De la terreur à l’horreur, les PF Funecap à Nice

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Dans la nuit du 14 au 15 juillet, après l’attentat qui a frappé Nice, les équipes de Funecap, qui assure les réquisitions, sont intervenues efficacement, sans jamais perdre de vue les fondamentaux de la profession. Et ce, malgré des conditions difficiles.

Appel d’urgence

Patrick, Gautier, Guillaume, Philippe, Yves, Gilles, Olivier, Florian, Arnaud, Mickaël, Cyril, Laurent, Tristant, Laurent, Lionel, Anne, Olivier, Nicolas, Joël, Nicolas, Mathiew, Arnaud, Gauthier, Alain, James, Quentin, Cédric, Pascal, Antoine, Alexandre, Mickaël, Kevin, Julien et Régis ont été, comme d’habitude, oubliés par les médias et les politiques (à l’exception notable de Nice Matin qui leur a consacré un article).

Pourtant, ces professionnels, salariés, collaborateurs et sous-traitants de Funecap ont eu la lourde tâche de prendre en charge les défunts, après l’attentat au camion de Nice.

Prêts dès le début

Aussitôt la nouvelle connue, la société s’est préparée, n’attendant pas la réquisition officielle : inventaire du matériel et des véhicules, et surtout appel des collaborateurs, il convenait de savoir exactement ce que FSE pouvait déployer sur le terrain. La réquisition est tombée finalement après minuit. A cette heure là, les équipes sont appelées pour 30 morts… Sans savoir ce qui les attendait exactement, puisque, durant le trajet, à la radio, les professionnels entendaient le bilan s’alourdir à chaque flash d’informations.

Les premiers arrivés sur les lieux se rendent vite compte de l’ampleur du désastre. Ce sont des dizaines de corps, répartis sur différents sites, le tout sur une zone de deux kilomètres de long. Ils appellent donc des renforts, venus du Var voisin.

Une longue attente

Débute alors une longue attente, le temps que les autorités fassent leurs relevés. Les premières levées de corps se font à six heures du matin. D’abord, les corps présents dans un des hôtels et le casino, puis dans un ordre partant du camion et allant vers l’entrée du site. Les pompes funèbres sur place ont mis ce temps à profit pour se familiariser avec la scène et reprendre leurs esprits après le choc de la découverte.

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Le procédé mis en place par les autorités était simple, en théorie : les pompes funèbres fournissaient des housses, les techniciens de l’identité judiciaire y installaient les corps et les chargeaient dans les véhicules, les pompes funèbres devant ensuite les conduire à l’Hôpital Pasteur ou était installée la cellule chargée des identifications.

Du moins, était-ce en théorie. En pratique, rapidement, les pompes funèbres se virent mettre à contribution directement pour la prise en charge des défunts sous le contrôle des techniciens de la police.

Un contexte difficile

La prise en charge d’autant de victimes a pris un certain temps, ce qui a rapidement amplifié la difficulté du contexte. Ainsi, les professionnels présents sur place devaient endurer la sonnerie continue des portables des défunts, autant de messages lancés dans le vide par des familles et des proches dévorés par l’angoisse. Les téléphones continuaient à sonner jusque dans les housses…

Rapidement, le soleil niçois est entré en jeu. Autant il peut s’avérer agréable lors d’une après-midi à la plage, autant il se monter pesant et implacable pour cette tâche funeste.

Le plan mis en place par les autorités se voit rapidement mis à mal : le traitement à rebours de la scène fait que les victimes tuées en premier seront prises en charge en dernier. Pendant ce temps, près des corps, leurs familles et leurs proches attendent, prostrés…

Pendant ce temps arrivaient sur place les charognards, attirés par le carnage : les rats, bien entendu, mais aussi les curieux, filmant pour l’on ne sait quelles motivations morbides la scène avec leurs téléphones portables. Les pompes funèbres ont même vu des riverains prenant tranquillement leur petit déjeuner, café, croissants, depuis leur terrasse, en contemplant le spectacle.

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Pour les pompes funèbres, en revanche, personne n’avait rien prévu. Les heures se sont écoulées sans ravitaillement en café, ni en eau. Sans compter la charge des téléphones portables, très sollicités, et dont les batteries s’épuisaient rapidement, sauf a compter sur la solidarité de certains restaurateurs et Hôteliers dont le très célèbre Negresco, particulièrement amical et solidaire envers les équipes Funecap.

Reconstruction

Depuis cette date, les équipes Funecap bénéficient d’un accompagnement psychologique qui a débuté très rapidement par une réunion de débriefing collectif animée par la cellule psy de Nice et relayé par un suivi individuel ultérieur depuis Toulon (Hôpital des armées Ste Anne et Nice)

Enseignements

La direction de Funecap a tiré plusieurs enseignements de cette intervention. La première a été la satisfaction de savoir que ses différentes équipes ont rapidement trouvé leur marque et sont intervenues en pleine cohésion, bien que la plupart des intervenants n’aient jamais travaillé ensemble auparavant. La seconde, que les procédures funéraires dans les plans officiels n’étaient pas prévus pour un si grand nombre de victimes.

Un travail admirable en tous points, donc, pour les travailleurs de l’ombre, à qui personne, sans doute, n’a songé à adresser de félicitations officielles en dehors de leur société.

Le groupe Funecap

Pompes Funèbres Pascal Leclerc : www.pascal-leclerc.com

Pompes Funèbres Roc-Eclerc : www.groupe-roc-eclerc.com

2 COMMENTAIRES

  1. Opérateur funeraire je salue ce travail. Nous sommes les acteurs de l’ombre ceux dont personne ne souhaite voir la réalité du travail accompli car notre mission est terrible !

  2. Je suis une assistante funéraire, et je ne comprends pas que les Pompes Funèbres soient oubliées dans ces horribles moments. C’est pour vous tous, vous qui faite parti de ce beau métier, pour qui ma pensée s’est dirigée. Je suis toujours désolée d’entendre parler des lourdes tâches qui incombent le corps médical et les forces de l’ordre. MAIS MINCE, vous qui pense à vous ????
    Moi, et je vous suis très reconnaissante pour ce que vous avez fais cette nuit là. Croyez moi que si j’avais pu vous venir en aide je l’aurais fais de tout coeur ( trop loin ).
    Biensur j’ai beaucoup pensée aux familles et aux defunts.
    J’aime ce métier et tous ces hommes et femmes qui le font si bien.
    MERCI à vous tous.

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