Devis obsèques en mairie, une loi qui fait suer

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Une – petite, minuscule – modification de la législation a tendance, ces jours-ci à semer désordre, chaos et zizanie dans le petit monde du funéraire. En cause ? Les devis-type déposés en mairie, désormais obligatoires.
Une brève histoire

C’est l’histoire d’une justification inattendue de l’expression « avancer à un train de sénateur », qui évoque une lenteur telle que l’on se fait même doubler par les corbillards : une loi votée en janvier 2015 vient parachever un processus entamé en 1993, lors de la fin du monopole. Aux commandes, le Sénateur Sueur, qui a fait du funéraire son cheval de bataille favori. Aux commandes des deux lois, s’entend.

David Bowie a dit un jour « Un grand artiste, c’est quelqu’un qui sait quand s’arrêter, que son œuvre est finie. ». L’histoire dira si Jean-Pierre Sueur fut un grand artiste de la législation funéraire, mais, bien que le personnage me fût sympathique et que la profession saches lui devoir beaucoup, j’exprimerai ici un très, très léger doute. La loi obligeant les pompes funèbres à déposer un devis en mairie (nous y reviendrons), c’est un peu comme si, pour filer la métaphore, Léonard de Vinci avait rajouté une Gitane maïs au coin des lèvres de la Joconde : ça ne sert à rien, et ça fait tousser.

Les devis en mairie

Quand une préconisation n’est pas suivie, voire totalement ignorée, il existe, semble-t-il, deux options.

La première option, dite du « bon sens terrien » ou, c’est selon, « réactionnaire rétrograde » consiste à dire que, puisque la mesure ne semble pas prendre chez les intéressés, ce n’est peut être pas une bonne mesure, autant la laisser tomber, ou, si on y est attaché, essayer de comprendre pourquoi ça n’a pas marché.

La seconde option, choisie ici, dite « républicaine progressiste » ou, c’est selon, « je ne vote plus, ça sert à rien » consiste à rendre obligatoire quelque chose de facultatif et dont personne ne veux.

Mais pourquoi cette préconisation n’avait, jusqu’à présent, jamais été suivie d’effet ? Pour trois raisons, autant que d’acteurs, en fait.

– Elle n’intéresse pas les familles

Qui sait, aujourd’hui, que l’on peut consulter les devis en mairie ? Soyons réalistes : la plupart des familles ne savent même pas qu’elles peuvent faire des devis sans engagement dans les pompes funèbres. « ça commence », me diront certains : ça commence, oui, il était temps, ça fait vingt-deux ans qu’on leur explique. Surtout, ce sont des devis-type : ils ne correspondent pas forcément à ce que la famille cherche.

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– Elle n’intéresse pas les mairies

Jusqu’à présent, nous avions d’ailleurs lancé une initiative et des lecteurs avaient joué le jeu, lorsque vous déposiez votre devis en mairie, la plupart du temps, on vous regardait comme une poule regardait un mégot. Soit la mairie n’était pas au courant, soit elle l’était, mais sans trop savoir ce qu’elle devait en faire, exactement.

Et si, aujourd’hui, les mairies seront informées, la problématique restera la même.

D’autre part, comment seront présentés ces devis ? Dans un ordre précis ? Au hasard ? Comment s’assurer que tous les devis seront bien présentés au demandeur ? En un mot, comment être absolument certain que certains maires, accoquinés avec certains opérateurs, ne favoriseront pas ces derniers ? Des précédents existent. Ils sont exceptionnels, heureusement.

Mais que dire des maires intègres de grosses communes ? Poussons l’exemple jusqu’à son paroxysme, et prenons la ville de Paris : une famille qui se présenterait à l’accueil et demanderait à voir les devis des pompes funèbres se verrait remettre un dossier de 300 pages, 150 pour l’inhumation et 150 pour la crémation… inutile pour la famille, ingérable pour la mairie.

– Elle n’intéresse pas les pompes funèbres

La mesure n’intéresse pas non plus les pompes funèbres, ce pour une simple raison : ils connaissent la réalité du terrain, ils y travaillent tous les jours. Ils savent, par exemple, qu’un devis ne représente, au final, rien, s’il n’est pas accompagné des explications de l’opérateur, et surtout de son contact : on confie son défunt, son être cher, à une personne qui nous inspire confiance, pas à un chiffre en bas à droite.

Ensuite, une pompe funèbre qui a un secteur un peu étendu, avec beaucoup de villes de plus de 5000 habitants : il va devoir envoyer en personne ses devis à toutes les mairies ? Parce qu’il n’est pas précisé si ces derniers peuvent être faxés, ou postés, même en recommandé. Bon courage aux amis, au hasard, du Nord-Pas de Calais, qui ne manquent ni de communes répondant aux critères sur leur secteur, ni de distance à couvrir. Les deux jours que cela va leur prendre n seront pas consacrés à faire autre chose…

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Dernier détail : bien entendu, toute l’opération sera à refaire à chaque modification du devis, augmentation ou baisse d’un prix, augmentation de TVA, changement du prix d’un tiers…

Toujours des questions

Nous avions posé énormément de questions sur le texte original lors de sa parution, que vous pourrez retrouver ici, et ici le descriptif du document normalisé qui doit vous servir de base. Inutile d’y revenir : comme nous le disions, c’est la même chose, qui est simplement devenue obligatoire.

Le plus drôle, c’est que l’ensemble est proposé dans l’arsenal de lois présenté dans les médias comme le « choc de simplification ». A Funéraire Info, à la machine à café, nous avons essayé, ce matin, d’imaginer l’opérateur funéraire à qui on a « simplifié la vie » qui devra passer en mairie déposer ses devis après avoir fini de remplir les fiches de pénibilité de poste de ses employés.

Bref, vous aurez compris que, à Funéraire Info, la loi nous a laissé un petit goût de scepticisme. Nous nous demandons si ce sont les sénateurs qui iront en agence expliquer à la famille qui vient de commander un cercueil en chêne massif, des soins de conservation, une maison funéraire, une cérémonie personnalisée, une gravure, des fleurs, des plaques, etc… Pourquoi leur devis est cinq fois plus élevé que celui d’inhumation de base à la mairie.

Mais nous sommes également sourcilleux quand au respect de la loi : nous n’inciterons nullement à ne pas la respecter. Au contraire, nous vous y incitons fortement, et nous vous suggérons, pour montrer au Sénateur Sueur que son vieux rêve est enfin accompli, de lui en envoyer à chaque fois une copie, à son bureau du Sénat, 15, rue de Vaugirard 75291 Paris cedex 06.

Guillaume Bailly

Le texte de loi est ici

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