Découvertes de corps en décomposition : c’est la saison

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Les beaux jours sont la saison des découvertes de corps en état de décomposition avancé par excellence. Pourquoi ? Comment gérer cela ?
Le retour des beaux jour

Je me rappelle, un jour, avoir été frappé par ce fait. C’était à l’heure de midi, je finissais ma tartelette au citron quand un porteur est arrivé dans la salle de pose « On a une réquis, le mec est assez lourd, tu peux venir nous donner un coup de main ? » Ca ne me dérangeait pas, simplement, on m’avait déjà demandé la même chose la veille.

Un peu plus tard, en fouillant dans les archives, je me suis rendu compte d’un fait statistique troublant : dans les périodes froides de l’année, ce type de découvertes faisait l’objet d’une ou deux interventions par mois, et, au retour des beaux jours, on passait à deux ou trois par semaine.

Les explications locales ne manquaient pas : généralement, un défunt qui se décompose, oublié de tous, c’est plutôt quelque chose qui arrive aux pauvres. Les personnes aisées sont entourées : aides-ménagères, ami(e)s des clubs et activités auxquels ils ont les moyens de s’inscrire, sans oublier la longue litanie des ayants-droits qui viennent garder un œil sur leur position testamentaire.

Aérer son logis

De quoi vient que les découvertes sont plus nombreuses en cette période de l’année ? Première cause, peut être, l’aération. L’hiver, on se calfeutre, l’été, on ouvre en grand pour faire entrer de l’air, et donc, les odeurs de l’extérieur. Une odeur qui ressemble un peu à celle d’une poubelle persistante chez un voisin qu’on n’a pas vu depuis trois mois finit par mettre la puce à l’oreille du plus récalcitrant.

C’est frappant, d’ailleurs, lorsque vous discutez un peu avec les gens sur place : dans l’immense majorité des cas, ils ont fini par appeler quelqu’un parce qu’une odeur bizarre venait de l’appartement ou de la maison, pas parce que le fait que leur voisin était invisible depuis six mois. Lorsque des voisins s’inquiètent les uns pour les autres, la découverte du corps a lieu généralement 48 heures après le décès.

La deuxième cause, c’est que la chaleur tue. Ces gens ne sont pas SDF, et même si on leur a coupé le chauffage, ils survivent avec plusieurs couches de vêtements, blottis sous une couverture. Les fortes chaleurs, en revanche, font des ravages. Considérez le profil de la majorité des découvertes de corps : ce sont majoritairement soit des personnes âgées, qui oublient de s’hydrater, soit des personnes qui ont le réflexe de boire de l’alcool plutôt que de l’eau. Alcool qui déshydrate…

L’âge pourri

Les découvertes de corps en état de décomposition avancé dans des lieux clos est un phénomène qui n’est pas prêt de s’arrêter. Il convient d’y être toujours prêt. Rapellez-vous, surtout si vous n’avez pas l’habitude :

  • Toujours un masque, une combinaison et des gans épais d’exhumation. Les corps sont remplis de bactéries qui ne vous veulent pas du bien.
  • Le coup de la cigarette allumée à la bouche pour masque l’odeur ne marche pas, par contre, ça donne le cancer.
  • Les mixtures à étaler sous le nez, du wicks au Baume du Tigre, obéissent à une règle simple : plus elles sont efficaces, plus elles attaquent la peau et les muqueuses. N’en abusez pas, sous peine de finir avec des brûlure douloureuses.
  • Respirez par la bouche, ça masque l’odeur, à travers un masque, pour vous protéger des contaminations.
  • Renoncez à toute forme de confort : oui, les équipements vont vous gêner dans vos mouvements, vous aurez chaud et vous allez avoir l’impression de mariner dans un bouillon de culture. C’est ça ou courir le risque d’attraper une maladie, et acquérir la certitude de balancer vos vêtements à la poubelle.
  • Prévoyez deux housses, une lambda fine pour « pré-emballer » le corps, puis une plus épaisse, type exhumation. Lorsque le contenu de la housse interne se déversera dans la housse externe plutôt que sur vos vêtements et sur le sol du funérarium, vous me remercierez.

Enfin, résistez à la tentation de dire ce que vous pensez aux voisins indifférents. Ca ne changera strictement rien.

Guillaume Bailly

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