Défendre la veuve et l’orphelin, la (mauvaise) humeur de Guillaume

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plague1-Copie-207x300 Défendre la veuve et l'orphelin, la (mauvaise) humeur de GuillaumeC’est le mois de juin. Il faut reconnaître qu’il n’est pas terrible, météorologiquement parlant, à tel point que la Fête de la Musique a dû être annulée à certains endroits. Vous vous rendez compte ? Annuler la fête de la musique ? Le reste de l’actualité est occupé par la grande question de savoir qui sera président de l’assemblée nationale, qui présidera l’ancien grand partie de gouvernement qui se retrouve, un peu penaud, grand parti d’opposition, et la crise. C’est important, la crise. Si, si, drôlement important. La preuve : on nous en parle tous les jours depuis quatre ans.

Quand j’étais petit, oui, je raconte ma vie si je veux, quand j’étais petit, donc, il y avait finalement un peu le même genre de nouvelles à la télévision, sauf qu’à la place de Jean-pierre Pernaud, il y avait Yves Mourousi. Sauf qu’à l’époque, je m’en fichais. A l’époque, ma vie se partageait entre Dorothée toute l’année, Claude Pierrard pendant les vacances, et les livres le reste du temps. Certes, il y avait aussi cette « école » qui interrompait régulièrement ma lecture, mais ça reposait les yeux.

Donc, mes parents m’avaient transmis la passion de la lecture, et l’encourageaient. Dans mes bouquins, il y avait plein de chevaliers. Bon, il y avait aussi des pirates, mais relativement sympa, au fond, des bandits de grand chemin, qui voulaient libérer le Roi d’Angleterre, des petites filles avec un masque sur la figure qui sauvaient le monde en se faisant appeler Fantômette, et plus tard, sorti des livres, donc, un gars nommé Actarus qui sauvait le monde dans son Goldorak.

Tous ces gars, finalement, du Jim de « L’île au trésor » jusqu’à Ivanohe ou Thierry la Fronde ou Robin des Bois, ou même Jean Valjean, puisque on m’avait offert « Les Misérables » pour ma première communion, partageaient deux obsessions : la première, une idée qu’ils appelaient « justice », et la seconde, « protéger la veuve et l’orphelin ». Ca avait rapport, je crois, avec « l’esprit de chevalerie » et le concept du « bien et du mal ». C’était drôlement important. On voyait ça un peu partout, « protéger la veuve et l’orphelin », dans les livres, à la télévision, partout.

Puis j’ai grandi. L’école est devenue plus sérieuse, plus exigeante, j’ai fait quelques études, obtenus de vagues diplômes, et je pensai être dégagé des examens, lorsque je fus confronté à la vie. La vie est pleine de factures : tu peux les payer ou pas, si tu peux pas, tu es puni. La vie, c’est comme une école dont les factures seraient le contrôle continu. Et il y a beaucoup moins de vacances. Bref, j’ai galéré, comme presque tout le monde, fini par trouver ma voie, comme assez peu de gens, finalement, et un beau jour, je me suis retrouvé là, spécialiste du funéraire, payé pour écrire (majoritairement). Heureux.

Hier, donc, le chef m’appelle, et me demande tout de go « la journée de la veuve et de l’orphelin, tu connais ? ». Non, je ne connaissais pas, et c’était agaçant : il se trouve qu’on me paie aussi pour connaître ce genre de choses.

Après enquête, nous nous rendîmes compte que l’ONU avait déclaré le 23 juin « journée de la veuve et des orphelins », ce qui était une bonne chose, mais que, grosso modo, tout le monde s’en fichait. L’année dernière, il y avait bien eu une réunion à l’assemblée nationale, portant sur les conditions de vie dégradées suite au veuvage, mais cette année, rien.

Nous contactâmes donc la FAVEC. Fédération des Associations de Conjoint Survivants et des parents d’orphelins, pour leur poser la question « Alors ? » et la réponse tomba, lapidaire : « Alors, on ne fait rien, parce qu’on n’a pas les moyens d’organiser quelque chose, et que les politiques nous ont opposé une fin de non-recevoir ». Je résume brièvement. La réalité est encore plus triste : la FAVEC voulait organiser une journée d’information au sénat pour expliquer qu’ils n’avaient pas de sous, et on leur a fait un devis.

