Défunt en danger de mort, urgence au SAMU

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Les médecins sont très sollicités, et doivent gérer les priorités en fonction de l’état d’urgence et, parfois, de leur bonne volonté. Tranche de vie.

« Venez vite ! Mon Dieu, il ne respire plus, non, il n’est plus conscient, l’adresse, c’est 22 avenue des acacias, c’est mon père, il a 78 ans, il fait un malaise, il a de gros problèmes de cœur, faites vite, s’il vous plaît ! »

Les sirènes roulaient hurlaient sur les véhicules qui roulaient à toutes berzingue dans les rues chargées par les embouteillages de fin de journée. Pompiers et SAMU convergeaient vers l’adresse qui leur avait été communiquée d’une voix tremblante par la fille de la victime, maîtresse d’elle-même malgré une panique évidente.

Les véhicules de secours s’immobilisèrent devant l’adresse qui leur avait été donné, les portières s’ouvrirent à la volées, et une cohortes d’hommes à la mine déterminée grimpèrent à pied les deux étages vers l’appartement ou l’on requérait leur aide. Sur le palier, un homme les attendait, manifestement anxieux. Il leur indiqua la voie.

D’emblée, le médecin du SAMU vit qu’il n’y avait plus rien à faire. La victime, un homme qui devait avoir dans les quatre-vingts ans, gisait sur le canapé, et déjà avait pris la couleur caractéristique de la mort. Le médecin, soucieux d’apaiser la famille, se lança dans un examen approfondi du corps. La cornée était glauque, la rigidité installée, la température basse : l’homme était mort au moins la veille au soir, manifestement en regardant la télévision. Si le docteur tiqua, il n’en laissa rien voir : il lui avait pourtant semblé qu’on lui avait dit que l’homme VENAIT de faire un malaise…

Le médecin annonça le décès à la famille, qui le prit, finalement, assez bien. Du moins, il n’y eut pas d’effusion, comme s’ils s’y attendaient « De toute manière, ça se voit » pensa le médecin.

Poliment, les pompiers prirent congé, expliquant que des petits chats dans un arbre au milieu de la cour d’un immeuble en feu attendaient qu’on les sauve, et le toubib s’apprêtait à en faire autant, suivi de son infirmier et de l’ambulancier, lorsque la fille du défunt l’arrêta « Docteur, vous n’oubliez rien ? »

Devant la mimique interrogative de l’interpellé, elle poursuivit « Le certificat de décès, s’il vous plaît ». Le médecin lui expliqua gentiment qu’il valait mieux, selon lui, que ce soit le médecin de famille qui l’établisse, lorsqu’elle l’interrompit « Selon moi, il vaut mieux que ce soit vous, puisque vous êtes là, et le médecin de famille non. » elle insista tant et si bien que le docteur du SAMU finit par céder et rempli un bleu, que la fille vérifia soigneusement avant de la laisser partir.

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Aux pompes funèbres, deux croque-morts discutaient.

« Ou en est ta famille de ce matin ? » demanda l’un.

« Toujours pareil. Le médecin de famille refuse de se déplacer, SOS médecins aussi, elle a dû épuiser tous les toubibs de l’annuaire à cette heure-ci… Si c’est pas malheureux ! »

« Quoi, ils n’arrivent pas à trouver un pignouf avec un diplôme de médecine pour leur signer un certificat de décès ? » demanda son collègue, qui tenait la profession médicale en fort piètre estime.

« Pas un. Dès que tu es mort, tu deviens un mauvais client pour eux, il faut croire. Tu te rends compte ? Ils l’ont trouvé à huit heures ce matin, il va être 18 H 30 et impossible de faire bouger un médecin en plus de dix heures pour constater un décès ! A part mentir, je en vois pas ce qu’il reste à faire, hein ? »

Sur ces entrefaites, le téléphone sonna. Le premier croque-morts décrocha.

« Oui, bonjour, madame Chombier, je vous passe mon collègue. Il me disait justement qu’il s’inquiétait pour vous. Oh, vous avez trouvé un médecin, finalement ! Quel soulagement ! »…

Le croque-mort tendis le téléphone à son collègue « Tiens, c’est Madame Chombier. J’envoie l’équipe prendre le corps, elle a un certificat de décès. Elle m’a dit qu’elle avait employé la manière forte… Dis moi, c’est pas toi qui lui a soufflé l’idée, au moins ? Non, ne répond pas. Je ne veux pas le savoir. »

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