Louis Philippe interdit donc son utilisation lors des étapes de l’embaumement.

« La vente et l’emploi de l’arsenic et de ses composés sont interdits pour le chaulage des grains, l’embaumement des corps et la destruction des insectes. »
Moniteur du 31 octobre 1846 ; Ordonnance du Roi, titre II, art. 10.

« En 1845, on lui oppose le procédé alternatif du docteur Suquet, à base de chlorure de zinc. »

En réalité, c’est en 1844 que Sucquet présente pour la première fois sont procédé dans un texte et une séance à l’Académie de médecine.

embaumement De la difficulté de traiter de l'embaumement ancien

Mais en 1845 il y eut bien un affrontement décisif entre Gannal et Sucquet que vous trouverez retranscrit ici :

http://www.embaumements.com/suquet/Rapport%20Sucquet.pdf

« Ces polémiques entraînèrent la chute de la maison Gannal puis celle de la demande privée. La fièvre de l’embaumement n’aura duré qu’un demi-siècle. Elle reste liée à un moment de la culture romantique, marquée par l’émergence d’un nouveau culte des morts. On répugne à se séparer de ceux qu’on aime. Des mêmes années datent la vogue des concessions perpétuelles dans les cimetières (qu’une ordonnance royale autorise en 1843), l’érection des monuments funéraires, le spiritisme et les tables tournantes. Comment expliquer le brutal déclin de l’embaumement privé après 1870? »

En 1900 la liste des embaumeurs agissant sur le territoire français est la suivante :

BAUDIAU, CHABANON, ÉTOFFE, GANNAL, TALRICH, TRAMOND, À L’EUCALYPTUS (structure anonyme)

Ces sept structures se partage l’intégralité des embaumements en France ce qui, d’après les dires de Baudiau dans ses « Mémoires d’un embaumeur », représentent cent embaumements à Paris et cinquante en province, par an. De même dans le New-York Herald du 18 novembre 1899, Gannal fils annonce avoir avec son père et son frère pratiqué 3500 embaumements depuis 1835. Au début du XXème siècle l’embaumement ne se porte donc pas si mal. L’entreprise Gannal fut cédée par ses successeurs (son fils et son petit-fils) en 1903 au célèbre historien de l’art Élie Faure.

Par Nicolas Delestre

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