Nous nous sommes rendus compte que, sur certaines pages détaillant les « journées de » on avait carrément oublié la journée de la veuve et de l’orphelin. Y figuraient bien la journée de la blague (le premier avril) la journée mondiale du rire (le 6 mai) la journée mondiale du tricot (le 11 juin) la journée du parler pirate (le 19 septembre), des journées pour les blogueurs, les gauchers, les lents, l’écrivain Africain (pourquoi, il n’y en a qu’un ? Les autres, c’est des escrocs ?), les jeux vidéo ou même l’amour de soi. D’autres sujets plus sérieux, aussi, pour la guerre et contre la liberté, ou l’inverse, il y en a tellement. Mais nulle trace de la journée de la veuve et de l’orphelin.

Deux pays vont la célébrer, cette année, de façon officielle : le Gabon et le Congo. Deux pays de l’Afrique que l’on prétend si peu respectueux du droit des femmes, et deux pays, de surcroît, qui n’ont jamais été foutus de remporter une coupe du monde de football. Ce qui, avec le recul, en dit peut être long sur le sens des priorités : ce que se sont racontés les joueurs de Laurent Blanc sous la douche, et le temps qu’on a passé à spéculer à ce sujet, sont à comparer aux zéro minutes qu’ont consacré les médias à ces femmes seules, qui perdent l’homme qu’elles aiment, et se retrouvent à affronter le monde sans aucune aide, à ces enfants punis deux fois, par la perte d’un de leur parents bien-aimés et la perte de la sécurité matérielle qu’il apportait au foyer.

Et tout le monde s’en fout. Ou ils sont, les héros ? Ivanohé, mort, Thierry la Fronde, mort, robin des bois, mort, Actarus, retourné sur sa planète, Spiderman, mort… Aujourd’hui, on vénère une poignée d’analphabètes enfermés dans une « maison des secrets » et le personnage le plus apprécié dans les films, c’est le méchant. la_peste_by_bonbon_a6dule-d339pd3-195x300 Défendre la veuve et l'orphelin, la (mauvaise) humeur de GuillaumeLes posters de Dark Vador se vendent mieux que ceux de Luke Skywalker.

Alors, si il n’y a plus de héros, soyons comme les gabonais, des héros du quotidien. S’il n’y a plus personne pour faire le boulot, il va bien falloir qu’on s’y mette nous-même.

Essayer de se rappeler qu’il y a des choses plus importantes que la fête de la musique annulée pour cause de pluie, ou des joueurs de foot qui s’engueulent sous la douche parce qu’ils ont perdu un match.

Il suffit juste d’en parler. Demain, tous, parlez de la journée internationale des veuves et des orphelins. Sans colère, sans revendication, sans coup d’éclat. Un tweet, un statut sur facebook, un article de blog, c’est comme vous le sentez ; quelqu’un finira bien par se rendre compte qu’il se passe quelque chose, qu’on appelle parfois « solidarité ». Et vous irez vous coucher, demain soir, en vous disant « j’ai défendu la veuve et l’orphelin ». Vous verrez : ça fait un bien fou.

Le site internet de la FAVEC se trouve ici (cliquez sur le lien)

Vous pouvez, si vous le souhaitez, reproduire tout ou partie de cet article et le diffuser, à condition d’en citer la source. Merci.

3 COMMENTAIRES

  1. Je suis présidente du Collectif Veuvage, Droits, Accompagnement et Perspectives (VEDAP), une association créée cette année et qui regroupe des personnes veuves et non veuves pour sensibiliser sur les questions relatives au veuvage et accompagner les familles durant cette période très dificile.
    Cette année, à l’occasion de la Journée Internationale des veuves et des orphelins, nous avons organisé un colloque à Paris, sur le thème: « Quel regard sur le veuvage aujourd’hui ».
    Nous déplorons comme vous le peu ou plutôt le manque d’engouement autour de cette journée, surtout quand on pense à la place que toutes les grandes chaines de télévision ont accordé à la journée  » sans pantalon dans le métro ». Mais bon…

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